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4-12-2015
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Climat
Monde
Eclairage

Négociations : où en est-on à la COP ?

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Négociations : où en est-on à la COP ?
(Crédit photo : COP PARIS - Flickr)
 
Alors que les négociateurs se préparent à leur dernière nuit de travail avant que les ministres ne prennent la relève, « Terra eco » fait le point sur les avancées, les points d'achoppement… et ce qu'il reste à faire.
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Mise à jour : samedi 5 décembre

Deux en un. Alors que deux textes étaient encore sur la table la veille, les délégations des 196 pays se sont mis d’accord samedi 5 décembre sur un texte de compromis. « Nous disposons d’une nouvelle base de négociations acceptée par tous (...). Il s’agit d’écrire la suite », a souligné la négociatrice française Laurence Tubiana, devant les délégations réunies en plénière. Le texte (disponible en ligne) comporte une vingtaine de pages (contre 54 à l’ouverture de la conférence) mais surtout compte encore de très nombreuses options et points d’achoppement. Il reviendra aux ministres, qui se réuniront à partir de lundi, de trancher pour aboutir à un accord. « Si nous continuons dans cette voie je ne doute pas de notre succès vendredi 11 décembre », a précisé, confiante, Laurence Tubiana.

La première semaine de discussions s’achève presque au Bourget. Dans les salles, les négociateurs s’affrontent encore avec ardeur, défendant une à une les options sur la table. Ce samedi à midi, ils devront remettre un texte « propre » à Laurent Fabius, président de la COP21. Reviendra alors aux ministres de trancher les grands points pour aboutir à un accord vendredi 11 décembre, dernier jour de la conférence. Mais où en sommes-nous ? Quels sont les points de consensus et d’achoppement ? Qui bloque et qui avance ? Petit tour (provisoire) des négociations.

Deux textes sur la table

Le clash a eu lieu au cœur du sous-groupe de travail sur l’adaptation ce jeudi. « Le ton est monté, l’un des cofacilitateurs (ces diplomates qui dirigent par binômes les réunions de travail, ndlr) a accusé les pays développés de faire preuve de mauvaise foi », raconte Célia Gautier, du Réseau Action Climat (RAC). Car les pays industrialisés avaient osé proposer une nouvelle option – radicale – à la liste des propositions : que le morceau de texte réservant une part des finances à l’adaptation soit tout bonnement effacé de l’accord. « Suite à ça, le G77 (coalition de pays en développement, ndlr) a donné mandat aux cofacilitateurs et aux coprésidents de proposer un compromis », explique la spécialiste du RAC. Les voilà donc sommés de mettre sur la table une liste de « bridging proposals » ou « propositions passerelles » plus digestes. Ce texte de compilation, long de 38 pages et fort de 150 options (contre 54 pages et 250 options auparavant), a été publié sur le site de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) ce vendredi matin. Il vient s’ajouter au texte originel des Etats qui reflète l’avancée des négociations. Mais attention, samedi à midi, c’est un seul texte qui sera remis à Laurent Fabius. Les négociateurs n’ont donc que cette nuit pour finir de réunir les deux textes en circulation.

Quels consensus ?

Bien loin du protocole de Kyoto, l’accord de Paris ne sera pas une liste d’engagements de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays développés à atteindre à une date clé. Si des engagements volontaires (« INDC » en langage onusien) ont bel et bien été mis sur la table avant même la tenue de la COP, leur devenir n’est pas le point clé de l’accord. L’important, c’est le processus que le texte de Paris mettra en branle. En clair, il doit dessiner les rouages d’un mécanisme dans lequel les pays reverraient leurs objectifs de réduction des émissions de GES (l’atténuation, pour les négociateurs) tous les cinq ans. Et tout cela, avec un objectif : atteindre le zéro émissions à une date fixée. Sur le principe d’un mécanisme de révision – aussi appelé « mécanisme de l’ambition » – tous les cinq ans, les pays sont bel et bien d’accord. Mais c’est à peu près tout. Car le consensus disparaît dès que l’on discute de la date à laquelle commenceront ces cycles (en 2020 ? en 2030 ? Avant ?). « Le mécanisme d’ambition est hautement nécessaire et si on se revoit tous les cinq ans, c’est pas seulement pour boire le thé ! », lance Alix Mazounie, chargée des politiques internationales pour le Réseau Action Climat.

Pas d’entente non plus sur le format des engagements que devront prendre les pays : s’il faut les harmoniser un tant soit peu pour comparer leurs ambitions, il faut aussi prendre en compte l’histoire carbone des pays (pollueur historique, pays peu émetteur…). Pas d’accord enfin sur le contenu de ces rendez-vous : les pays devront-ils se contenter d’y exposer leurs nouveaux engagements en matière d’atténuation ? Ou ces rendez-vous seront-ils l’occasion de prendre de nouveaux engagements financiers pour accompagner la transition des pays en développement vers un futur propre ?

Autre avancée : les pertes et dommages devraient bel et bien apparaître dans le texte. Ce sont les préjudices subis par les pays pauvres que ni les moyens d’atténuation, ni les efforts d’adaptation ne sauront éviter : déplacements forcés d’habitants, pertes de leurs terres… Avant Paris, l’article 5 qui les décrit était divisé en deux options. L’option 1 (soutenue par les pays pauvres) : on en définit clairement le principe. L’option 2 (soutenue par les pays développés) était radicalement différente : ils proposaient de ne pas mentionner du tout ce principe. Le point d’achoppement s’est déplacé. Dans le texte de compromis, il y a toujours deux options. « La première : intégrer la notion dans l’article sur l’adaptation, comme le demandent les pays développés, décrypte Armelle Lecomte, chargée du climat et des énergies fossiles pour Oxfam France. La seconde : faire des pertes et dommages un article distinct. C’est ce que soutient le G77 avec la Chine. » Et ce, dans l’espoir d’obtenir également des financements distincts pour l’adaptation et pour les pertes et dommages.

La finance et la différenciation toujours au cœur du blocage

A Paris comme dans les COP précédentes, l’argent est le nerf de la guerre, autour duquel se cristallisent les blocages. A Copenhague, en 2009, les pays développés s’étaient engagés à mettre 100 milliards de dollars (92 milliards d’euros) sur la table tous les ans à l’horizon 2020 pour aider les pays pauvres à se développer sans passer par la case pollution. Nous n’y sommes pas encore. Selon un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) publié en septembre – et dont les conclusions sont contestées –, 62 milliards de dollars seraient d’ores et déjà réunis. Mais la somme réservée à l’adaptation y serait réduite à la portion congrue. L’Afrique, elle, demande 32 milliards de dollars (29,5 milliards d’euros). Mais sa proposition reste pour l’instant lettre morte. « On a un déficit criant de financements pour l’adaptation », souligne Armelle Lecomte, d’Oxfam. Et pour l’après-2020 ? « Les pays en développement veulent que les pays développés pérennisent leur financement. Les Etats-Unis et l’Union européenne sont prêts à soutenir l’idée que les 100 milliards servent de plancher », indique-t-elle. Les ONG espèrent des avancées très rapides sur tout le volet financier pour que les ministres puissent trancher.

L’Arabie Saoudite montre les crocs

« Dans les COP précédentes, les pays pétroliers étaient très peu présents parce qu’il y avait peu d’enjeux. Ils avaient juste à s’assurer que rien ne bougeait. Depuis six-douze mois, ils reviennent en première ligne dans les négociations. C’est bien sûr une mauvaise nouvelle qu’ils mettent toute leur énergie à torpiller l’accord. Et en même temps, ça montre qu’on est rentré dans le dur », souligne Pascal Canfin, ancien ministre du Dévelopement et futur directeur général du WWF France (en janvier). Dans le dur, ils y sont bel et bien rentrés en affichant ces derniers jours une position « contre le seuil de réchauffement à 1,5°C, contre la présence des droits humains dans le texte, contre la réduction des subventions aux énergies fossiles », souligne Alix Mazounie..

Et après ?

A l’ouverture de la COP21, les ONG s’étaient félicité de l’« impulsion politique » initiée par les chefs d’Etat et de gouvernement à la tribune. Ils avaient été nombreux à évoquer le seuil des 1,5°C, la nécessaire justice climatique ou le besoin de financements. Mais depuis, le rythme s’est ralenti. « Le vrai test, c’est la semaine prochaine : il faudra que les ministres confirment ce que les chefs d’Etat ont dit lundi », confie Alix Mazounie. « Le rôle de Laurent Fabius sera décisif, croit savoir Pascal Canfin. On peut dire sans se tromper qu’une partie de l’accord va reposer sur ses épaules. »

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  • SVP, pourrais-je avoir 1 contact mail avec le groupe des maires des grandes villes qui souhaitent s’associer pour mettre en pratique les solutions pour sortir du marasme et des discours stériles ?

    5.12 à 16h59 - Répondre - Alerter
  • Bravo pour une fois vous semblez être un pas en avance sur le même reportage effectué dans le Guardian par Leonore Taylor dont les mots clés sont "creep" glisser, et "watered down" dilué. Sur la question de l’argent il faut être concret. 62 milliards d’euro ce n’est quand même pas rien et les pays africains ont souvent des gouvernements qui par la corruption ou les affrontements ethniques découragent l’aide qu’on veut leur apporter. Le monde en guerre contre Daech ne voudrait pas voir tout cet argent tomber entre leurs mains. Il faut faire apparaître que les mécanismes budgétaires ont la plupart du temps des effets dérivés. Ils semblent attribuer des subventions et des prêts à des destinataires qui n’en sont pas les bénéficiaires parce qu’ils ont des fournisseurs. Par exemple si un pays est en dette comme la Grèce le bénéficiaire de l’aide n’est pas la Grece mais son créancier dont l’échéance est venue à terme. De même si un pays africains fait un projet d’adaptation comme le Kenya (ce qui est d’ailleurs un bon modèle puisqu’on peut y évaluer en même temps le risque de guerre venant des shebabs de la Somalie voisine) l’argent risque fort de se retrouver en Chine qui sera son fournisseur en plaques solaires, en techniques de climatisation et autre facilités de développement durable. La question de l’argent devient alors un débat général d’économie politique entre monétaristes et keynesiens. Les premiers veulent laisser faire le marché en se contentant de creer ce qu’ils nomment un marché du CO² tandis que les seconds veulent élever le niveau d’investissement sur la planète pour contrer le réchauffement climatique. Les compromis entre ces deux tendances ayant deja été trouvé au moment de la crise financière de 2008 il n’y a pas de raisons qu’il ne reforme pas pour conclure la COP 21. Mais le manque de justice sociale dans ces discussions est effrayant. Grosso modo la finance va plier devant les risques du rechauffement climatique mais a la seule condition de continuer de s’enrichir. On va continuer de voir a coté d’action meritoire telles que pourrait être le plafonnement de la pollution ou le développement du nucléaire, des exactions telle que la chasse a l’ivoire, aux bois rares ainsi que les risques alimentaires.

    5.12 à 11h30 - Répondre - Alerter
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