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6-10-2014
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Nucléaire

Et si la France ne fermait finalement aucune centrale nucléaire ?

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Et si la France ne fermait finalement aucune centrale nucléaire ?
(Crédit photo : Florival.fr - Wikimedia Commons)
 
Alors que le projet de loi sur la transition énergétique ne prévoit de fermer aucune centrale, une rumeur court parmi ONG et politiques : on pourrait très bien maintenir en activité tous les réacteurs, en baissant leur production…
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C’est une équation à plusieurs inconnues, et au résultat incertain. Le projet de loi sur la transition énergétique porté par Ségolène Royal et actuellement en discussion à l’Assemblée nationale ne mentionne ni l’obligation d’arrêter des réacteurs nucléaires ni, a fortiori, celle de fermer des centrales. Pourtant, le projet prévoit le « plafonnement à son niveau actuel de notre capacité de production nucléaire » (article 55) qui est de 63,2 gigawatts (GW). Or, la centrale EPR de Flamanville, dans la Manche – censée entrer en fonctionnement en 2016 – va apporter une puissance complémentaire de 1600 mégawatts (MW), soit 1,6 GW. Comment, dans ces conditions, ne pas dépasser le plafond ?

Une simple soustraction ?

Le plus simple serait d’effectuer une banale soustraction : 63,2 + 1,6 - 2 réacteurs de 900 MW environ = on rentre dans les clous du texte de loi dès 2016. Voilà qui est a priori d’autant plus facile à résoudre que la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, d’une capacité installée de 880 MW chacun, était une promesse de campagne de François Hollande (la n°41). Mais l’arrêt pourrait aussi concerner d’autres réacteurs que ceux de la centrale alsacienne. La ministre de l’Ecologie a en effet déclaré sur France Inter mardi 30 septembre que « [sa] préférence va vers la fermeture de réacteurs sur un site où il y a plus de deux réacteurs, parce que cela évite la fermeture complète d’un site industriel ».

Il existe une troisième solution, dont on ne sait si elle émane d’EDF – qui reste muette « tant que le travail parlementaire bat son plein » –, d’Areva, ou d’ « individus indépendants », comme les appelle de manière volontairement floue Bertrand Barré, ancien directeur des réacteurs nucléaires au Commissariat à l’énergie atomique et ancien conseiller scientifique d’Areva. Cette solution, que ce désormais retraité fait sienne et qu’il dit être « celle de moindre regret », est arrivée aux oreilles de plusieurs politiques et ONG.

Baisser la production pour éviter la fermeture

La voici : dans l’hypothèse où le plafonnement à 63,2 GW serait voté, on pourrait très bien ne fermer aucune centrale et se contenter d’acter, par un texte administratif, que la capacité de production des réacteurs doit être réduite. En clair, « les installations physiques resteront identiques, mais on ne les autorisera pas à fonctionner à pleine puissance », explique Bertrand Barré. Il poursuit : « Cette décision de passer par exemple d’une capacité de production (ce qu’on appelle aussi la puissance installée, ndlr) de 900 MW par réacteur à une autorisation de production de, mettons, 860 MW maximum permettrait, sans poser aucun problème technique, de retarder la décision de démantèlement. » Car la durée de vie des réacteurs s’en trouverait prolongée.

En effet, comme l’explique Monique Sené, présidente du Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (indépendant), « ce qui compte ce n’est pas tant la durée de fonctionnement que le nombre de neutrons reçu par l’acier de la cuve. Les réacteurs de 900 MW ont été conçus pour fonctionner trente-deux années, à 80% du temps et à pleine puissance. Si vous baissez le temps de fonctionnement à 60%, et diminuez la puissance et donc l’irradiation de l’acier par les neutrons, vous augmentez la durée de vie du réacteur ». Comme Bertrand Barré, la physicienne, pourtant très prudente sur le sujet de la sécurité des centrales, estime que cette solution « éviterait d’avoir à supprimer de nombreux emplois de manière brutale ». Et ajoute que cela « permettrait de bien préparer la transition vers plus de renouvelables ».

Des ONG environnementales très étonnées

Du côté des ONG, on s’étonne de cette proposition qu’on pense venir tout droit des principaux acteurs dans ce dossier, à savoir EDF et, indirectement, Areva. A vrai dire, elle fait même carrément pouffer Marc Jedliczka, vice-président du Cler, Réseau pour la transition énergétique. « C’est d’un ridicule achevé ! Ce que je comprends de la psychologie de certaines personnes, c’est que les molécules de leur cerveau les empêchent d’admettre qu’une centrale puisse fermer. » Même raillerie indignée du côté de France Nature Environnement, dont la chargée du dossier énergies, Maryse Arditi, a « déjà entendu Proglio (le patron d’EDF, ndlr) dire quelque chose du même genre : on ne ferme pas de centrales mais on diminue leur production ». « C’est débile, ça n’a aucun sens !, s’exclame-t-elle. D’une part parce que les réacteurs fonctionnent déjà, en moyenne, à 73% de leur disponibilité, ce qui montre bien qu’on pourrait produire la même quantité d’énergie avec 15 réacteurs de moins à condition d’augmenter leur productivité. D’autre part, parce qu’on ne diminue en rien les risques liés à des centrales vieillissantes. Enfin parce que baisser la production n’est pas la même chose que diminuer la puissance installée, qui est celle à laquelle le texte de loi fait référence. »

Une proposition qui ferait craindre pour la sûreté

Du côté de Greenpeace, même consternation : « On ne peut pas faire passer un réacteur de 900 MW à 450 MW de capacité », explique Cyrille Cormier, chargé de campagne énergie et climat. En effet, la cuve n’est pas changeable, quoi qu’il arrive. « De plus, l’Autorité de sûreté nucléaire recommande de ne pas trop faire de yoyo avec la production, car la variation de chaleur que ces changements impliquent dans le réacteur entraîne un vieillissement prématuré de la cuve, ce qui peut avoir un impact sur la sûreté. »

A cela, ajoutons que le coût économique de cette mesure serait très important : brider un réacteur pour qu’il produise moins nécessite autant de main-d’œuvre que quand il est en pleine capacité, et entraîne donc une baisse notable de rentabilité. « Alors même qu’un réacteur coûte presque aussi cher quand il produit que quand il ne produit pas », précise Yves Marignac, consultant dans le domaine du nucléaire pour Wise France. Au non-sens économique s’ajoute, selon lui, un faux argument social : « Certes, on ne veut pas fermer les centrales pour éviter un impact brutal sur les emplois. Mais la pyramide des âges des salariés est la même que celle des centrales où ils travaillent, c’est-à-dire globalement proche de la retraite. Donc, du point de vue de l’emploi, c’est le bon moment pour arrêter des réacteurs. » Reste à savoir lesquels.


Une vingtaine de centrales à fermer

Le texte de loi pose comme autre objectif une baisse du poids du nucléaire dans le mix électrique de 2025 : dans dix ans, le courant issu de l’atome devra représenter 50% de la production globale d’électricité, contre 75% actuellement. Ce qui, à un niveau de production d’électricité constant, impliquerait la fermeture d’une vingtaine de réacteurs sur les 58 actuellement en fonctionnement.


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  • Nous prend-on pour des andouilles ? On table sur une mise en fonctionnement de la centrale de FLAMANVILLE en 2016 ? Mais elle est foutue d’avance cette centrale... Au vu de tous les incidents relatés (et ceux peut-être pas relatés...), rien ne va plus là bas ! Elle ne fonctionnera jamais...

    31.07 à 10h58 - Répondre - Alerter
  • Je vous laisse lire ce document
    http://www.territoires.gouv.fr/IMG/...
    On y découvre que les éoliennes sont des "nuisances " et dans le cadre du paysage et qualité de vie les zones artisanales et commerciales sont vecteurs d’attractivité et la transition énergétique : un "impact" ! On est pas rendu !

    27.07 à 12h16 - Répondre - Alerter
  • «  Les centrales nucléaires en France et dans le monde.
    Il faudra Réparer et protéger ce qui doit l’être. Certains devront se sacrifier pour agir, entretenir la sécurité. Mais à terme, il faut les stopper. Le matériel vieillissant est une épée de Damoclès. Oui, il faut débrancher les réacteurs, les mettre tous à l’arrêt. Il n’y a pas d’autre solution. Ce sont déjà des zones de non-droit : impossible à vivre, vu leur potentiel dangereux. La France a du souci à se faire et elle n’est pas la seule. En clair : arrêter toutes les centrales et vivre avec moins.
    Le Grand Nettoyage aura raison de la folie des hommes »Clefsdufutur-07.06.2015-

    23.07 à 11h39 - Répondre - Alerter
  • En Allemagne, c’est l’électricité renouvelable qui remplace l’électricité nucléaire disparue. Les statistiques sont très claires et il suffit de s’y reporter au lieu de se limiter à la propagande habituelle entretenue par les serviteurs du nucléaire.

    http://energeia.voila.net/electri2/allemagne_nucle_charbon.htm

    Le charbon a simplement remplacé le gaz pour un simple motif économique. Ce qui a pu se vérifier partout en Europe et dans des proportions beaucoup plus fortes chez les anglais.

    22.01 à 14h50 - Répondre - Alerter
  • Les serviteurs du nucléaire cherchent par tous les moyens à faire perdurer leur gagne-pain. Mais leurs arguments trompeurs sont démasqués.

    http://energeia.voila.net/nucle/ambiguite_nucleaire.htm

    Par ailleurs, ce dernier argument alambiqué de garder les réacteurs nucléaires en prétendant réduire leur taux d’utilisation n’est qu’un moyen de les utiliser à pleine puissance lorsque cela est possible, donc de ne rien changer.

    Actuellement, le taux de charge du nucléaire est de 75%. Seuls les ignorants peuvent penser qu’ils fonctionnent à 100% toute l’année.

    De plus, moins d’heures de fonctionnement dans l’année, c’est un coût plus élevé pour l’électricité nucléaire.

    6.10 à 17h27 - Répondre - Alerter
  • Remarque on sait pour qui roulent les "ONG environnementale" avec 70% de l’énergie qui est fossile (regardez la part pétrole gaz charbon... qui d’ailleurs fait également 70% du chauffage en France....) en France et qui génère 500 milliards d’euros de chiffre d’affaire pas touché une seule fois par ce projet de loi... même plutôt avantagé quant à l’utilisation d’hydrocarbures non conventionnel dans les transports ou la déréglementation des importations d’hydrocarbures.

    Oui, le lobby anti-nucléaire n’est qu’une facade, un lobby vassal du lobby pétrolier/gazier mondial

    6.10 à 12h16 - Répondre - Alerter
    • vue simpliste et amalgamante des choses !
      je suis anti-nucléaire (danger incommensurable) et anti fossile par raison logique de ressources finies, de pollutions avérées, de domination de fait.
      de plus Il n’y a pas de concurrence entre électricité nucléaire et pétrole.
      l’idée est bien de réduire les consommations folles (qui fragilisent notre société au point de ne plus pouvoir se le payer - plus dépendance asservissante).

      voir dans l’arret du nucléaire pour une substitution par le pétrole-gaz-charbon est une vue à court terme réductrice.
      Oui Je sais l’Allemagne consomme plus de charbon - mais cela ne saurait durer si elle continue sa politique énergétique passée...
      et d’ici peu les arguments des crétins et des salauds qui justifient de garder le nucléaire à cause du charbon trouveront d’autres arguments

      COmme pour l’autonomie, comme pour la sureté, comme pour la pollution, comme pour la non dangerosité,
      tous ces arguments sont tombés un à un - et le nucléaire continue !!

      on est face à une propagande stupéfiante, une aporie, pour tromper les gens.
      et ça marche...
      ils ont les moyens de nous convaincre - tout comme la pub - ça marche ..

      7.10 à 22h29 - Répondre - Alerter
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