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19-08-2013
Mots clés
Biodiversité
Pollution
France

Pesticides : des communes en cure de désintox

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Pesticides : des communes en cure de désintox
(Crédits photos : Amélie Mougey et Mairie de Lardy)
 
Depuis quatre ans, Lardy, dans l'Essonne, a banni les pesticides. Les jardiniers respirent, les papillons reviennent mais le changement demande des bras et l'adaptation des habitants.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Comme toutes ses voisines, Lardy était accro. Cette année, la commune fête avec fierté ses quatre ans d’abstinence et pas question de rechuter. Pendant des décennies, cette bourgade de 5 700 habitants située dans l’Essonne s’envoyait au bas mot 32 litres d’herbicides par an. Aujourd’hui, la municipalité ne veut plus en entendre parler.

Aujourd’hui, les stocks de produits ont été détruits et les roses trémières qui grimpent le long des rues tentent de faire oublier que quelques pissenlits poussent à leurs pieds.

Pourtant, avant même de prendre sa bonne résolution, Lardy était déjà moins portée sur le bidon que ses semblables. « Prenons une commune de 15 à 20 000 habitants, elle peut consommer jusqu’à 1 000 litres de pesticides par an », estime Romain Cassard, ingénieur agronome spécialisé en gestion de l’eau et de l’environnement pour le bureau d’études Envilys, installé dans le Languedoc-Roussillon. En France, tous pesticides confondus, 1150 tonnes source UPJ (Union des entreprises pour la protection des jardins et espaces publics) de produits phytosanitaires sont utilisées chaque année pour l’entretien des espaces verts, des cimetières, des parcs et stades municipaux.

Le brûleur thermique, outil des plans « zéro-phyto », ne suffit pas


« Moins on met d’herbicides, plus il faut de bras »

Comme Lardy, ville pilote des projets « zéro-phyto » une cinquantaine de communes d’Ile-de-France se disent aujourd’hui sevrées. A l’échelle nationale, le ministère de l’Ecologie n’a pas de chiffres précis, mais elles seraient plusieurs milliers. Même les grandes villes sont concernées. Dans le cadre du plan Ecophyto 2018, 60% des villes de plus de 50 000 habitants se sont donné « un objectif zéro-phyto ». Mais les conversions se font encore à petit pas.

« Il n’y a pas de secret, moins on met d’herbicides, plus il faut de bras », souligne Patrick Maheu, responsable des espaces verts à Lardy. « Avant, on vaporisait deux fois par an et on n’en parlait plus », se souvient-il, en effectuant son inspection bimensuelle du cimetière. Entre les graviers, de jeunes pousses ne tarderont pas à être carbonisées. Mais le brûleur thermique ne suffit pas. Depuis le printemps, son équipe de quatre personnes désherbe tous les quinze jours. Pour les soulager, trois ou quatre salariés en insertion les rejoignent pendant les semaines critiques. « Mais c’est un cinquième poste qu’il faudrait » estime le jardinier.

« La règle en zéro-phyto : être vigilant et réactif », affirme Patrick Maheu.


« Pas forcément », rétorque-t-on à la mairie. Selon Claude Jaillet, directeur général des services « réorganiser les pratiques permet déjà de libérer du temps. » Ainsi, dans le parc municipal, le ballet des tondeuses est devenu moins fréquent. Sans que les Larziacois n’y voient d’inconvénients. « On constate une barrière psychologique lorsque l’herbe atteint 25 centimètres, au-delà seulement les gens trouvent les terrains sales » explique Romain Cassard. Envylis, la société pour laquelle il travaille, coache les communes qui veulent un plan « zéro-phyto » à moindre frais [1].

Le cimetière, bête noire des plans « zéro-phyto »

Depuis quatre ans, la petite équipe de Patrick Maheu peaufine donc ses tactiques. Sa principale stratégie : occuper les sols avant les mauvaises herbes. Sous les massifs de fleurs, quelques centimètres de mulch – un paillis provenant en partie du broyage des arbres de la commune – empêche les adventices de s’installer. Et le sedum, une plante rasante aux nuances rouges, règne désormais en maître dans le cimetière.

Le sedum, une plante rasante, végétalise le cimetière.


Le cimetière, bête noire des plans « zéro-phyto ». « C’est là que la plupart des municipalités se cassent les dents », constate Romain Cassard. Principal consommateur de pesticides d’une commune, ce lieu cristallise les critiques. « Evidemment c’est sensible, confirme Michel Lavollay, le premier adjoint de Lardy, chargé de l’urbanisme et du développement durable, quelqu’un qui vient régulièrement entretenir la tombe d’un proche supporte mal les mauvaises herbes autour. »

« Sans désherbant, ce n’est jamais parfait »

Après le passage au désherbage écologique, l’élu a donc reçu quelques courriers d’administrés mécontents : « On revient cinquante ans en arrière », « cette ville n’est plus tenue ». Michel Lavollay et Patrick Maheu l’admettent : « Sans désherbant ce n’est jamais parfait, les gens doivent être un peu plus tolérants. » Et se laisser convaincre par les deux entomologistes larziacois qui ont constaté le retour de certains papillons.

Sauf qu’en 2009, la transition a été brutale. « On a préféré tout supprimer d’un coup pour éviter que les jardiniers ne soient tentés », reconnaît Claude Jaillet. « La plupart des villes passées en “zéro-phyto” progressivement n’ont pas tenu dans le temps. » Or, pour les élus larziacois, l’enjeu est de taille : « On a mis en place une station de pompage d’eau potable dans la Juine (la rivière qui traverse la ville) nous n’avons pas intérêt à ce qu’elle soit polluée ». C’est sans compter la grande plaine agricole qui surplombe le village. « Nous n’avons aucun contrôle sur ce qu’ils pulvérisent là-haut, mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras », abrège Michel Lavollay.

Les jardiniers expérimentent l’en-herbage pour éviter le désherbage


Alors à grand renfort de pancartes et de bulletins municipaux, les partisans du « zéro-phyto » ont fait taire les protestations des villageois. A la boulangerie, les mauvaises herbes ne font plus parler d’elles. « Au contraire, il y a un effet d’entraînement chez les particuliers affirme Michel Lavollay, aujourd’hui à Lardy, utiliser des pesticides dans sa cour ou son jardin est plutôt mal vu. » Un questionnaire distribué l’année de la transition lui donne raison. A l’époque, 70% des administrés se targuaient déjà d’avoir abandonné les désherbants ou de vouloir le faire.

Désormais, les seules personnes à qui les plantes indésirées donnent encore du fil à retordre ce sont les jardiniers. John Mary, chef d’équipe à la Société francilienne des espaces verts (Sfev), un sous-traitant employé aussi bien par Lardy que par des communes utilisant toujours des pesticides, le reconnaît : « Le désherbage c’est chiant. » Pour ses équipes, venir travailler dans la commune « zéro-phyto » passe parfois pour une corvée.

Un employé en sous-traitance désherbe manuellement.


« Pourtant au fond je suis d’accord avec ce qui se fait ici », lâche le salarié. Travaillant dans les espaces verts depuis douze ans, ce trentenaire s’inquiète pour sa santé. « Aujourd’hui on suit des stages sur l’utilisation des pesticides, on obtient un certificat pour les manipuler, on adapte le débit de produits pulvérisés à notre pas, on porte des combinaison et des masques » énumère-t-il mais il y une dizaine d’années, je me suis pris du produit à la figure car il n’y avait rien de tout ça. » Patrick Maheu, lui, soupçonne trente ans de proximité avec les pesticides d’être responsables du polype cancéreux qu’on lui a retiré. Pour chasser ses angoisses, son jeune collègue a pris les devants. John Mary vient de demander à la MSA (Mutualité sociale agricole) de lui faire passer une série d’examens destinés aux personnes exposées.

[1] (Dans cette optique, Lardy vient de faire appel à Asconit Consultants un confrère d’Envylis, basé à Palaiseau (Essonne). Mais pour l’heure, la commune se débrouille toute seule.)

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  • Très intéressant, je pense que toutes les communes devraient effectivement s’y astreindre, cela créerait de l’emploi, même si j’avoue que de ramasser les "mauvaises" herbes n’est pas très jouissif. L’enherbage semble être une bonne solution, à voir. Cette prise de conscience écologique semble petit à petit faire son chemin mais reste cependant cantonnée à une certaine frange de la population, ceux (comme vous et moi qui lisent cet article par exemple !). D’autres sujets sont néanmoins très important, notamment tout ce qui est en lien avec la mondialisation de l’économie comme par exemple les problèmes d’huile de palme ou chose du même acabit.

    14.04 à 16h09 - Répondre - Alerter
  • je suis paysagiste et dans cette démarche depuis quelques années. il y aurait de quoi écrire un bouquin là dessus, mais pour l’essentiel, je dirais que il ressort, à mon sens, deux méthodes efficaces et "pas chiantes"pour le désherbage :

    le coupe bordure à fil, qui laisse un travail nickel et instantané. il en existe sur accu qui ont une autonomie épatante, preuve que c’est peu consommateur d’énergie, en tous cas incomparablement moins gourmand qu’un désherbeur thermique. de plus, on ne remue pas le sol, comme quand on arrache manuellement les herbes ou quand on bine : on ne prépare pas le lit de semis pour les futures adventices...

    les couvre sol hauts : le sedum qui est cité est trés chouette, et résistant au sec, mais a du mal à couvrir suffisamment pour supprimer le désherbage qui est alors obligatoirement manuel (...et chiant) mes favoris : romarin rampant, millepertuis (si ombre et arrosage dans le midi)

    pour finir il faut décomplexer : le désherbage chimique c’est pas la panacée, ça pue et ce n’est pas efficace à 100%, même en respectant des conditions d’application contraignantes (vent, température, hygrométrie...). et les herbes jaunies qui restent, au milieu des résistantes bien vertes qui ont poussé entretemps, c’est pas le plus décoratif : de toutes façons, le coupe bordure, il faudra le passer !

    11.04 à 21h48 - Répondre - Alerter
  • je n’utilise ni herbicide , ni motoculteur pour chasser ce que nous appellons mauvaises herbes . Je laisse monter , au moins jusqu’à Mai , pour laisser les insectes butiner et se nourrir car ils sortent de l’hivers et ont de gros besoins . A partir de fin Mai je réalise une grosse tonte ( je laisse sur place la matière organique necessaire à la faune épigée ) en gardant quand même des ilots d’herbes sauvages comme refuge .

    Mais il n’y a pas que les herbicides , il y a aussi les fongicides . J’ai 4 nectariniers et 6 pechers tous atteints severement par la cloque du pecher cette année . J’ai décidé de ne pas traiter , d’essayer des solutions alternatives sans vraiment y croire ( ail et morceau de zinc au pieds ) , et si ça ne fonctionne pas d’ici 2 ans je les remplace tous par des variétés peu sensibles à la cloque . J’ai fini par trouver des indications à ce sujet . Dommage que je ne l’ai pas su avant . Je ne comprends pas qu’on vende ce type d’arbres fruitiers très sensibles à la cloque . Pour moi il ne te vende pas une arbre fruitier , mais une maladie sur tronc . Bientôt ils pousseront le cynisme à te vendre l’arbre et le traitement en lot .

    10.04 à 13h00 - Répondre - Alerter
  • Soucieux de l’impact des pesticides sur votre santé et sur l’environnement ?
    Vous trouverez des informations sur le site suivant :
    http://web.paysan.free.fr/pesticides/

    25.08 à 20h52 - Répondre - Alerter
  • En fait le "zéro-phytos" n’est pas nouveau puisque la réduction des désherbages chimiques communaux à commencer il y a près de... 20 ans en Bretagne, dans le contexte de pollutions de captages d’eau potable. Et tous les ans des communes sont récompensées pour avoir atteint cet objectif. Cela peut être des petites communes comme des bourgades plus importantes, comme Rennes.
    Dans ce secteur rennais il y a une bonne dynamique avec des associations comme la MCE (mce-info.org) et des démarches comme les "chartes de jardineries" visant à donner des conseils aux particulier dans les points de vente.

    Il y a la volonté politique, mais aussi la pression réglementaire car la plupart des communes ont l’obligation de réduire l’utilisation des pesticides par les SAGE (Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux). Travaillant depuis près de 15 ans dans ce domaine, il est vrai qu’il y a toujours pendant 2-3 ans des protestations de la population, mais cela rentre progressivement dans les mœurs au fur et à mesure, avec une bonne communication. Et il est vrai que les services techniques doivent être partant car malgré les risques sanitaires il n’y a pas de solutions alternatives miracles et donc plus de travail...

    Et l’évolution qui pourrait vraiment arriver dans les 5 prochaines années c’est l’interdiction totale d’utilisation des herbicides par les particuliers, collectivités mais aussi réseau ferré. Un projet de Loi proposé par Joël LABBE, sénateur vert du Morbihan, est en cours de débat au sein de nos instances politiques.
    A suivre...

    25.08 à 17h04 - Répondre - Alerter
  • Le bruleur thermique est idiot. Il dévaste tout ce qui est vivant.

    20.08 à 13h06 - Répondre - Alerter
  • Je voulais juste dire qu’à partir de 2000 habitants, on ne parle plus de village, mais de ville...
    Merci =) !

    20.08 à 12h59 - Répondre - Alerter
  • Ça fait plaisir de voir des municipalités qui s’occupent de l’environnement, malheureusement, il y en a encore trop peu qui vont dans ce sens... Il faut vraiment continuer à communiquer sur ces exemples pour que peut-être, ces efforts se généralisent !

    19.08 à 21h08 - Répondre - Alerter
  • Les communes, c’est comme les jardins privés, moins on pulvérise, moins on a de mauvaises herbes...à condition, effectivement, de prendre la peine de désherber un peu de temps en temps.
    Mon jardin ne connait plus les pesticides depuis 20 ans et les pissenlits sont quasiment absents, les rosiers fleurissent comme jamais, les pucerons nourrissent les coccinelles, les papillons et les abeilles butinent sans tomber raides mort. J’ai même des lampyres (ver luisant) grand consommateur d’escargots...
    Globalement, j’ai moins de travail qu’autrefois et l’endroit est agréable.
    Mais, bien sûr, les bords de ma pelouse ne sont pas tirés au cordeau et j’ai quelques orties ou ronces sous les haies.

    19.08 à 17h33 - Répondre - Alerter
    • C’est super. Je pense qu il faut aussi revoir nos notions de "mauvaises herbes" : les orties, les pissenlits,... Ca se mange :-D
      Certaines sont fleuries et bien jolies ! ;-)
      Au lieu d’acheter des camions pr trimballer les materiels d pesticides etc... On embauche un jardinier (et non un quidam destiné a porter une pelle), des jeunes durant les vacances...
      Et d simples croisements a la place des rond point, poussants au rythme des subventions, eviteront certains entretiens..
      Et que l on plante des legumes aux pieds des arbres, des buissons d groseilles, des rosiers, des lavandes,.. !
      Que l ecologie cesse d etre l excuse aux augmentations d prix et des impots ! La loi d l offre et d la demande devrait petit a petit faire basculer les choses si les consciences se reveillent !

      20.08 à 12h51 - Répondre - Alerter
  • SUPER !

    Si seulement toutes les villes, toutes les régions pouvaient suivre... ce serait le rêve ! ou presque... il est grand temps ! il y a urgence !
    Plantez des arbustes buddleia !
    Les abeilles meurent aussi, sans abeilles, pas de fruits, pas de légumes... et plus d’humains !

    Stop aux pesticides !

    19.08 à 17h28 - Répondre - Alerter
  • "que ses semblables"

    19.08 à 17h20 - Répondre - Alerter
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