publicité
Accueil du site > Actu > Santé > Faut-il faire la peau à la mousse à raser ?
22-01-2015
Mots clés
Consommation
France

Faut-il faire la peau à la mousse à raser ?

Taille texte
Faut-il faire la peau à la mousse à raser ?
(Crédit photo : Denis Esnault pour « Terra eco »)
 
Et si dompter sa toison était un poison ? Au vu de la composition des solutions enduites, le rasage n’est pas sans risque.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
SUR LE MÊME SUJET
Article publié dans le

N° 65 - mars 2015

Ecologie : pourquoi tout le monde s’en fout

« Flo, sauve ta peau ». « Flo », c’est Florent Manaudou, le champion ultramédaillé de natation. L’injonction ? Elle est signée Camille, une bénévole du collectif Générations Cobayes. Si Camille s’inquiète pour la santé de Flo, c’est qu’il est, depuis quelques mois, l’égérie de la marque Williams Expert et vante donc, torse glabre bombé, les mérites de ses gels douches, déos et mousses à raser. Or, souligne Camille-l’angoissée, la mousse à raser peau sensible de Williams affiche un score de 1,7 sur 10 dans la catégorie santé de la base de données Noteo (1).

Pas de bol, c’est cette mousse-là qu’utilise justement le compagnon de Camille – prénommé lui aussi Flo. Aussi la jeune femme a-t-elle lancé une pétition pour demander à Florent Manaudou d’interpeller Williams sur le sujet. Une pétition aujourd’hui signée par 30 860 internautes. Aux dernières nouvelles, le nageur ferait toujours la sourde oreille.

Un risque pour les rejetons de Florent Manaudou ?

Mais pourquoi la mousse de chez Williams affiche-t-elle un score pareil ? Et qu’en est-il des autres produits de rasage ? Noteo – encore lui – recense 89 références dans sa base de données et leur tire le portrait. Partout ou presque, de l’isobutane (à 84%) et du butane (à 25%) : des gaz propulseurs qui permettent d’éjecter l’onctueuse vague blanche hors de la bombe. Pas nocifs en soi, sauf à considérer les ingrédients qui les accompagnent fortuitement. C’est le cas du butadiène, « une impureté issue du phénomène d’extraction du butane et de l’isobutane à partir du pétrole et qui est cancérogène (voir la fiche de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques)) », précise Aurèle Clémencin, directeur scientifique de l’institut Noteo. Certes, la teneur autorisée plafonne à 0,1% mais « qu’est ce qui se passe dans le cas d’une exposition régulière et à plus long terme ? On l’ignore », précise le scientifique.

Mais dans les flacons pour hommes, il y a bien plus inquiétant que de simples gaz propulseurs. Le souci vient surtout des substances chargées de barrer la route aux bactéries ou aux champignons. Parmi eux, les parabènes – méthylparaben et propylparaben – contenus dans 22,5% des mousses et gels à raser répertoriés par Noteo. « Ce sont des conservateurs antibactériens et antifongiques utilisés par l’industrie cosmétique, mais aussi alimentaire et pharmaceutique, souligne Claire Philippat, épidémiologiste et chercheuse à l’Université de Californie à Davis. On les retrouve dans un nombre de produits très importants » : savons, shampoings, crèmes de beauté, produits de maquillage, crèmes solaires, mais aussi sous forme d’additifs alimentaires dans les plats préparés (E214 à E219). Aussi les chercheurs les repèrent-ils fréquemment dans les urines de populations cobayes.

Le souci, c’est que ces molécules ne sont pas anodines. « In vitro et chez l’animal, les parabènes montrent des propriétés de perturbateurs endocriniens, ils miment l’effet de nos hormones », explique Claire Philippat. Est-ce à dire qu’il faut s’inquiéter pour notre champion national ? Pour l’instant, le risque toxique semble plutôt concerner ses futurs rejetons : « Dans une de nos études récentes (Voir le pdf), on a mis en évidence une association entre des niveaux plus élevés de parabènes dans les urines des femmes enceintes et une augmentation du poids de l’enfant à la naissance et à trois ans. Cela suggère que les parabens pourraient avoir un effet sur la santé. Néanmoins, très peu d’études ont encore été menées chez l’homme. A ce stade, il est donc préférable d’appliquer le principe de précaution. »

Des alternatives aux parabens

En France, « pas mal de fabricants – non par conviction, mais par souci marketing – s’affranchissent des parabènes, en utilisant par exemple du phénoxyéthanol comme produit de conservation. On en retrouve dans 26% des mousses et des crèmes de notre base de données », souligne Aurèle Clémencin. Là encore, il est « suspecté d’être un perturbateur hormonal », assure le directeur scientifique de Noteo. Aussi l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) recommande-t-elle une teneur limitée à 0,4% dans les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans et conseille-t-elle, « à titre de précaution », de ne pas l’utiliser dans les lingettes pour bébés. Nous voilà bien loin de nos moutons. Car les marmots – sauf accident – ne s’enduisent pas vraiment la peau de crème à raser ! Le phénoxyéthanol est-il néanmoins toxique chez les adultes ? Le composé est surtout allergisant et peut provoquer eczéma et urticaire (voir par exemple la fiche de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité)). Même souci avec le méthylisothiazolinone, un autre conservateur utilisé dans les crèmes et gels à raser comme substitut des parabènes : il est « extrêmement allergisant, à tel point que la Commission européenne s’apprête à l’interdire », assure Aurèle Clémencin.

Reste le triclosan. Peu fréquent – Noteo l’a repéré dans seulement 3,2% des produits de sa base –, il l’est néanmoins parfois dans des flacons de marques fort réputées : Avene notamment. « Le problème, c’est que des marques bénéficient de l’étiquette parapharmarcie. Le consommateur pense que c’est un gage de propreté, mais la réglementation n’est pas plus stricte que pour les produits vendus en supermarché », rappelle Aurèle Clémencin. Le triclosan, késako ?« Un composé biocide et antibactérien. C’est aussi un perturbateur endocrinien que l’on soupçonne d’interagir avec le système thyroïdien, important entre autres pour la croissance et le neuro-développement », décrypte Claire Philippat. L’Union européenne fixe, depuis 1986, le niveau de toxicité à 0,3 %. Mais précise qu’« une exposition agrégée de triclosan par de multiples produits cosmétiques n’est pas sûre ».

Et c’est bien là le souci. Même en quantités limitées, les substances des gels à raser ont pour vilain défaut de s’ajouter aux molécules similaires présentes dans d’autres cosmétiques. Ou de se combiner à d’autres molécules pour un dangereux effet cocktail, dont on ignore encore les effets. Car rares sont les garçons qui se rasent, mais négligent de se frotter les pectoraux au gel douche ou de laver leur chevelure au shampoing. Si Florent Manaudou est aussi fidèle à son sponsor qu’il le laisse entendre dans les clips, ce n’est pas un seul produit, mais toute une armée de cosmétiques Williams Expert qui font front dans sa salle de bains.

L’option du bio

Alors quoi ? Il y a toujours l’option du bio. Là, parabènes et phénoxyéthanol n’ont pas le droit de cité. D’où quelques bons élèves au classement Noteo. C’est le cas des crèmes à raser bio Weleda (10/10 en santé, 8/10 en note globale) et So’bio étic (8/10 pour la santé mais 5,3 en note totale, à cause notamment d’un prix élevé). C’est le cas encore d’un produit non bio : le Palmolive (7,5/10 pour la santé, 6,9/10 en note globale). « Ça prouve que c’est possible, souligne Aurèle Clemencin. Il y a des produits relativement sains et des fabricants qui font attention. »



La dose ne fait pas le poison

Rassurez-vous, les garçons, dans les mousses à raser, des garde-fous existent. La réglementation européenne limite, par exemple, la concentration des parabènes dans les cosmétiques à 0,4% (0,8% lorsque plusieurs parabènes sont utilisés dans un même produit). Des doses jugées sûres ? A l’aune de critères parfois anciens. « Avant, en toxicologie, on pensait que plus on augmentait la dose, plus les composés étaient toxiques. Les études sur le bisphénol A ont montré qu’on pouvait avoir des effets différents avec de petites doses ou de grandes doses. Il est possible que ce soit aussi vrai pour les parabènes. Mais on ne sait pas encore le dire », estime Claire Philippat.

(1) L’institut Noteo a développé un système de notation des produits de grande consommation qu’il évalue selon quatre critères : santé, environnement, social et budget.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- « Pourquoi et comment bouter les parabènes hors de votre salle de bain »
- « Soyez écofrugal, frottez-vous au savon ! »
- « Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

Faites réagir vos proches, diffusez l'info !
Vous aimez Terra eco ? Abonnez-vous à la Newsletter

Rédactrice en chef à « Terra eco ».

1 commentaire
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
  • Le bon savon de marseille à l’huile d’olive (ou autre huile végétale, bio de préférence) ça marche très bien aussi. Bon il faut bouger un peu les mains pour le faire mousser, mais c’est pas trop fatiguant...

    Avantages ? 100% biodégradable, très doux pour la peau, 0 emballage, 0 gaz propulseur, 0 produits à la noix... ça dure très très longtemps donc beaucoup moins cher et on peut même l’utiliser pour d’autres choses (genre pour remplacer le gel douche qui pue la chimie au paraben). Et surtout le plaisir de savoir ce qu’on met sur sa peau, avec un produit qui existe depuis des miliers d’annés.

    Bon c’est sûr, ça fait moins rafiné et il n’y a pas de pubs à la télé pour s’identifier au beau nageur ;

    25.01 à 19h36 - Répondre - Alerter
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • Se connecter
  • Créer un compte

publicité
publicité
publicité
Site conçu avec
publicité