publicité
 
 
Accueil du site > Actu > Politique > Les « nudges » : ces coups de pouce qui nous font passer au vert

Les « nudges » : ces coups de pouce qui nous font passer au vert

Taille texte
Les « nudges » : ces coups de pouce qui nous font passer au vert
(Crédit photo : annia316 / Flickr)
 
Les « nudge » se mettent au vert : ce mode d'incitation, développé en sciences comportementales, commencent à être adopté en écologie, afin de motiver le passage des idées aux actes. Sans faire culpabiliser ou punir.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Nous sommes 93% à considérer le changement climatique comme un problème sérieux ou très sérieux... mais seulement un tiers à utiliser un moyen de transport quotidien à faible émission de CO2 ! Les Français auraient-ils besoin d’un « nudge » pour passer des idées aux actes ? Un « nudge », en langage scientifico-comportemental, c’est un « coup de pouce », une incitation donnée à l’individu sans être prescriptive ou culpabilisante. En clair, on bannit les « à force de faire couler l’eau du robinet, tu vas tuer la planète ! » et on use des « regarde comme ton voisin gère bien sa consommation d’eau ! ». Issus des politiques de santé publique, les « nudges », mis à la sauce écologie, sont alors qualifiés de « verts » et d’ores et déjà expérimentés à l’étranger, surtout dans les pays anglo-saxons, pour favoriser les économies d’énergie ou lutter contre la pollution.

En France et dans l’Union Européenne, ils débarquent. « Informer est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant : c’est un mythe de penser que le consommateur est rationnel ! En matière écologique, il nous est aussi difficile de voir à long terme les conséquences de nos actions. Sans compter qu’adopter des comportements pro-environnementaux, en modifiant nos habitudes, est coûteux, en terme financier mais aussi de temps. Et le gain personnel n’est pas toujours là ! Quand je pédale dans les bouchons, je fais un effort, et je me mets même plus en danger que la personne qui reste au volant de sa voiture et continue à polluer » résumait Olivier Oullier, chercheur en neurosciences et conseiller scientifique au Département Questions sociales du Centre d’Analyse Stratégique (CAS), où était organisé le colloque « incitations comportementales et environnement », mercredi 9 mars. Les « nudges verts », eux, pourraient faire passer la pilule plus en douceur. C’est en tout cas le credo de Richard Thaler, qui a popularisé le concept dans le livre Nudge : Improving Decisions About Health, Wealth, and Happiness. Revue de ces « coups de pouce », qui marchent ailleurs et pourraient être adaptés à la France.

Botte secrète

Première botte secrète des « nudges », le poids de la comparaison à autrui. Dans la ville de LaVerne, aux Etats-Unis, une expérience a montré que le recyclage des déchets augmentait de 19% quand on informait les habitants sur le comportement de leur voisinage : tous les matins, une note apposée sur leur porte leur indiquait ainsi combien de foyers recyclaient et quel volume de déchets était collecté : esprit de compétition oblige, les familles ont redoublé d’énergie pour trier papier, plastique et canettes et ne pas se sentir bons derniers de la rue !

Le psychologue Robert Cialdini s’est prêté à une étude semblable dans les hôtels : si vous indiquez, dans la salle de bain des chambres, que 75% des personnes ayant occupés cette chambre - une valeur arbitraire et volontairement élevé - ont réutilisé leur serviette au lieu de la changer tous les jours, alors 44% des clients conservaient effectivement leur serviettes, contre 35% si la statistique n’était pas précisée. « Inciter à modifier un comportement via les normes sociales est un outil puissant » confirme Laurent Waroquier, chargé d’études en psychologie sociale à l’Université de Toulouse II-Le Mirail.

Une option par défaut

Autre ressort utilisé par les « nudges verts », le respect de l’environnement... comme option par défaut. En France, si la facture en ligne d’électricité et de téléphone commence à se populariser, il faut parfois encore faire des pieds et des mains pour troquer la facture papier envoyée par la poste contre sa version électronique. Aux Etats-Unis, dans certaines banques ou chez certains fournisseurs d’énergie ou opérateurs téléphoniques, c’est au contraire pour recevoir une version imprimée qu’il faut batailler ! Même combat à l’Université Rutgers, qui a paramétré toutes ses imprimantes pour imposer l’impression de deux feuilles par page ou en recto-verso. Bilan : 7 millions de feuilles économisées en un semestre, soit 620 arbres !

En Chine, depuis 2008, ou en Italie, depuis le 1er janvier 2011, les sacs plastiques sont désormais bannis des caisses : pour en avoir, il faut payer. Et ça fonctionne : à Washington DC, le fait d’avoir imposé une taxe de 5 cents sur chaque sac aurait fait diminuer de 66% le nombre de sacs retrouvés dans le fleuve Potomac entre les nettoyages annuels de 2009 et 2010 ! Autant de cas décris dans la Note d’Analyse « Nudges verts : de nouvelles incitations pour des comportements écologiques », que vient de publier le CAS.

Des afficheurs intelligents

Et en France ? Dans les ministères, on commence à se prendre au jeu : l’option « écolo » par défaut a aussi été programmée dans certains d’entre eux, dans le cadre du « Plan administration exemplaire » initié en 2009. Pour les citoyens, le salut pourrait venir des compteurs Linky, développé par ERDF : ceux-ci affichent la courbe de consommation en temps quasi-réel sur des afficheurs placés au cœur des habitations... ou pourraient attirer notre attention par sms en cas de surchauffe ! Et pourquoi pas lancer, comme en Californie, la facture d’électricité contenant un graphique montrant votre niveau de consommation, la moyenne de vos voisins et celle de vos voisins les plus écolos ?

Sur la route, une nouvelle application développée par Fiat et Microsoft, baptisée Eco:Drive Blue&Me permet, grâce à un port USB, de récolter des données sur sa consommation ou le rejet de CO2. Un site communautaire permet aussi de tester sa conduite éco-citoyenne et de se comparer à d’autres internautes ! « Il y a une dimension qui n’est pas assez présente : c’est le rôle, l’implication du citoyen, qui doit être partie prenante de ces changements, explique Pierre Dechamps, représentant du Bureau des conseillers de politique européenne de la Commission européenne. Mais pour passer, le message doit être positif et faisable, et non pas faire appel à la répression ou la punition. Les nudges verts vont dans ce sens ». Sans compter que, facile à mettre en place, ils le font aussi... à moindre coût. Reste à les lancer, à plus grande échelle et dans des domaines plus variés, dans l’Hexagone.

Faites réagir vos proches, diffusez l'info !
Vous aimez Terra eco ? Abonnez-vous à la Newsletter

Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

8 commentaires
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
  • 1.My husband leave home to London this morning, and he left a glass dildo (glass sex toys,sex toys glass dildos)from glass dildo to me. He said that it will help me get rid of lonely days, i really miss him and i have to take this gift sleep together for several weeks.

    3.05 à 11h08 - Répondre - Alerter
  • 1.My husband leave home to London this morning, and he left a glass dildo (glass sex toys,sex toys glass dildos)from /www.asextoys.com/c/glass-dildos.htm">glass dildo to me. He said that it will help me get rid of lonely days, i really miss him and i have to take this gift sleep together for several weeks.

    3.05 à 11h06 - Répondre - Alerter
  • just about every task without breaking a sweat (or creating ergonomic issues). Outside of visual presentations and watching movies, the 7 tablet pc ″ always has my pick over the 10″,

    8.01 à 04h54 - Répondre - Alerter
  • Full phone specifications about all newly announced and even still not official tablet phone.

    4.01 à 02h06 - Répondre - Alerter
  • Ayant assisté à la présentation des Nudges fait au CAS, j’aurais aimé que vous nous fassiez, non pas une reprise pure et simple de l’argumentation proposée, mais que celle ci soit accompagnée par un regard librement critique.
    Car ces Nudges, apparaissent en fin de compte n’aborder les questions environnementales que par le petit bout de la lorgnette, sans traiter les vraies questions de responsabilité (entreprises, politiques, etc.). Ils ont pour inconvénient de s’appuyer sur les théories de la psychologie comportementale dont il faut noter qu’elles cherchent à s’adresser de plus en plus aux pratiques du management, du marketing et même du droit, et tentent même de constituer matière à enseignement dans certaines écoles de commerce. Ceci au nom de la recherche de l’efficacité. Mais il n’est pas interdit de se poser la question sur la pertinence de cette intrusion, car, au nom des valeurs humanistes, on peut être amené, parfois, à réfuter ces techniques qui jouent sur le conditionnement des gens. Est-ce une façon de traiter la nature humaine ? Celle-ci est multiple et il y a un gouffre entre les résultats des recherches quantitatives, quasi expérimentales menées par des psychologues, et la clinique humaine.
    Vous ne faites qu’évoquer la valeur arbitraire donnée aux clients de l’hôtel sur la réutilisation des serviettes de toilette. C’est en fait une manipulation irresponsable, car peut on encourager une action basée sur un mensonge ? Que penseront les clients apprenant qu’ils ont été manipulés ?
    Concernant les factures envoyées par internet, si le client souhaite les conserver, va-t-il se contenter d’un stockage sur son ordinateur, avec les risques de pertes prévisibles à thermes, où les imprimer. J’ai personnellement du retrouver douze factures vielles de trois ans après que GDF m’ait réclamé de payer un rappel de consommation de 4000€. Une erreur de relevé.
    Par ailleurs, on reclasse en Nudges des décisions qui n’ont que peu à voir avec le concept. La fin des sacs plastiques aux caisses de supermarché, par exemple. Ou la mise en place d’une taxe sur ces sacs.
    A vanter le rôle supposé des compteurs dits "intelligents", que le gouvernement a pris la décision de nous imposer, il faudrait préciser que ceux ci nous seront vendus trois fois plus cher qu’en Italie (merci EDF !), et qu’il ne s’agit pas tout à fait de rendre le citoyen plus intelligent.
    Terminons, justement, sur l’intelligence. En aucun cas, les théories comportementales n’y font appel, et c’est bien leur limite. Car il est permis de se poser la question des limites de la durabilité comportementale de ce que prônent ces Nudges. Ne ferait on pas mieux de s’adresser à l’intelligence des gens ?
    Vous ne dites rien de l’intervention de clôture de ce colloque faite par madame Papalardo, Commissaire générale au développement durable.
    Après avoir félicité les Anglo-Saxons pour leur capacité à conceptualiser des choses que nous faisons plus ou moins, mais sur lesquelles nous n’avons pas cette réflexion qui est stimulante et nous fait nous questionner, elle a précisé que ce qu’on cherche à changer chez le consommateur, (un consommateur qui est avant tout un humain, et un humain c’est compliqué), ce n’était pas que la façon de consommer, c’était le mode de vie.
    Et après avoir questionné la possible manipulation derrière les techniques comportementales elle a donc souhaité revenir sur l’intelligence. On ne peut pas faire durablement changer les comportements des uns et des autres, s’ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent le faire. Si on ne leur explique pas, s’ils ne comprennent pas où est le problème, ils ne seront pas convaincus. Ils doivent comprendre le problème du changement climatique, la question de la biodiversité, etc. Sans cela rien n’ira très loin, a-t-elle précisé, avant d’évoquer la question primordiale de l’éducation et de la pédagogie. Avant de conclure : « Si le citoyen comprend, il comprend qu’il est responsable ».

    Bernard Léon

    28.03 à 13h52 - Répondre - Alerter
    • bon je vois que j’allais faire une remarque déjà existante ......... et si les états et les entreprises commençaient à montrer l’exemple ??? quand je vois tous les éclairages commerciaux de nuit dans les villes et les bureaux éclairés etc etc .......... je me dis qu’allumer la lumière juste dan sla pièce où je suis chez moi par exemple, est bien dérisoire .....................

      et le compteur linky ?? ça va couter combien aux consommateurs ????????????????? et ça va consommer combien toutes la fabrication de ces appareils (avec les ordi etc qui vint avec et qui vont consommer aussi de l’énergie) alors que nos compteurs fonctionnent très bien et sans parler du côté un peu big brother de ce système. ça va surtout enrichir certaines boites ! de l’arnaque , si on veut contrôler notre consommation, on peut regarder notre compteur tout simplement !!!

      28.03 à 18h36 - Répondre - Alerter
  • Une très bonne initiative ou l’on voit encore le retard de la France au niveau international...

    Cette technique pourrait surement être appliqué à l’automobile en favorisant le covoiturage ou l’auto-partage en tant que valeur plus social et plus écologique. Ne serait-il pas envisageable de faire des campus pour les entreprises ? A l’image de google ou la plupart des salariés vivent au même endroit et comme une grande communauté ?

    Avec un tel modèle on pourrait très rapide faire des progrès en matière de développement durable.

    En attendant, je vous conseille de faire du covoiturage sur le site www.vadrouille-covoiturage.com

    28.03 à 11h34 - Répondre - Alerter
  • Il faut aussi que le "nudge" soit vérifiable, relatif à la réalité et qu’on puisse s’y fier.

    Si comme dans l’exemple de 75% de personnes réutilisant leurs serviettes les gens s’aperçoivent qu’en fait le chiffre donnée était faux et seulement là comme "carotte" pour les faire agir dans un sens particulier, à terme ils finiront par ne plus écouter les messages en les considérant comme une sorte de propagande en qui on ne peut avoir confiance. Ce qui du coup pourrait avoir l’effet inverse...

    27.03 à 23h32 - Répondre - Alerter
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • Se connecter
  • Créer un compte

En route pour la COP21
publicité
publicité
publicité
Site conçu avec
publicité