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8-01-2016
Mots clés
Energies
Climat
Chine
Interview

Haro sur les nouvelles mines de charbon : la Chine poursuit sa mue

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Haro sur les nouvelles mines de charbon : la Chine poursuit sa mue
(Crédit photo : timquijano - Flickr)
 
Vilain petit canard de la lutte contre le changement climatique il y a encore peu, le pays poursuit son tournant vers la transition : Pékin a annoncé qu'aucune nouvelle mine de charbon ne serait ouverte ces trois prochaines années.
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Lauri Myllyvirta est spécialiste du charbon pour Greenpeace International.

Terra eco : La Chine a récemment annoncé qu’elle n’ouvrirait plus de mines de charbon dans les trois prochaines années. L’annonce vous a-t-elle surpris ?

Lauri Myllyvirta : Je préciserais d’abord qu’il ne s’agit, pour le moment, que de remarques formulées par des officiels de haut rang plutôt que d’une politique formellement annoncée. Mais c’est certainement quelque chose auquel on pouvait s’attendre : en Chine, l’objectif politique et économique numéro 1 pour cette année est de s’attaquer à l’énorme surcapacité en termes d’extraction de charbon et d’industries lourdes.

Comment en est-on arrivés à cette situation ?

Il y a encore deux ans, l’industrie prévoyait une croissance très rapide de la consommation de charbon. De nombreux projets avaient alors été lancés. Mais cette croissance n’a pas vraiment eu lieu. Il est très probable que la consommation de charbon chinoise a déjà atteint son pic en 2013 (voir une étude de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis publiée en novembre dernier, ndlr). Cette surcapacité est donc due à la combinaison d’une augmentation rapide de la capacité et d’une stabilisation suivie d’une chute de la demande.

Une baisse de la demande due au ralentissement de l’économie chinoise ?

Evidemment, le ralentissement de la croissance globale est une des raisons de ce recul. Mais, et c’est un facteur au moins aussi important, c’est aussi parce que la structure de l’économie chinoise change très fortement. Aujourd’hui, la croissance n’est plus emmenée par l’acier, le ciment, les industries lourdes en général et les secteurs qui leur sont liés. Il y a une croissance incroyable des énergies non fossiles. Si vous examinez la période 2011-2015, la consommation électrique de la Chine a augmenté de 20% mais il n’y a pas eu, sur la même période, de croissance de la production d’énergie par le charbon. L’augmentation de la consommation a été couverte par les énergies non fossiles, notamment l’hydroélectricité. Et les autres énergies renouvelables jouent un rôle de plus en plus important.

Si la Chine entame cette transition, est-ce à cause de la pollution ?

La pollution et les impacts environnementaux et écologiques énormes du charbon sont effectivement l’une des motivations clés des politiques chinoises.

En décembre, Pékin a été déclarée en alerte rouge à la pollution à deux reprises. C’était la première fois…

Oui, mais pas parce que le niveau de pollution était le plus fort jamais observé, mais parce que le critère pour le lancement de cette alerte a été modifié. Il a fallu un scandale public et des déclarations de gens haut placés dans le gouvernement pour que ça soit le cas. Les implications ont été fortes : la circulation alternée a été mise en place pour les voitures, les écoles fermées pour éviter que les enfants aient à se déplacer dans le brouillard… Mais ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est qu’il est devenu très visible que les mesures à court terme, notamment les restrictions sur les voitures – qui affectent le plus le mode de vie des habitants –, ne sont en fait pas très efficaces. On aurait pu l’anticiper : la grosse majorité de la pollution durant ces épisodes provenaient de sources distantes. Retirer les véhicules des routes pour un jour ou deux ne pouvait pas faire pas grand-chose. Mais c’est devenu très palpable. Auparavant, à chaque fois que la circulation alternée avait été appliquée, elle l’avait été en même temps que la fermeture d’usines. Ce fut le cas, par exemple, pendant les Jeux olympiques en 2008 ou à l’occasion de grandes parades pour lesquelles les autorités voulaient s’assurer qu’il y aurait du ciel bleu à Pékin. Pour ça, ils fermaient les industries pendant au moins une semaine et utilisaient la circulation alternée en même temps. Avec l’alerte rouge, c’est la première fois qu’on a pu voir l’impact de la circulation alternée prise isolément. Et ce n’était pas très convaincant.

Se retirer progressivement de l’industrie lourde sera donc plus efficace…

Oui, et les Chinois ont aussi compris que cette transition faisait sens du point de vue économique. Pour la Chine, développer de nouveaux secteurs industriels high-tech, comme l’éolien et solaire, est devenu crucial. Ce sont des secteurs à plus forte productivité qui emploient des personnes plus diplômées. La Chine sait que ce n’est pas en basant son économie uniquement sur de vieilles industries polluantes qu’elle va devenir un pays avancé à hauts revenus. Or, c’est à cela qu’elle aspire. Le souci, c’est que la transition est extrêmement douloureuse pour certaines compagnies détenues par l’Etat qui ont investi lourdement dans les secteurs traditionnels.

Justement, comment le gouvernement envisage-t-il la transition pour les travailleurs du charbon ?

Dans les conclusions de la Central Economic Work Conference qui s’est tenue en décembre (une réunion annuelle qui vise à fixer les grandes orientations économiques et financières du pays, ndlr), les autorités identifient les points clés auxquels s’attaquer pour favoriser la transition : permettre aux travailleurs de rejoindre plus facilement les villes et d’accéder à de nouveaux emplois, améliorer les systèmes de retraite et de sécurité sociale… Reste que ces entreprises détenues par l’Etat sont extrêmement importantes pour les économies des provinces chinoises. Alors il y a beaucoup de résistance contre la fermeture de ces mines et de ces centrales.

Pensez-vous que la Chine est malgré tout en train de changer radicalement ?

Absolument. Il y a encore deux ou trois ans, la Chine était responsable à elle seule d’une telle augmentation des émissions de CO2 qu’il était impossible pour ces émissions d’atteindre un pic. Deux tiers de la croissance des émissions globales entre 2003 et 2013 sont imputables à la Chine. Après ça, la consommation de charbon en Chine s’est stabilisée, l’impact de la Chine a été plutôt en faveur de la réduction des émissions. Et les perspectives ont changé. La croissance exponentielle des émissions chinoises de CO2 ? On en parlait il y a encore quelques années. Aucune personne saine d’esprit n’en parle encore. C’est devenu très clair qu’une croissance rapide est exclue. Il y a encore un débat pour savoir si les émissions vont décliner définitivement à partir de maintenant. Mais que ce soit même une possibilité a complètement changé les perspectives sur l’effort global de lutte contre le changement climatique.

Comment voyez-vous l’évolution du positionnement de la Chine dans les négociations internationales ?

Tout le monde est d’accord pour dire que l’accord sino-américain a permis de progresser. C’était très important que la Chine adopte un ton plus constructif dans les négociations. Ça prouve qu’une forme de confiance a été rétablie. La prise de conscience de la décélération des émissions chinoises a aussi donné à la Chine plus d’espace pour manœuvrer. Même s’ils ont continué à dire qu’ils avaient le droit de faire croître leurs émissions pour favoriser leur développement, le besoin de le faire n’est plus aussi fort. Mais malgré tout, la Chine a encore beaucoup à faire pour améliorer ses objectifs de réduction d’émissions et de consommation d’énergie. Les négociateurs et les preneurs de décision sont lents à prendre en compte les progrès déjà engagés.

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