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« Demain », le film qui donne envie d’y croire

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« Demain », le film qui donne envie d'y croire
(Crédit photo : Anne-Sophie Novel)
 
Comment un docu écolo a-t-il pu attirer 800 000 spectateurs au cinéma ? Décryptage de la recette de Cyril Dion et Mélanie Laurent ou les secrets d'un carton optimiste mais pas gnangnan.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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« Merci d’avoir fait ça. D’habitude, l’écologie, tout le monde s’en fout. » Vendredi dernier, Cyril Dion, son césar du meilleur documentaire de l’année en main, campait en une phrase, devant une assemblée de robes froufroutantes et de nœuds papillons, un paradoxe qui défraye encore la chronique. Car plus personne n’ignore que le film Demain, que le porte-parole du mouvement Colibris a coréalisé avec l’actrice Mélanie Laurent, fait tout simplement un carton. 800 000 entrées en trois mois, des salles bondées – du multiplex au cinéma d’art et d’essai – qui applaudissent quand les lumières se rallument, la une de magazines pas du tout alter, le 20 Heures de chaînes on ne peut plus mainstream… Ce documentaire enthousiasmant d’une heure et demie, qui propose un tour du monde des alternatives agricoles, énergétiques, éducatives, monétaires et institutionnelles au modèle dominant, est sorti, poussé par une vague de sympathie populaire, de la niche « marginalité » à la case « branché ». Pas de miracle et encore moins d’illusions : la société française n’a pas muté, à l’aube de l’année 2016, vers une conscience environnementale et sociale suraigüe. Mais, là où tant d’autres s’y sont frottés, arrivant tout juste à conforter les convaincus, Demain réussit le tour de force de galvaniser des troupes bien plus nombreuses que le public habituel du documentaire écolo engagé. Voici quelques ingrédients de la recette.



Il faut dire qu’il est sorti au bon moment

L’ère post-COP21 est bien là. Mais pas seulement. « 2015 a été une année d’une extrême violence, où des certitudes se sont écroulées, où la désillusion a gagné du terrain, analyse Myriam Gast, responsable de la programmation du Festival international du film d’environnement. Ce contexte nous fragilise et questionne de manière inconsciente notre responsabilité individuelle. Il nous faut d’autres propositions de vie, le succès du film prouve qu’il rencontre son époque. » La réalisatrice Coline Serreau, avec son Solutions locales pour un désordre global, avait déjà tâté le terrain… mais en 2010. Presque trop en avance. Cyril Dion lui-même le reconnaît : « Il n’y a pas de recette miracle, on est arrivés au bon moment. Il y a une accélération de la prise de conscience écologique et un contexte très anxiogène qui exige qu’on redonne de l’espoir . »



Il met en scène une star et il n’y a rien de mieux pour convaincre

« On a pas le soutien de Elle si on est pas porté par Mélanie Laurent, souligne Myriam Gast. C’est une actrice qui a fait un Tarantino, elle touche beaucoup de monde. » N’en déplaise à une partie de la critique et du public qu’elle agace, la blonde actrice a fait le job, s’effaçant largement devant les personnages du film. On l’a surtout vue dans la tournée de promotion qui a précédé sa sortie. Et, dans le film, un peu, juste assez, à l’écran, dans le rôle d’une jeune femme émerveillée par ce qu’elle découvre : l’agriculture urbaine, l’investissement collectif des espaces publics, la création de monnaies complémentaires… « Elle assume une forme de naïveté et c’est ce qui fait l’identité du film, précise Myriam Gast. Le succès est comparable à Une vérité qui dérange, un film concret, porté par une personnalité, Al Gore, qui utilisait le langage cinématographique des gros films américains. Demain, c’est une recette semblable, dans une genre radicalement différent, à la française. » Dans Sacrée croissance, en 2014, la journaliste Marie-Monique Robin avait déjà défendu un changement de paradigme économique avec peu ou prou les mêmes exemples, visités aux quatre coins du monde. Mais bon, voilà, la vérité, c’est qu’il est plus glamour de suivre Mélanie Laurent découvrir la vie alter.



C’est vraiment du cinéma et on aime ça

Car l’actrice, le militant et leur troupe nous embarquent. Dans ce road-movie très scénarisé, une bande de joyeux hipsters – barbes de trois jours et marinières pour les hommes, bonnet et bottes en caoutchouc pour la dame – traverse les passages cloutés comme les Beatles, goûte les fraises des champs urbains, respire à pleins poumons la lande islandaise, somnole ou rêve dans une voiture noyée sous les rayons d’un soleil déclinant. Du cinoche, un peu lisse peut-être, mais du cinoche quoi ! « C’est un récit d’initiation et c’est ça qui fonctionne », résume Myriam Gast. Musique folk délicieusement acidulée, signée Fredrika Stahl, images en contre-jour, légèrement floues, habillage graphique faussement candide scandent les interviews et les éléments de reportages. Les artifices du cinéma fonctionnent à merveille pour lier ce qui ne l’est a priori pas : la militante Vandana Shiva, l’ex-onusien Olivier De Schutter, le « transitionneur » Rob Hopkins« On voit bien que tout est travaillé, écrit, qu’il y a les moyens : ces thèmes, traités avec cette facture-là, c’est du jamais vu, chapeau bas ! », lance Sarah Chazelle, cogérante de la société de distribution Jour2Fête, fine connaisseuse du documentaire engagé, et dont la fille aînée a déclaré qu’elle voulait faire le tour du monde en sortant de la projection !

Un effet probable de la réunion inattendue de Mélanie Laurent, elle-même réalisatrice de fictions, et de Cyril Dion, qui fraye dans l’écologie depuis des années. « Même si le message était nécessaire, j’avais peur qu’on perde le public et que ce soit emmerdant : au final, Cyril avait la légitimité sur le fond, Mélanie a apporté le cinéma, et c’est le mariage des deux qui a marché », témoigne Bruno Lévy, patron de Move Movie, producteur des deux premiers films de fiction de Mélanie Laurent et de Demain, une exception dans son catalogue.

Tourné en quatre mois dans dix pays, le film a été écrit pour les salles obscures, un choix que défend farouchement Cyril Dion. « Au cinéma, il se passe autre chose que derrière un écran. On peut toucher le public à tous les étages, lui faire comprendre, mais aussi le faire rêver, l’émouvoir… Le film a été écrit pour cela », explique-t-il. Financé par une campagne de crowdfunding qui a rapporté 445 000 euros (un record pour un documentaire), puis par les circuits habituels, le film finalement atteint un budget d’1,2 million d’euros. Et cet argent, bien utilisé, crève délicatement l’écran.



Le film assume son optimisme à outrance

Dans Demain, les gens sont beaux, souriants, engageants, gentils, le ciel est bleu et on n’a pas peur. « Cette esthétique quasi publicitaire, c’est ce qui fait son succès : la forme rejoint de façon exemplaire le propos qui se veut exempt de l’idée de menace, explique André Gunthert, enseignant-chercheur en histoire visuelle à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Le film est frappant par son absence quasi totale de polémique : les “méchants”, les intérêts puissants des acteurs économiques qui pèsent sur la décision politique et qui font qu’on en est arrivés là, sont désignés de façon quasi allusive et sont absents de l’écran. C’est la limite et la force du film. » Car tel est l’objectif, martelé, du documentaire : montrer un monde positif. « Nous n’avons pas fait une enquête ou un débat contradictoire, nous avons fait un récit de ce que le monde pourrait être. C’est notre parti pris, notre démarche d’auteurs, de rêver pendant deux heures », justifie Cyril Dion. Acheté par vingt pays, sorti récemment en Belgique et en Suisse, le succès de cette option ne se dément pour l’instant pas.

« Les gens ont, pour la plupart, compris qu’on était dans la mouise, mais ils n’ont plus envie qu’on le leur dise, poursuit le philosophe Dominique Bourg. Ce film marque la fin du “There is no alternative” de Thatcher. C’est fini, ça, il y en a plein des alternatives, et une classe de pourris ne veulent juste pas qu’elles apparaissent au grand jour. Le film lève un voile et permet aux gens de dire : arrêtez de nous raconter vos salades, on peut changer la manière de vivre ensemble. »

Car loin de se limiter à la productivité des carottes en permaculture, le documentaire dépasse le seul cadre écologique et se dirige gaillardement vers la remise en question de nos systèmes éducatifs et politiques. Un passage sur l’Islande montre la tentative des habitants de reprendre la main en refondant la Constitution, et le détour par la Finlande démontre à quels résultats peut arriver une classe politique éclairée qui réforme, pendant trois décennies, son système éducatif. Demain chemine du local au global et cette trajectoire devient moteur. « C’est le film que les parents ont envie d’aller voir pour savoir quoi raconter à leurs enfants : il y a enfin un récit à proposer. C’est un tour de force, explique André Gunthert. Cette nouvelle proposition est surprenante dans un contexte aussi catastrophique, d’une positivité étonnante vu l’ampleur du désastre, au point de paraître presque décalée et bisounours. Pourtant son succès nous dit qu’elle est loin d’être absurde, qu’on peut se permettre d’avoir envie d’y croire, que tout n’est pas fini, qu’on va y arriver ! » Cyril Dion travaille désormais à l’écriture d’une fiction qui racontera la révolution à venir, « puisque qu’il faut maintenant se mobiliser par millions pour que ça change du tout au tout, et pour quelque chose qui ne ressemblera à rien de ce qu’on connaît. » Et il n’y a pas à dire, c’est tentant.

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  • Le tribunal de l’inquisition médiatico-politique nous absoudra t-il pour avoir osé y toucher ? D’avoir fissuré le consensus ? D’avoir montré que la pensée bourgeoise, sous de faux airs, se déguise plus souvent qu’on ne le croit des habits de la contestation ?

    Et vous, qui verrez peut-être en nous “ceux qui critiquent tout, tout le temps”, reconnaîtrez-vous la présence d’arguments valides dans le texte qui suit ? Verrez-vous que nous ne cherchons pas à tout détruire, mais qu’au contraire nous voulons démonter ce qui participe de la continuité mortifère de ce monde, pour en construire un autre. Enfin.

    Le succès de Demain et les espoirs placés dans ce film en disent long sur notre difficulté profonde à inventer collectivement un nouveau paradigme, révélant aussi notre infantilisation politique et rappelant le manque criant de lieux dans lesquels le débat public véritable – avec conflits et désaccords - puisse se faire. Si Demain crée facilement ce sentiment de « cohésion », unité de tous dans le combat écologique dans une béatitude absence d’une dimension conflictuelle – « cohésion » s’arrêtant très certainement aux portes du cinéma –, c’est parce qu’il omet de nommer une chose essentielle : les inégalités profondes, qui sont la création intrinsèque du système capitaliste. Désolé donc pour ceux qui y croyaient : Demain ne participera pas du changement.

    « La bourgeoisie travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il lui est nécessaire de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire ». Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932.

    « L’intimidation fait partie de la violence symbolique. Pour que cette dernière soit efficace, c’est-à-dire pour que les hiérarchies sociales soient respectées en pratique, même si elles sont idéologiquement contestées, il faut en effet que les dominés soient intimidés par l’univers des dominants (…) Entrer chez Dior, lorsqu’on n’ a rien à faire, c’est comme passer de l’autre côté de l’iconostase dans les églises orthodoxes, c’est franchir la limite entre le profane et le sacré, outrepasser ses droits et ses possibilités, défier des forces qui ne sont pas à notre mesure ». Michel Pinçon et Monique Pinçot-Charlot, « La violence des riches ».

    Bonne lecture.
    Alexandre Penasse, rédacteur en chef KAIROS
    http://us5.campaign-archive2.com/?u...

    22.04 à 16h25 - Répondre - Alerter
  • Pour donner envie à quelqu’un d’Y Croire, il ne faut à mon avis pas blabblatter de projets à réaliser demain "mais" Témoigner, d’expériences personnelles déjà Vécues et naturellement éprouvées en Pratique, consciente. Gonzo style, c’est toujours du Direct, Life. https://laguenon.wordpress.com/2016...

    8.03 à 09h04 - Répondre - Alerter
  • J’ai apprécié le film à sa juste valeur, mais j’ai été déçu de voir un de mes commentaires censurée sur la page facebook du film.
    Déçu, j’en ai fait un petit article

    5.03 à 18h05 - Répondre - Alerter
    • Bonsoir Moon
      Je suis l’un des administrateurs de la page FB de Demain. Le post d’hier a été supprimé à la demande du mouvement Colibris car leur plateforme de projets n’est pas terminée et que permettre aux internautes de déposer des projets met le bazar dans leur développement. Il n’y avait aucune intention de supprimer aucun post, nous n’avions d’ailleurs pas vu le votre. Beaucoup d’internautes ont posé la même question et nous y avons à chaque fois répondu, y compris dans la FAQ du site. C’est toujours un peu triste de voir que ce sont toujours les suppositions accusatrices qui arrivent en premier... Bref, merci de nous poser la question la prochaine fois plutot que de publier un article basé sur une interprétation...

      6.03 à 02h15 - Répondre - Alerter
      • Le CM de la page facebook est vraiment très réactif. Suppression d’un post vers 23h, réaction ici à 2h15 du matin, nouveau post ce dimanche matin... même la césarisation du film n’avait pas donné lieu à une telle réactivité !
        Je veux bien vous accorder ce crédit, vous avez effectivement répondu sur la forme... mais silence radio sur le fond.

        6.03 à 13h12 - Répondre - Alerter
        • Effectivement, nous travaillons tous les jours... Est-ce encore une raison de nous suspecter de quelque chose ? Un peu fatiguant non ?...
          Le CM de Demain est un aspect important de la réussite du film et nous tâchons de répondre au mieux aux messages, aux demandes, aux malentendus, etc. Sur le fond, vous pouvez, comme indiqué dans le message précédent, consulter la FAQ du film que nous avons complété pour répondre à cette question qui est souvent revenue. Nous faisons de notre mieux ! Merci d’être indulgents :)

          6.03 à 21h00 - Répondre - Alerter
  • Hollywood a été le bras de propagande du capitalisme à l’américaine, du self made man, seul contre tous, et tout un chacun s’est fait sienne les histoires qu’il proposait. C’est la magie du cinéma et sa force.
    Cyril Dion l’a bien compris et c’est très intelligent de sa part d’utiliser les mêmes armes simples et non polémiques pour façonner d’autres histoires qui vont à leur tour faire leur chemin.

    5.03 à 16h30 - Répondre - Alerter
  • [...]
    “On pourra en revanche regretter que Demain, tout à son hymne des gentils, gomme systématiquement les méchants, sans jamais leur donner un visage. Dans son ouvrage Tout peut changer (Actes Sud, 2014) http://www.actes-sud.fr/naomi-klein..., Naomi Klein n’omettait pas de souligner la résistance acharnée des intérêts économiques, pas prêts à renoncer à leurs dividendes pour préserver la biodiversité ou le bonheur sur Terre.” écrit André Gunthert dans le dernier paragraphe de son blog http://imagesociale.fr/2958

    “Une sorte de schizophrénie” dit Isabelle CASSIERS, chercheur qualifié du FNRS et professeur économiste UCL. . « Demain » nous montre “qu’un autre mode de vie est possible”, mais en même temps on nous dit : “Consommez, continuez, soyez performant …” . Le film nous dit que “l’on a les solutions entre nos mains” mais “les initiatives citoyennes ne sont pas aidées, encouragées d’en haut.”
    "Il risque d’avoir un découragement, s’il n’y a pas de soutien des politiques." , Olivier DE SCHUTTER, professeur de droit international à l’UCL et ancien rapporteur pour le droit à l’alimentation aux Nations unies

    5.03 à 12h23 - Répondre - Alerter
    • Le monde de demain ..nous devons y penser.... .sinon qui le ferait ?? Si chacun reste dans son coin..ça n’iras pas en s’améliorent ..je vous encourage. .a ce que cela change...et oui ! ..nous avons d’autres façon d’utiliser toutes les matières ... afin de préserver notre planète. Et Nous... !!!

      5.03 à 18h30 - Répondre - Alerter
  • Comment un docu écolo a-t-il pu attirer 800 000 spectateurs au cinéma ?

    La réponse se trouve dans le fait de savoir QUI sont ces 800’000 spectateurs, qui ne sont en fait pas des gens directement concernés, seulement intéressés. Des citadins en recherche de quête de sens à leur vie et d’espoir pour l’avenir.

    A un tel public, il suffit de lui distiller de jolies images et de beaux discours pour qu’il devienne joyeux et peu importe la qualité globale du propos, ce n’est que du ressenti.

    ...En espérant que cette oeuvre d’art n’ait pas trop corrompu les esprits, parce que les vraies solutions d’avenir, qui répondent aux vrais paramètres macrosociétaux, pas juste la quête de sens de quelques bobos, est loin de ressembler à ce qui se voit dans le film. Il ne faudrait pas que ces gens s’opposent à la transition parce qu’elle ne correspond pas à leur vision fantasmagorique induite par ces images bucoliques.

    5.03 à 11h40 - Répondre - Alerter
    • Un film qui corrompt les esprits ?!?
      Cela revient à dire que les "citadins en quête de ..." n’ont pas de libre-arbitre, et que la vérité appartient à une élite dont vous semblez faire partie, et qui, elle, sait assurément ce qui est bon pour le reste du monde ! La première question qui vient à l’esprit est de savoir qu’est-ce que votre élite attend pour agir, puisque vous avez les solutions (or une révolution !) ? Et la deuxième revient sur la différence entre les gens concernés (certainement les acteurs du changement ?) et les gens intéressés (les spectateurs ?). Pourquoi ces deux catégories, je pensais que la transition avait besoin, à terme, d’une adhésion collective !?
      Pour le reste, avoir, pour une fois, une mise en exergue de ce qui marche, à travers des expérimentations réelles, plutôt que la vieille rhétorique du "y-a-qu’à" et du "on va droit au mur", parait très rafraîchissant, et beaucoup plus mobilisateur que des documentaires catastrophistes et militants, dénonçant une nième fois les grands lobbies...

      6.03 à 01h08 - Répondre - Alerter
      • Quelle élite ? De quoi parlez-vous ?

        Cela revient à dire que les "citadins en quête de ..." n’ont pas de libre-arbitre

        Non, qu’ils n’ont pas conscience de la réalité, qu’ils n’ont pas la compétence pour apprécier ce que représente la transition agrobiologique.

        la différence entre les gens concernés (certainement les acteurs du changement ?)

        On peut les appeler comme ça, en effet. Mais en revanche on trouve des acteurs du changement dans toutes les couches de la société... mais pas dans les auditeurs du film.

        je pensais que la transition avait besoin, à terme, d’une adhésion collective !?

        Précisément, or la réalité de la transition agrobiologique est tellement éloignée de la vision bucolique soumise au public dans ce film qui présente un modèle qui n’intéresse qu’un infinitésimale fraction de la population en quête de sens à sa vie mais en aucun cas la production agricole du futur que ceux qui y ont applaudi sont désormais des opposants à cette transition.

        avoir, pour une fois, une mise en exergue de ce qui marche, à travers des expérimentations réelles

        Mais c’est pas le cas, justement. Ca marche parce que ça existe au sein de l’agriculture traditionnelle suffisamment puissante pour se permettre le luxe de ces petits délires alternatifs, qui n’ont rien d’un modèle pour le futur. Si on interdisait du jour au lendemain les pesticides du jour au lendemain, 98% des cultures bio, y compris les modèles permacoles, pratiqués aujourd’hui "et qui marchent" comme vous dites, se vautreraient magistralement, parce qu’irréalistes dans un environnement où la densité de ravageurs serait 50x ou 200x plus forte qu’actuellement.

        plutôt que la vieille rhétorique du "y-a-qu’à" et du "on va droit au mur", parait très rafraîchissant, et beaucoup plus mobilisateur que des documentaires catastrophistes et militants, dénonçant une nième fois les grands lobbies...

        Là, j’applaudis, rien à redire, sur ce point, je suis d’accord. Je suis tellement confronté aux messages négatifs et aux railleries à chaque fois que je dis que dans le futur la Terre sera bien plus habitable qu’aujourd’hui, là, ce documentaire démontre que si, l’avenir peut être propre, démocratique... mais à condition d’accepter la transition agrobiologique.

        Parce que la transition agrobiologique, ce n’est pas des jardiniers qui merdouillent à coups de binette, ce sont des cultures high-tech, à très haute densité (8x plus qu’aujourd’hui) à base de plants sélectionnés, cultivées dans des exploitations de taille artisanale robotisées.

        _

        6.03 à 08h14 - Répondre - Alerter
        • Bonjour,

          "Non, qu’ils n’ont pas conscience de la réalité, qu’ils n’ont pas la compétence pour apprécier ce que représente la transition agrobiologique."

          L’homme apprend, il suffit de changer son environnement pour qu’il apprenne de lui et s’y adapte. Certes, il le fait d’autant mieux qu’il est jeune et en pleine croissance (cerveau), mais rien d’insurmontable.

          "Parce que la transition agrobiologique, ce n’est pas des jardiniers qui merdouillent à coups de binette, ce sont des cultures high-tech, à très haute densité (8x plus qu’aujourd’hui) à base de plants sélectionnés, cultivées dans des exploitations de taille artisanale robotisées."

          C’est quoi une culture high-tech ? Ca se mange ? La très haute densité, c’est quoi ? La très haute qualité nutritive et gustative, ça me parle beaucoup plus. Pas besoin de 8X plus de quantité, si ce que je mange est meilleur qualitativement. La mauvaise qualité a toujours un coût trop élevé, ne serait-ce que celui d’occuper de l’espace qui pourrait être dédier a un environnement de qualité (ce qui entraine une éducation de qualité).
          La sélection de plantes et d’animaux, l’homme l’a très bien pratiquée pendant 10 000 ans, et pas besoin de laboratoires pour cela. Rien de mieux que la sélection continue et des essais pleins champs par l’agriculteur qui connait son climat local, son sol et ses besoins. Une plante ou un animal sélectionné sur son terroir et en adéquation avec l’homme l’habitant n’a rien a envier a une sélection de laboratoire. Le développement du vivant prend en compte tellement de facteurs dans son environnement que chercher à les reproduire exactement en laboratoire est illusoire. Si votre plante est sélectionnée dans un environnement particulier et que vous voulez ensuite la changer d’environnement, soit vous devrez refaire une sélection /adaptation sur place (perte de temps), soit vous devrez modifier votre nouvel environnement pour le faire ressembler au plus près possible à l’environnement de provenance de votre plante sélectionnée (avec irrigation, engrais, pesticides, herbicides, etc) ce qui nécessite des rendements plus élevés pour rester rentable. On sélectionne donc les plantes sur la quantité en oubliant la qualité (sélection des 150 dernières années) et on voit où ça nous mène, dans une impasse.
          Sur la taille artisanale des exploitations, pourquoi pas (ça reste assez vague pour englober pas mal de choses bien différentes). Sur la robotisation, je ne dis pas forcément non mais il faut voir les limites et je reste sceptique sur le fait que cela fasse partie des meilleurs solutions. Pour moi, le meilleur outil à la disposition de l’homme, ça reste son cerveau, son esprit, et le cerveau a besoin du corps et de ses sensations pour comprendre et apprendre de ce qui l’entoure, donc tout robot/logiciel qui se met entre l’homme et son environnement diminue sa compréhension de ce dernier. Et c’est bien ce qui se passe dans les villes et dans les fermes sur-automatisées, non ?

          6.03 à 13h30 - Répondre - Alerter
          • Avec votre commentaire, vous venez de démontrer par A+B la véracité de mes dires. Vous n’y connaissez rien et vous êtes déjà un adversaire de la transition agrobiologique.

            On se fiche quand même un chouilla de savoir si la meilleure qualité vous suffit à vous, ce qui nous intéresse c’est de nourrir le monde. Et outre le fait que de produire en haute densité n’abaisse pas autant que ce que vous croyez la qualité, si on cultive normalement, on ne récolte pas, tout simplement.

            Vous parlez du passé, vous donnez même une période de temps de 10’000 ans. Mais si on se réfère à cette période de temps, cela signifie que durant 9’900 ans l’homme a crevé de faim. La dernière famine européenne date du XXème siècle, figurez-vous, il y a à peine plus de 100 ans, précisément parce que l’agriculture était telle que vous la décrivez.

            En réalité, dans le passé, on mangeait s’il y avait une récolte. Une année sur cinq la récolte était perdue à cause des ravageurs. Une année sur cinq elle arrivait à maturité mais alors de mauvaise qualité (maladie, problème de sélection). Une année sur cinq la récolte était perdue à cause de la sécheresse ou de la pluie.

            La réalité de l’agriculture avant l’agriculture industrielle est bien différente de celle que vous vous imaginez. En réalité, c’est aujourd’hui que l’alimentation est beaucoup plus saine qu’à l’époque, malgré les pesticides et autres pollutions, contrairement aux croyances qui circulent. Nous bénéficions de la diversité alimentaire et, surtout, de l’abondance, deux paramètres essentiels dans la hausse de l’espérance de vie.

            Autrement dit, la transition agrobiologique est précisément le contraire de ce que vous vous imaginez. Si on produisait comme vous vous l’imaginez, eh bien les ravageurs ravageraient les récoltes, point barre... plus rien à récolter et on attendra l’année prochaine pour manger. La très haute densité est incontournable pour lutter contre les ravageurs. C’est ça où la culture microsymbiotique, on mélange les cultures entre elles pour chasser les ravageurs, mais alors elles sont non mécanisables et il faut travailler manuellement, ce qui ne représente évidemment pas l’avenir et il faudrait être un fieffé salaud pour souhaiter à quelqu’un de faire un tel travail de merde. Je ne déteste personnellement pas assez l’humanité pour ça.

            Non, évidemment que l’avenir ce n’est pas ça. Une exploitation de 30 hectares avec des robots va déjà donner bien assez de travail sans devoir en plus s’échiner à travailler la terre avec des outils de jardinage, on est plus au XIXème siècle. Et c’est grâce à la robotisation que non seulement l’agriculture continuera de produire de la richesse, grâce à l’industrialisation que représente le secteur robotique, mais aussi qu’elle va devenir suffisamment rentable pour permettre aux exploitations de tourner décemment et sans aides. Une telle exploitation pourrait sans problème nourrir deux couples dignement parce que les robots permettent des économies d’échelle considérables puisqu’elle n’a plus besoin d’esclaves humains et donc fait l’économie des salaires.

            Merci de votre témoignage qui démontre par A+B les torts que ce genre de documentaire cause. Il va donc falloir vous combattre, à moins que, comme vous l’expliquez dans votre premier paragraphe, vous ne vous adaptiez ?

            6.03 à 16h24 - Répondre - Alerter
            • Adversaire de la transition agrobiologique, je ne sais pas. Par contre ça me dit dit bien d’apporter quelques nuances et parfois plus à votre propos. La véracité de vos dires n’a qu’à bien se tenir alors.
              La qualité ne s’obtient pas nécessairement non plus au détriment de la quantité, la densité pouvant également contribuer à la qualité mais cette dernière doit rester la priorité.
              Ca intéresse beaucoup de monde de nourrir le monde, c’est sûr, comme de lui vendre de l’eau ou de l’air. Mais si les gens avaient un accès facilité aux moyens de s’éduquer (ce n’est encore pas le cas dans nombre de pays, et l’internet facile d’accès n’a qu’une vingtaine d’années en France), leur fournir a manger ne serait plus le problème.
              Lorsque je parlais de 10 000 ans, je parlais uniquement de sélection, pas de l’agriculture dans son ensemble. Ce qui caractérise notre société aujourd’hui, c’est la facilité et la rapidité de transmission de l’information. Or les semences sont et étaient une manière de conserver de l’information (de la même façon que vous transmettez certains caractères à vos enfants). Par contre l’information directement utilisable par le cerveau humain elle se transmettait nettement moins bien qu’aujourd’hui et spécialement lors de périodes de troubles. D’où le fait de repartir fréquemment de presque zéro dans les pratiques agricoles sur un territoire donné après une période de trouble, tandis que les semences et le cheptel restant conserve son information utile en lui même (ce n’est pas pour rien que les semences ont toujours été parmi les bien le plus précieux de l’homme).
              L’affirmation que l’homme a crevé de faim pendant 9900 ans est une aberration. L’avènement de civilisations urbaines (vous pouvez vérifier on en retrouve des vestiges un peu partout sur tout les continents) n’a pu se faire uniquement que parce que des surplus alimentaires réguliers étaient dégagés des campagnes permettant à des hommes de se détourner de la production alimentaire pour se consacrer à d’autres occupations. Que certaines pratiques agricoles ne fussent pas suffisamment durables à certaines époques et dans certaines civilisations font parties, parmi d’autres, des raisons de déstabilisation de certaines civilisations de même que des prélèvements trop importants par les centres urbains pouvaient également concourir dans une certaine mesure aux fameuses famines. Ce sont justement les déséquilibres liés notamment aux efforts de guerre (demandes plus importantes en céréales par ex.) qui entraine les maladies ou la prolifération de ravageurs sur des monocultures poussant sur sols appauvris du fait des rotations plus courtes ou absentes. Les modification des pratiques agricoles entrainant ces déséquilibres sont souvent imputables à certaines évolutions économiques ou structurelles (conflits dans la hiérarchie du pouvoir ou avec les voisins) de la société.
              Concernant votre affirmation que l’alimentation soit plus saine aujourd’hui. Je pense que ça dépend grandement des critères que vous choisissez. Donc vous parlez de diversité alimentaire et d’abondance comme paramètres essentiels dans la hausse de l’espérance de vie. Moi je vous parlerai plutôt d’éducation et notamment en terme d’hygiène et de préparation/conservation (stockage) de la nourriture ( la disparition dans les farines des grains de sable provenant des meules de pierre des moulins a grandement amélioré la santé dentaire de la population et son espérance de vie par exemple). La diversité dans l’alimentation est plus ou moins valable selon les époques auxquelles vous vous référez. en tout cas, elle est moindre aujourd’hui qu’il y a 60 ans en France. Ce qui nous amène malheureusement aussi au fait que la courbe de l’espérance de vie c’est inversée cette année et que ce n’est pas juste un accident, mais bien une tendance lourde. Et encore on ne regarde pas l’espérance de vie en bonne santé. La quantité grandissante de produits phytosanitaires utilisés dans l’agriculture en est-elle complètement déconnectée ?
              Et je n’imagine rien du tout, ni sur la transition agrobiologique, ni sur ma façon de produire. Pour le premier point, je n’ai fait que commenter vos affirmations la concernant, et pour le deuxième point, ma façon de produire produit très bien merci. Le mélange de culture fonctionne bien, il suffit de l’adapter à ses conditions, il est mécanisable, le savoir faire est différent.
              Quand à vous combattre, les mauvaises expériences finissent par toujours par disparaître mais dans un monde globalisé il est bon d’accélérer le phénomène pour limiter les dégâts autant que possible. Quand aux aides dans le monde agricole ne vous y trompez pas, elles bénéficient encore plus à l’agriculture conventionnelle et parmi ceux-ci aux plus gros qui n’en ont pas besoin (céréaliers qui vivent sur la richesse de leurs sols plus que de leur savoir faire, ça ressemble plus à de l’exploitation minière qu’à de l’agriculture ce qu’ils font aujourd’hui). Donc oui, un système sans aides obligerait à se poser les bonnes questions rapidement et non à repousser le problème à plus tard.
              Donc peut-être que dans la transition agrobiologique que vous préconisez tout n’est pas mauvais et que je n’y connais effectivement rien, ou alors c’est peut-être que trop de vos arguments sont mauvais tout simplement . Pour finir, je n’ai pas vu "Demain", mais je vis et travaille sur une ferme depuis plus de 10 ans. Et l’amélioration en 10 ans à tout les niveaux par rapport aux conditions de reprise me fait dire que je suis loin d’être dans le faux, rien ne remplace l’observation sur le terrain et l’éducation, vous améliorez votre environnement et il vous le rend bien.

              6.03 à 19h43 - Répondre - Alerter
              • C’est très intéressant, mais il y a beaucoup de choses, je vais tenter de choisir ce que j’estime le plus crucial.

                La qualité ne s’obtient pas nécessairement non plus au détriment de la quantité, la densité pouvant également contribuer à la qualité mais cette dernière doit rester la priorité.

                Vous pensez vraiment que la qualité n’est pas l’objectif recherché ? Si aujourd’hui nous avons une qualité dégradée, c’est la conséquence d’une politique visant à permettre une alimentation moins chère, standardisée, mondialisée, issue d’une époque où la logistique ne permettait pas forcément les mêmes fantaisies qu’aujourd’hui. La qualité est obligatoirement le premier paramètre recherché... après la quantité suffisante. Le calcul se faisant en calories. Et la très haute densité n’a pas pour rôle de maintenir la qualité, mais de maintenir la récolte. Parce que pour mécaniser, il faut cultiver par bandes qui alternent les différentes cultures, les plantes ne sont pas mêlées au sein de la bande elle-même, ce qui l’expose aux ravageurs et la très haute densité permet de garantir une récolte suffisante, malgré la présence de ravageurs, ça donne tout simplement une culture capable de se passer de pesticides.

                si les gens avaient un accès facilité aux moyens de s’éduquer (ce n’est encore pas le cas dans nombre de pays, et l’internet facile d’accès n’a qu’une vingtaine d’années en France)

                Remarque pertinente, mais ça arrive. Rien qu’en Afrique, avec l’explosion de l’agroforesterie, le déploiement de nouvelles énergies, etc... il se produit beaucoup de choses, c’est une question d’années, plus de décennies.

                L’affirmation que l’homme a crevé de faim pendant 9900 ans est une aberration. L’avènement de civilisations urbaines (vous pouvez vérifier on en retrouve des vestiges un peu partout sur tout les continents) n’a pu se faire uniquement que parce que des surplus alimentaires réguliers étaient dégagés des campagnes permettant à des hommes de se détourner de la production alimentaire pour se consacrer à d’autres occupations.

                Là, ça c’est une aberration. L’intégralité des civilisations urbaines sont émaillées de famines, sans exception, certaines parfois mémorables et qui ont perduré sur des siècles pour les plus graves. Pour l’Egypte, on parle même de millénaires. Le pays a connu une famine durant plus de deux mille ans. L’Irlande a aujourd’hui 2 millions moins d’habitants qu’en 1845, en raison de la famine qui a éliminé 3 millions d’habitants, la faisant tomber de 8 millions à 5 millions, nombreux sont ceux qui sont morts et beaucoup sont partis et jamais revenus.

                En fait, non seulement votre commentaire est absurde, mais c’est même le contraire, ce sont les famines qui poussaient les hommes à chercher d’autres solutions. Les cas les plus extrêmes pourraient être les vikings, qui partaient sur leurs drakkars tout simplement pour nourrir leurs familles.

                Malthus avait d’ailleurs édicté que la croissance de la population étant exponentielle alors que la croissance de la ressource était linéaire, il y aurait fatalement un problème. Et il a eu raison, puisqu’il aura fallu attendre l’agriculture industrielle pour que la population mondiale puisse passer de 500 millions d’individus à 2 milliards en seulement 200 ans, puis l’agriculture chimique pour qu’elle puisse passer de 2 milliards à 7 milliards en moins de 100 ans, l’accélération est évidente. Ces efforts ont permis que ses prédictions ne se réalisent pas, mais aujourd’hui nous en payons le prix.

                Toutes les civilisations sont allées de famine en pénurie, même les plus avancées. Au minimum 1 année sur 5 était une année de disette et au minimum 4 famines par siècle dont une d’ampleur historique par millénaire. Et ce pour les incas, les aztèques, les gaulois ou les chinois, qui ont 5000 ans d’histoire. Ca ne fait que 100 ans à peine que les sociétés avancées ne connaissent plus la famine et seulement vingt ans que la grande famine a été divisée par trois dans les régions défavorisées du monde et il y a encore de quoi faire.

                Que certaines pratiques agricoles ne fussent pas suffisamment durables

                Ca n’a rien à voir. Ca c’est eu produit, effectivement, mais c’est anecdotique. Les famines n’avaient pour origine que l’incapacité d’avoir un autre modèle que celui que vous défendez. Si nous pratiquions la même agriculture que celle que vous soutenez, perçue comme durable, les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous aurions exactement les mêmes conséquences et la famine reviendrait très rapidement, en Europe comme ailleurs.

                La diversité dans l’alimentation est plus ou moins valable selon les époques auxquelles vous vous référez. en tout cas, elle est moindre aujourd’hui qu’il y a 60 ans en France.

                Alors ça, c’est ce que vous croyez. Non seulement il y a 60 ans une part très faible de la population avait accès à cette diversité, en raison de son coût, tout simplement, mais en plus une orange, une mandarine, une nectarine, un melon, étaient extrêmement rares. Il y avait plus de variétés de pommes ou de tomates, plus de variétés de patates sur les marchés, on trouvait facilement certains trucs oubliés comme les topinambours ou les rutabagas, mais la diversité accessible au commun des mortels est au bas mot trois fois plus forte aujourd’hui qu’il y a 60 ans où l’alimentation était littéralement faite d’épinards ou haricots, de patates et d’un bas morceau de viande ou de pot-au-feu le plus souvent. Les restes étant ajoutés à la soupe pour ne pas être jetés et que l’on ajoutait de vin pour masquer son aigreur qui donnait des ulcères d’estomac.

                Ce qui nous amène malheureusement aussi au fait que la courbe de l’espérance de vie c’est inversée cette année et que ce n’est pas juste un accident, mais bien une tendance lourde

                Non, ce n’est pas vrai du tout, l’espérance de vie globale a baissé en raison de l’arrivée dans l’âge mûr des babyboomers. Nous entrons dans le papyboom qui induit un vieillissement brutal de la population et donc une augmentation du nombre de morts. Mais l’espérance de vie individuelle continue d’augmenter. Et ça va empirer, puisque les premiers papyboomers n’ont aujourd’hui que 65 ans, quand ils auront 75 ans, puis 85 ans, puis 95 ans, ils vont mourir de plus en plus fréquemment et donc influer sur la courbe moyenne de l’espérance de vie. Et ce d’autant que la fécondité est passée en-dessous de deux enfants par femme en 2014 et 2015 avec un peu plus de 1.9. En 2015 nous avons eu 14’000 bébés de moins et 599’000 morts de plus en raison du papyboom.

                Et encore on ne regarde pas l’espérance de vie en bonne santé. La quantité grandissante de produits phytosanitaires utilisés dans l’agriculture en est-elle complètement déconnectée ?

                Complètement, je ne sais pas, mais ce que je sais c’est que non seulement l’espérance de vie en bonne santé ne régresse pas, mais elle explose. Elle a gagné plus de 10 ans depuis 10 ans. Le problème est économique, en raison de la crise les déciles inférieurs se soignent moins bien, creusant l’inégalité sanitaire. Et comme les déciles inférieurs sont bien évidemment (et malheureusement) sont bien plus nombreux que les déciles supérieurs, là encore la courbe de l’espérance de vie en bonne santé s’infléchit, le gain pour les plus riches ne suffisant pas à la compenser, mais l’espérance de vie en bonne santé individuelle continue d’augmenter.

                Une statistique n’est rien sans les données qui la composent.

                Après, je ne vous dirai pas que les pesticides ne vont pas engendrer une conséquence, mais eu égard aux gains gigantesques d’espérance de vie en bonne santé et d’espérance de vie qui nous arrivent dessus avec la singularité scientifique et technologique du XXIème siècle, ça reste parfaitement anecdotique. Un quadragénaire en bonne santé actuel, même nourri aux pesticides, a de bonnes chances de vivre 140 ans, en bonne santé jusqu’à bien au-delà de 100 ans.

                ma façon de produire produit très bien merci

                Oui, parce que grâce à l’agriculture chimique vous n’avez pas de ravageurs. Si on stoppait les pesticides, les choses seraient bien différentes. Vous auriez alors vos cultures ENVAHIES, INFESTEES, DETRUITES... comme c’était le cas jusque dans les années 50.

                il est mécanisable, le savoir faire est différent.

                Je ne vous dirai pas qu’il n’existe pas des moyens de réaliser des microcultures, mécanisables grâce à de très très petits robots, d’une vingtaine de kilos qui sont parfaitement capables de travailler à l’échelle d’un grand jardin. Je suis d’accord avec vous sur ce point. Mais alors il ne faut pas méler les cultures entre elles, mais sur rangs, parce que le robot n’est pas prêt de pouvoir travailler un poireau à côté d’un fraisier.

                un système sans aides obligerait à se poser les bonnes questions rapidement et non à repousser le problème à plus tard.

                C’est déjà le cas, une nouvelle génération d’agriculteurs, essentiellement bio, gagne très bien sa vie, avec des domaines de taille artisanale et sans aucune aide.

                c’est peut-être que trop de vos arguments sont mauvais tout simplement

                N’oubliez pas que toutes vos considérations seront sans valeur le jour où l’agriculture traditionnelle aura enfin disparu. Lorsque la FAO dit que "le bio pourrait nourrir la planète", c’est en incluant le modèle que moi je soutiens, sans lequel nous connaîtrons la famine. Même les jardins en permaculture devront être en très haute densité.

                Quand j’étais jeune, on apprenait qu’il fallait mettre tant de cm entre les plants sur les rangs et tant de cm entre les rangs, pour permettre l’arrosage, éventuellement le traitement, etc... aujourd’hui, les principes durables du CNRS ou de la FAO impliquent exactement le contraire et qu’il faut absolument cultiver autant de plantes que possible à surface donnée. Et le CNRS développe des variétés au réseau racinaire plus développé pour mieux résister à la promiscuité et mieux capable d’extraire les minéraux de nos sols érodés qui ne se répareront pas d’un coup de cuiller à pot et ce alors que d’ici 30 ans nous n’aurons plus de phosphate.

                6.03 à 21h04 - Répondre - Alerter
                • On ne pourra pas être d’accord sur tout. Clairement pour moi, le nombre de calories est secondaire, la qualité de l’aliment qui vous procure ces calories est primordiale pour son rendement. Si ce n’était pas le cas, on pourrait manger du pétrole directement ou de la cellulose, mais non, notre système digestif et notre métabolisme ont leurs priorités qu’il serait bon de remettre à leur juste place.
                  Alors oui, pour les légumes, c’est plus compliqué en mélange, mais vous pouvez faire la récolte manuellement, tout n’a pas besoin d’être mécanisé, et ce n’est pas un travail d’esclaves.

                  Chaque famine a sa vérité, effectivement, Mais que se soit en Egypte ou en Irlande, ça reste pour moi un problème d’éducation, de politique et d’économie. Le clergé et le pharaon tenant à leur pouvoir en Egypte et le Nil gommant chaque année leur erreurs en ramenant de la fertilité par ses crues, c’est un équilibre précaire avec la famine qui perdure pendant des siècles effectivement. En Irlande, les anglais maintiennent également la population dont ils se contrefichent dans la pauvreté, et la monoculture de pomme de terre qui a un temps permis de diminuer les famines a ensuite subie l’apparition du mildiou de plein fouet d’où des famines encore plus conséquentes. Les vikings ne font pas exception à la règle, les puissants gardent le contrôle sur le peuple par la nourriture. On utilise les surplus pour son confort ou pour augmenter son pouvoir et lorsqu’on vient à manquer, on exile, on envoie à la guerre/croisade, ou on laisse mourir le peuple de faim si on se sent assez fort et que ce n’est pas "notre peuple". Enfin il est un caractère de l’homme qui fait que quand les conditions de vies sont mauvaises ou quand il veut montrer sa force il a tendance à privilégier une descendance nombreuse pour assurer la survie de l’espèce ou de sa lignée. (On n’a pas dit que c’était intelligent)
                  Sur la diversité dans l’alimentation, je suis relativement d’accord, bien qu’aujourd’hui c’est encore le prix et l’éducation qui font défaut pour se l’approprier pleinement.
                  Sur l’espérance de vie, vous semblez confondre avec la moyenne des âges au moment du décès de toutes les personnes mortes au cours d’une année qui, elle, est sensible à la structure par âge de la population. L’espérance de vie, elle, ne l’est pas. Votre quadragénaire actuel qui va dépasser 100 ans en bonne santé et mourir à 140 ans, honnêtement, je n’y crois pas et surtout, je ne lui souhaite pas, d’ailleurs, je ne me le souhaite pas non plus.
                  Ce qui me pose problème ce ne sont pas les ravageurs, je me débrouille très bien avec, et je me débrouillerai très bien si mes voisins n’en utilisaient pas non plus. Alors que eux ont des problèmes avec les ravageurs si ils arrêtent de passer des produits de synthèses sans adapter leurs pratiques culturales par ailleurs. Par contre la diminution des populations d’insectes pollinisateurs (abeilles, papillons et autres) et des populations d’oiseaux ont un impact direct et à long terme sur la rentabilité de mes cultures.
                  Je ne sais pas ce que vous avez contre l’agriculture que je pratique, mais elle n’est probablement pas plus proche de l’agriculture traditionnelle qu’elle ne l’est de la conventionnelle (je n’était pas au courant qu’il n’y en avait qu’une seule de chaque) et je ne m’interdis pas de regarder les bonnes idées d’où qu’elles proviennent. Mais appliquer bêtement une recette sans la comprendre c’est se diriger dans le mur à plus ou moins long terme en se privant de l’obligation d’évoluer. Le CNRS fait des choses intéressantes, et il fait aussi des conneries comme tout le monde sauf qu’elles prennent plus d’importance que si c’est moi...
                  Reste la grande question du phosphate ? Et bien il va falloir arrêter d’en consommer autant...

                  7.03 à 00h01 - Répondre - Alerter
                  • Bonjour à tous les 2,
                    J’ai trouvé votre échange très intéressant et constructif dans les arguments. Il y a 2 éléments qui étaient absents de votre discussion et qui, à mon avis, pourraient mettre tout le monde d’accord. A vous lire, je ne suis pas sûr que vos visions de l’agriculture de demain soient opposables ou contradictoires. Ticurt défend une vision théorique productiviste de l’agriculture dans la continuité de notre société industrielle avec la vision d’une disponibilité des produits de l’agriculture basée sur la rareté et notre incapacité à réguler naturellement l’écosystème qui l’habite. Tom défend plutôt une agriculture raisonnée basée sur la connaissance empirique de son milieu et une abondance de structures de productions aussi bien urbaines que rurales. Je ne crois pas à 1 modèle d’agriculture mais bien à plusieurs : il me semble que vos visions sont toutes les 2 justes mais ne sont pas sur les mêmes échelles de temps. Je vous propose d’appliquer le modèle Darwinien à vos raisonnements respectifs pour un travail de prospective. La mondialisation de l’agriculture nous entraîne vers 1 modèle unique, fruit d’une expérience millénaire et de la convergence des savoirs faire de plusieurs modèles de civilisations (la diversité et la concentration des productions sur une même parcelle est par exemple hérité des Aztèques). Mais ce modèle ne supportera pas les contraintes de milieu et devra nécessairement s’adapter à la Culture locale des Hommes qui habiteront et aménageront leur espace (villes, montagnes, océans, déserts, espace...) pour assurer la survie de ceux qui y vivent. C’est le modèle du Jardinier Planétaire que je défends : une communauté capable d’une intelligence collective coordonnée et épaulée par l’informatique des systèmes et les robots qui permettra de réguler un écosystème ouvert, condition de notre capacité à conquérir l’espace dans des milieux confinés emportant un petit bout de Terre.
                    Les 2 capacités que nous devons acquérir dans notre éducation étant la connaissance des systèmes (informatiques, biologiques, sociaux...) et le vivre ensemble (démocratie, savoir-être...). Le modèle défendu par Ticurt n’est, à mon avis, pas conduit par une démocratie mais par un Empire qui doit s’étendre et conquérir pour pouvoir alimenter sa population (les Terriens) sous peine de voir sa classe politique dirigeante perdre ce pouvoir (ce à quoi vous avez souscrit dans vos exemples historiques avec les Vikings) mais qui ne prend pas en compte la finitude de la planète et sa nécessaire capacité à pouvoir se régénérer. Ce modèle perdurera encore quelques dizaines d’années mais "la nature y apposera son ultime véto contre l’utopie" (d’après Hans Jonas "Le principe de responsabilité" 1979). Le modèle défendu par Tom est celui d’une autonomie des territoires dans leur modèle de production avec une adaptabilité locale et une grande capacité d’innovation pour résister aux contraintes du milieu en diversifiant les sources de production. Cela donnera une plus grande résistance. L’argument des ravageurs et autres nuisibles ne tient plus si nous sommes en capacité de travailler avec des espèces régulatrices comme les rapaces qui ont été exterminés ces 70 dernières années et chassées de nos territoires. Ces modèles systémiques sont déjà en expérimentation partout dans le monde.

                    31.05 à 10h55 - Répondre - Alerter
  • Je titrerais plutôt : "Demain, le film qui révèle ceux qui y croient et agissent !"

    5.03 à 11h28 - Répondre - Alerter
  • Comment expliquer l’engouement généré par le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent ? A quelles attentes répond-il ? … C’est notamment ce à quoi Pascal Claude essaye de répondre dans Face à l’info avec ses invités : Isabelle CASSIERS, chercheuse qualifié du FNRS à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES) et au Centre Interdisciplinaire de Recherche Travail, Etat et Société (CIRTES) de l’UCL Sébastien BRUNET, administrateur général de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) et politologue Emmanuel DRUON, président de POCHECO et auteur du livre : « Ecolonomie, entreprendre sans détruire » paru chez Actes Sud Olivier DE SCHUTTER, professeur de droit international à l’université catholique de Louvain et ancien rapporteur pour le droit à l’alimentation aux Nations unies

    (PODCAST)
    http://www.rtbf.be/radio/podcast/pl...

    Pour Cyril Dion,
    « C’est parfaitement normal que les détenteurs du pouvoir ne changent rien. Vous ne pensez quand même pas que ce sont les gens qui sont au pouvoir, qui ont tous les bénéfices du système actuel qui vont le changer. Les responsables politiques actuels ne sont pas encore capables de mettre en oeuvre les changements de façon institutionnelle.”

    http://www.lalibre.be/culture/cinem...

    4.03 à 22h29 - Répondre - Alerter
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