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5-12-2015
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Climat
France
Monde
Interview

« La phase politique fait toujours plus évoluer les choses »

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« La phase politique fait toujours plus évoluer les choses »
(Crédit photo : Cécile Cazenave)
 
A mi-parcours de la COP21, alors qu'un texte est désormais sur la table de la présidence française, Pierre Radanne, membre de la délégation française, décrypte les enjeux de la seconde phase de négociation.
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Terra eco : C’est la mi-temps de la conférence. Où en est-on du texte d’accord ?

Pierre Radanne : Ce que les négociateurs ont fait pendant la première semaine, c’est ranger le texte, le comprimer, sans supprimer les différentes options. La négociation politique est devant nous. On va vers un accord qui ne sera pas juridiquement contraignant : les Nations unies n’ont pas de pouvoir de sanction. On va vers un processus en marches d’escalier, avec une marche tous les cinq ans, cela semble faire accord. Pour que ce processus fonctionne de façon loyale, il faut qu’il ait un système de transparence sur les objectifs des pays, les actions qu’ils conduisent, l’argent qu’ils versent ou l’argent qu’ils touchent. C’est ce système de transparence qu’il faut boucler. Et il y a encore énormément de modalités à régler. Il faut savoir si l’objectif, c’est 1,5°C ou 2°C. Et il y a également des points extérieurs au texte d’accord, comme la capacité à réunir les 100 milliards de dollars qui avaient été annoncés à Copenhague.

Qu’est-ce qui va changer entre la phase technique et la phase politique ?

A priori, la méthode sera de nommer sur chacun des sujets à traiter, qui correspondent aux articles du texte, un binôme composé d’un ministre du Nord et d’un ministre du Sud. Ce sont eux qui auditionneront leurs collègues et regarderont comment le texte peut évoluer. En cas de blocage, ça remontera à la présidence. Maintenant, ce sont donc les ministres qui prennent en main la négociation, avec une vision plus transversale que les négociateurs. Les négociateurs sont toujours beaucoup plus statiques que les politiques, ils sont un peu enfermés dans leur domaine de compétences. C’est pour ça que la phase politique est une phase qui fait toujours beaucoup plus évoluer les choses que la phase menée par les négociateurs.

Sur les forces en présence, qu’est-ce qui va changer ?

Nous ne sommes pas dans une négociation où des groupes se mettent dans des logiques d’obstruction. Nous en sommes maintenant à 186 contributions sur 195. C’est considérable. Même si certains ont rendu la leur à leur corps défendant et vont sans doute pousser à minorer, il n’y a pas de refus ostentatoire d’un accord à Paris.

De grosses oppositions demeurent pourtant sur certains points…

Il y a des différences, oui, mais tout le monde est d’accord pour signer un accord au moins sous 2°C ! La question des financements, elle, est bien entendu extrêmement importante. C’est une négociation clé, mais elle est hors texte. Il n’y aura pas de détail des financement dans le texte des négociations. Dans le texte, il est mentionné qu’il faut atteindre les 100 milliards de dollars en 2020, sans mentionner explicitement d’étapes intermédiaires. Ce sont bien sûr des points qu’il faut impérativement régler d’ici à la fin de la semaine. Dire : « Vous aurez 100 milliards dans cinq ans, mais entre-temps on ne fait rien », ce n’est pas acceptable pour les pays en voie de développement.

Comment voyez-vous le rôle de la France à partir de la semaine prochaine ?

Il doit être inclusif. Il s’agit de ne pas prendre parti en fonction des uns et des autres, au risque de se faire déjuger en tant que présidence. Si la France arrive à avoir un rôle que les uns et les autres considèrent comme loyal, au tout dernier moment, elle peut aider à trouver la formule qui permet de réduire les dernières oppositions. Mais elle ne peut jouer ce rôle actif qu’au tout dernier moment. D’ici là, il faut essayer d’avoir tout le monde à bord. La présidence ne peut pas et ne doit pas jouer un rôle autre que procédural. Laurent Fabius a poussé à respecter les calendriers : il pèse sur la méthode plus qu’il n’essaie d’imposer un contenu.

Etes-vous optimiste pour la fin des négociations ?

Je pense qu’on va avoir un accord à Paris. Il y a une dynamique dans les sociétés. Les populations ont beaucoup mûri sur le sujet. Personne ne veut reproduire l’échec de Copenhague. Les contributions sont une merveilleuse avancée. Avec 185 pays qui prennent rang pour être dans l’accord, c’est très fort ! Apparemment, le tour de table financier avance. Avant la COP, on annonçait 85 milliards, il en manque, mais nous ne sommes plus très loin des 100 milliards. On va y arriver. Quel jour ? Ça, je ne peux pas le dire ! Il y a toujours la tentation d’un certain nombre de pays de peser sur la négociation jusqu’au dernier moment en posant des questions supplémentaires. Les pays ne veulent pas céder sur des choses sur lesquelles ils pourraient céder tant qu’ils n’ont pas obtenu un accord sur autre chose. Les pièces de puzzle sont interdépendantes les unes des autres. Chacun attend que les autres cèdent avant lui, ce qui reporte en permanence le processus à plus tard.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- Négociations : où en est-on à la COP ?

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  • « La phase politique fait toujours plus évoluer les choses »
    Oui, euh... enfin une fois que les milieux associatifs et militants aient lutté pendant des années pour imposer l’évidence à des politiciens dont l’inaction et l’irresponsabilité sont criminelles.
    Disons que la phase politique est le noeud principal du problème, parce que les politiciens bloquent tout progrès social et écologique depuis des décennies.
    Alors forcément, quand ils se décident à s’y mettre un tout petit peu prudemment par pression générale de l’opinion, il avancent de trois centimètres.
    Ouf, quoi.
    Mais on est loin d’être sauvés.
    La lutte contre les abus humains, écologiques et fiscaux des multinationales est une priorité.
    Que fait la "phase politique" en ce domaine ?

    7.12 à 12h29 - Répondre - Alerter
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