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14-10-2015
Mots clés
Biodiversité
France

Comment sauver la baleine cabossée de Méditerranée

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Comment sauver la baleine cabossée de Méditerranée
(Crédit photo : souffleurs d'écume)
 
Heurtés par les ferries, harcelés par les touristes curieux, baleines et cachalots ne naviguent plus en pères peinards. L'association Souffleurs d'écume se démène pour leur redonner un peu de tranquillité.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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23 heures en Méditerranée. Sur une mer calme éclairée par un quart de lune, un cargo navigue à proximité de l’île de Porquerolles. Quand soudain… « J’ai vu le souffle de l’animal, mais il était trop tard pour manœuvrer, je n’ai rien pu faire pour l’éviter », se souvient Frédéric Capoulade, l’homme qui tenait la barre cette nuit-là. C’était au printemps 1998. La baleine n’a pas survécu. Deux mois plus tard, rebelote. « Cette fois avec un bateau grande vitesse qui naviguait entre Nice et la Corse », poursuit le commandant, alors employé de la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM). Tel l’automobiliste qui écourte la vie d’un animal de compagnie, le marin est profondément affecté. Sa mésaventure est pourtant assez banale. « Avant moi, pas mal de collègues étaient déjà rentrés au port avec des cétacés sur le bulbe du navire », précise l’homme, désormais retraité.

Crédit photo : Souffleurs d’écumes


Ferrys, porte-conteneurs, pétroliers… Avec les quelque 10 000 navires qui la sillonnent (voir la carte ici), la Méditerranée est une zone à hauts risques pour les rorquals communs (le nom savant de la baleine). Chaque année, un à deux décès par collision sont recensés. « Soit parce que l’animal s’est échoué, soit parce que la compagnie maritime a rapporté l’accident, ce qui est rare. Parfois les cétacés percutés coulent en pleine mer, sans même que l’équipage l’ait remarqué », précise Pascal Mayol, qui a commencé à se préoccuper de cette hécatombe sur les bancs de l’Ecole pratique des hautes études il y a quinze ans. A ses yeux, le bilan macabre est donc largement sous-évalué. « On doit probablement multiplier les chiffres par 20 ou 30 pour coller la réalité », poursuit-il. Alors, à peine son diplôme de biogéographie en poche, l’homme fonde, aux côtés du commandant Capoulade, l’association Souffleurs d’écumes, basée à Toulon. Le premier est directeur, le second président. Leur mission ? Protéger les centaines de cachalots et les 3 000 rorquals communs qui peuplent la Méditerranée de la brutalité des activités humaines.

Crédit photo : capture d’écran - Marine Traffic


La première étape consiste à faire prendre conscience aux navires commerciaux que ce territoire ne leur est pas réservé. « Les porte-conteneurs et les cargos ne craignent pas grand-chose en cas de collision, les compagnies ne sensibilisent donc pas du tout leurs employés », regrette Frédéric Capoulade. Pour corriger le tir, l’association intervient chaque année au sein de l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) de Marseille devant 70 futurs marins. « En soi, éviter les collisions demande surtout d’ouvrir les yeux  », estime Frédéric Capoulade.

Crédit photo : Souffleurs d’écumes


Or, à plusieurs, on observe mieux. C’est pourquoi, depuis 2004, Souffleurs d’écume planche sur un logiciel participatif de repérage des cétacés en temps réel, REPCET pour les initiés. « Le principe est le même que celui du logiciel Coyott utilisé par les automobilistes pour localiser les radars », explique Pascal Mayol. En trois clics, un équipage équipé communique les coordonnées géographiques des baleines et cachalots croisés. En entrant dans la zone ainsi signalée, ferrys et porte-conteneurs munis de l’écran radar lèvent le pied. « On sait que la vitesse aggrave le risque, précise Pascal Mayol. A partir de 13 nœuds (24 kilomètres/heure ), une collision est systématiquement mortelle. » Efficace sur le papier, opérationnel depuis 2011, ce dispositif butte sur le faible enthousiasme des compagnies maritimes. « Son efficacité repose sur le nombre de navires équipés », rappelle pourtant Frederic Capoulade. Or, à ce jour, une seule compagnie, la Méridionale, l’a généralisé.

Crédit photo : capture d’écran - simulateur REPCET


Plusieurs fois approchées, les autres mettent en avant l’argument financier. « Mais qu’est ce que 300 euros par mois pour des porte-conteneurs dont les frais de fonctionnement avoisinent 50 000 euros par jour ? », s’agace le directeur de l’association. Pour rendre cet argument inopérant, Souffleurs d’écume a lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme KissKissBankBank. Si l’opération réussit, si les 35 000 euros permettant d’équiper sept navires sont réunis, les compagnies qui trainent les pieds, à l’image de Corsica Ferries, se verront proposer l’installation de REPCET gratuitement, dans un premier temps. « Le crowdfunding, c’est une manière de mettre les compagnies devant leurs responsabilités, de leur démontrer que les citoyens, et donc leurs potentiels clients, sont sensibles au sujet », explique Pascal Mayol.

Souffleurs d’écume se garde bien de mettre l’outil entre toutes les mains. Surtout pas dans celles des opérateurs de « whale watching », entendez d’observation des baleines. Moyennant quelques centaines d’euros, ces sociétés privées embarquent des touristes à la journée avec la promesse de les faire s’approcher au plus près des cétacés. Ce faisant, ils menacent sans s’en rendre compte l’existence même de leur gagne-pain. « Pour s’alimenter, ces animaux doivent plonger à 2 000, 3 000 mètres de fond, dans une eau à 0°C. C’est une lutte qui leur demande énormément d’énergie, quand il remontent à la surface, ils doivent se reposer mais n’y parviennent pas si des bateaux les harcèlent constamment », explique Pascal Mayol. Lutter contre les dérives de cette activité est la deuxième mission de l’association et de ses dix salariés. Angle d’approche, distance minimale à respecter, durée d’observation… « L’activité n’est pas néfaste en soi si un code de conduite est respecté », poursuit le directeur.

Crédit photo : Souffleurs d’écumes


Dans les faits, beaucoup font peu de cas de ces garde-fous. Soucieux de la satisfaction de leurs clients, certains vont jusqu’à utiliser la surveillance aérienne pour localiser les baleines, « ce qui ne leur laisse aucun répit », déplore Pascal Mayol. Sans parler des sociétés qui proposent d’aller nager à leurs côtés. « Cela suppose de passer au milieu des groupes, ce qui perturbe énormément les animaux. Et un jour, je crains qu’il n’y ait un drame humain », alerte-t-il. Pour rendre plus responsable une activité à ce jour non règlementée, en 2014, l’association a lancé un label. Aujourd’hui, celui-ci a été obtenu par 14 des 30 opérateurs du secteur en contrepartie, entre autres, de l’abandon du repérage aérien et de la nage avec les mammifères marins. Un preuve de sagesse aux yeux de Pascal Mayol, qui estime qu’« il nous faut accepter que certains animaux restent sauvages et que certains rêves restent du domaine du rêve ».

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