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3-03-2015
Mots clés
Electricité
France

Fessenheim à l’arrêt : et si on ne la rallumait pas ?

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Fessenheim à l'arrêt : et si on ne la rallumait pas ?
(Crédit photo : Florival - Wikimedia)
 
Depuis dimanche, la centrale nucléaire alsacienne ne fonctionne plus. Mais les Alsaciens ont toujours de la lumière ! Que se passe-t-il dans les câbles électriques quand les réacteurs sont éteints.
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Branle-bas de combat dans le Haut-Rhin ! Fessenheim est arrêtée depuis dimanche, les Alsaciens doivent-ils faire des stocks de bougies ? Pas du tout. En réalité, l’arrêt de la plus vieille centrale nucléaire française – par mesure de sécurité à la suite d’un défaut d’étanchéité sur une tuyauterie située en aval du condenseur – n’a même pas provoqué une chute de tension le soir à l’heure de pointe. Chez RTE, le réseau de transport d’électricité français, même si curieusement aucun porte-parole n’était disponible pour répondre à Terra eco lundi 2 mars, on expliquait en sourdine qu’il n’y avait « aucune alerte spécifique en Alsace » et que « tout continue comme si de rien n’était ». Ouf ! Les oiseaux de mauvais augure nous promettant un black-out se sont mis les plumes dans l’œil. Et pour cause.

Les deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) chacun de la centrale ont produit, en 2014, 12,215 térawattheures (TWh), soit un peu plus de 12 milliards de kilowattheures (kWh). EDF a beau nous expliquer que cela représente près de 85% de l’électricité consommée dans une région comme l’Alsace, les habitants de ladite région se fichent un peu de savoir où a été produite celle qui fait chauffer leurs œufs au plat. L’été dernier d’ailleurs, RTE avait commencé à rassurer élus et administrés : si Fessenheim ferme en 2016, comme prévu par un vœu présidentiel, vous ne manquerez pas d’électricité, clamait le transporteur. L’Alsace, pour l’instant exportatrice d’électricité, deviendrait tout simplement importatrice. La région consommerait une électricité produite chez ses voisins lorrains, par exemple. « Grâce au réseau de transport qui relie l’Alsace aux régions voisines (Lorraine, Franche-Comté) et aux pays limitrophes (Allemagne et Suisse) et aux mesures déjà engagées par RTE, ce changement de bilan production/consommation n’aura pas d’impact sur la qualité et la sûreté de la région », expliquait les premières lignes de leur étude.

« Toute l’Europe est actuellement en surcapacité électrique »

Pas de quoi se faire du mauvais sang pour les veillées de Noël donc. Car, et puisqu’elle est éteinte depuis dimanche, que se passerait-il si on ne rallumait pas Fessenheim d’ici à la Saint-Nicolas, et même si on ne la rallumait pas du tout ? « Il ne se passerait rien ! C’est une excellente idée ! », jubile Marc Jedliczka, porte-parole de l’association NégaWatt qui milite pour la sortie du nucléaire. En plus, c’est le printemps, par chance, il faut doux, ça laisse un an pour compenser les kilowattheures perdus à Fessenheim. » D’autant que des kilowattheures, on en a en réserve. La France a produit 540,6 TWh en 2014, mais n’en a consommé que 465. En d’autres termes, il nous est resté des électrons à exporter. Autant dire que se passer des 12 Twh de Fessenheim est envisageable. « Toute l’Europe est actuellement en surcapacité électrique », précise Raphaël Claustre, directeur du Réseau pour la transition énergétique. En France, la consommation d’électricité a diminué de 6% entre 2013 et 2014. Grâce aux températures excessivement clémentes, l’année dernière ayant été la plus chaude du XXe siècle. Mais, même en corrigeant l’effet climatique, les analystes de RTE sont formels : depuis quatre ans, la consommation électrique française stagne et a même reculé de 0,4% en 2014. En cause, la crise économique, mais aussi les mesures d’efficacité énergétiques qui limitent la consommation. « Et cette baisse va se poursuivre, note Raphaël Claustre. Par exemple, la disparition des lampes à incandescence permettra, à l’échelle de l’Union européenne, de diminuer la consommation d’électricité de 39 TWh par an, soit environ 5 TWh pour la France : c’est déjà la moitié de la production annuelle de la centrale nucléaire de Fessenheim, rien que par l’éclairage ! » Chez NégaWatt, les scénarios de transition énergétique disent la même chose. Le plan de bataille annuel : rénovation de 150 000 logements chauffés à l’électricité, diminution de 2,5% à 3% des consommations d’électricité spécifique (éclairage, lave-linge, frigos…) dans le résidentiel et dans le secteur tertiaire, installation de 3 GW de solaire photovoltaïque et 1,6 GW d’éolien chaque année. « Moyennant quoi, notre scénario prévoit en moyenne l’arrêt de trois réacteurs par an, soit une diminution de la production nucléaire d’environ 18 TWh par an », explique Stéphane Chatelin, de NégaWatt. Ça en fait des Fessenheim !

Reste que chaque kilowattheure de Fessenheim perdu génère tout de même un manque à gagner. « Si vous fermez Fessenheim pour des raisons politiques et non pour des raisons de sûreté, vous fermez un site qui produit de l’électricité à bas coût, explique François Lévêque, économiste de l’énergie, professeur à l’Ecole des mines. Ce n’est pas parce que la France ne souffrirait pas de coupures d’électricité en se passant de Fessenheim qu’il ne faut pas s’en préoccuper. En des temps où il n’y a pas d’argent dans les caisses, c’est un actif qui a de la valeur. Décider de le jeter par la fenêtre n’est pas anodin. » Sur la centrale du Haut-Rhin, c’est d’ailleurs notamment sur la question des coûts que se déchirent partisans et opposants. En septembre dernier, un rapport parlementaire de la commission des finances, très polémique [1], signé par Hervé Mariton (UMP) et Marc Goua (PS), évaluait le manque a gagner de la production électrique de Fessenheim à 570 millions d’euros, en se basant sur un prix de gros de l’électricité de 46 euros par mégawattheure. Face à ces prix-plancher, les énergies renouvelables ne peuvent pas lutter. Au Syndicat des énergies renouvelables, on estime qu’en 2015 le coût du mégawattheure d’origine solaire dans le Sud de la France s’établira à 100 euros, et celui de l’éolien terrestre à 85 euros. « On a fait beaucoup de progrès en quinze ans, nous sommes maintenant compétitifs avec le prix du kilowattheure d’une électricité nucléaire produite par l’EPR, par exemple, explique Jean-Louis Bal, président du syndicat. Sur le photovoltaïque, on a divisé nos coûts par quatre en cinq ans. Nous espérons encore pouvoir baisser nos coûts de 4% ou 5% par an, mais pas plus. »

Prolongation de vie pour les centra les

Mais pour certains, le kilowattheure de Fessenheim a des coûts cachés qui valent leur pesant de cacahuètes. « Dans le cas des vieilles centrales, il ne s’agit pas seulement d’acheter du combustible pour produire de l’électricité ; la prolongation de la durée de vie est loin d’être négligeable, c’est extrêmement coûteux », note Stéphane Chatelin, de NégaWatt. En juin dernier, le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur le coût du nucléaire, signé par Denis Baupin (EELV), avançait les chiffres de 100 milliards d’euros nécessaires d’ici à 2033 pour prolonger au-delà de quarante ans le parc nucléaire. Une somme astronomique à laquelle s’ajouteraient des investissements annuels d’environ 50 millions par an et par réacteur, selon EDF, soit 3 milliards par an pendant vingt ans pour prolonger tous les réacteurs à soixante ans. De quoi assombrir les veillées de Noël alsaciennes.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- « Fessenheim met de l’eau dans le gaz entre Paris et Berlin »
- « Non, fermer Fessenheim ne fera pas 2 000 chômeurs de plus »
- « Et si la France ne fermait finalement aucune centrale nucléaire ? »

[1] ce rapport évaluait notamment le coût total de la fermeture du site à 5 milliards d’euros dont un coût social, dont nous avons déjà parlé dans Terra eco, à 1 milliard.

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  • Fessenheim est désormais à l’arrêt depuis une semaine complète ! Totalement à l’arrêt et aucun Alsacien ne s’éclaire à la bougie. EDF a beau pratiquer un acharnement thérapeutique hors de prix, cette vieille centrale est grabataire et incontinente : il y a des fuites de partout quand ce ne sont des vannes mal positionnées ou pire, une inondation interne (avril 2014) ayant généré alors 49 jours d’arrêt du réacteur 1. Et rien n’y fera, Fessenheim implantée en zone sismique, à 8m56 sous la ligne d’eau du Grand Canal dont elle n’est séparée que par une digue fragilisée, restera toujours dangereuse. Fermons-la avant qu’il ne soit trop tard.
    La France est en surproduction électrique, et ceci surtout depuis la fermeture de l’usine Georges Besse. Et l’Allemagne toute proche dispose d’ENR en grosse quantité. Alors, RTE l’affirme : l’alimentation de l’Alsace est assurée !
    Toute autre considération ne serait que le fruit du lobby, qui n’arrive désormais pas à franchir le pas des ENR. Que voulez-vous, le nucléaire est devenue en France une religion. Une religion d’Etat !
    Mais la messe est dite, d’ailleurs Areva fera bientôt... la quête.

    6.03 à 23h06 - Répondre - Alerter
  • Idée complètement idiote !
    Fessenheim ne produit plus pendant les 3 jours qui viennent
    Mais d’où vient l’électricité necssaire au fonctionnement des usines de la région ?
    Réponse : d’Allemagne et elle est produite par des centrales à charbon qui polluent toute l’Europe ! !
    Jean michel girard

    3.03 à 22h57 - Répondre - Alerter
  • Photovoltaïque...
    Dans les pays plus au Nord ça fonctionne très bien... mais chez nous en France le soleil, la lumière sont-ils aussi pâle que l’honnêteté de bqc...
    Et le solaire thermique ? S’il était vraiment subventionné ? Honnêtement installé !
    Les maisons passives ou positives sont d’ailleurs plus chères de 20 à 30% qu’en Allemagne ou Belgique un peu plus au Nord... Cupidité...Non ?
    Quand à la centrale Fessenheim... on pourrait peut être attendre, attendre jusqu’à l’accident de trop ! Non ?
    Ce ne serait que le 4ème accident nucléaire grave pour l’Humanité...
    Alors Combien de km le périmètre de sécurité pour des dizaines voir des centaines d’années ?
    A vos cartes et compas !
    A vos pastilles d’iode !

    3.03 à 16h59 - Répondre - Alerter
  • Selon les régions et l’intensité solaire du lieu, la rentabilité d’une installation photovoltaïque est plus ou moins grande et le coût de l’électricité produite différent.

    Une comparaison selon les régions :

    http://energeia.voila.net/solaire/pv_rentabilite_autoconso.htm

    Dans 15 régions sur 22 le coût de production de l’électricité photovoltaïque est déjà inférieur au tarif bleu d’EDF.

    L’écart ne fait qu’augmenter avec les années.

    3.03 à 15h24 - Répondre - Alerter
  • Excellente idée : qu’on ne la rallume pas !

    3.03 à 14h47 - Répondre - Alerter
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