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8-02-2016
Mots clés
Finance
Climat
France
Reportage

Quel est le rapport entre Cahuzac, les chaises de BNP Paribas et le climat ?

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Quel est le rapport entre Cahuzac, les chaises de BNP Paribas et le climat ?
(Crédit photo : ANV COP21)
 
Ce lundi, l'ancien ministre du Budget comparaît au Palais de Justice de Paris. Pour les « faucheurs de chaises », acteurs d'une mobilisation citoyenne insolite contre l'évasion fiscale, l'occasion était trop belle…
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D’un côté du pont au Change qui mène de la place du Châtelet au Palais de Justice de Paris, 196 chaises « réquisitionnées » dans des banques attendent, ce lundi matin, d’« être restituées à la justice ». De l’autre côté de la Seine, le tribunal accueille l’après-midi même le procès de Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du Budget qui comparaît pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale.

Le dénominateur commun de ces deux événements ? L’évasion fiscale, dont les militants des ONG Attac, Les Amis de la Terre, Bizi ! et Action non-violente COP21 (ANV COP21) entendent faire le procès symbolique. « C’est très bien de juger un homme, mais on voudrait que le procès qui s’ouvre aujourd’hui soit celui de tout un système, celui d’une impunité organisée », explique Pierrot, membre du collectif ANV COP21 dans son mégaphone.

« L’affaire Cahuzac, ce devait être un électrochoc »

Devant les dizaines de journalistes, les porte-parole de chaque organisation rappellent inlassablement les chiffres : entre 60 et 80 milliards d’euros perdus en une année pour l’Etat français du fait de la seule fraude, 1 000 milliards à cause de la fraude et de l’évasion fiscale dans l’Union européenne, tandis qu’à l’échelle mondiale 20 000 milliards de dollars (18 000 milliards d’euros) dormiraient dans les paradis fiscaux.

Crédit photo : Amélie Mougey


Ces montants feraient presque passer les 687 000 euros d’avoirs que Jérôme Cahuzac est soupçonné d’avoir dissumulés pour dérisoires. « L’affaire Cahuzac, ce devait surtout être un électrochoc, le début d’une mobilisation très forte des pouvoirs publics contre l’évasion fiscale, se souvient Thomas Coutrot, porte-parole d’Attac. Ça n’a pas été le cas : les banques françaises sont encore massivement implantées dans des paradis fiscaux et la justice ne s’y intéresse pas plus qu’avant. »

Les 2,6 milliards d’euros entrés dans les caisses de l’Etat en 2015 grâce à la régularisation des situations des évadés fiscaux ne le satisfont pas. « L’Etat est toujours dans une logique d’accueil des contribuables repentis, il n’y a pas de démarche pro-active d’investigation et de poursuites », reprend le porte-parole. A ses yeux, la suppression de 3 100 postes dans les services du contrôle fiscal au cours de ces cinq dernières années est la démonstration de cette inaction.

« Une chaise, c’est modeste et symbolique »

Alors, pour exprimer leur indignation, depuis septembre 2014, des militants écologistes et altermondialistes volent des chaises par groupes de 20 à 30 de manière non-violente et à visage découvert. « C’est un objet modeste mais symbolique, une chaise », explique Hubert Labrousse, membre d’Attac venu en costume trois-pièces et cigare au bec pour l’occasion. « Si l’on est poursuivis, ce sera l’occasion de rappeler que les banques volent le contribuable dans des proportions incomparables », explique-t-il. En commettant leurs menus larcins, les autoproclamés « faucheurs de chaises » s’exposent à une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et 100 000 euros d’amende. Plusieurs ont déjà fait l’objet de gardes à vue à Paris, Bordeaux ou Lyon et des convocations au tribunal sont attendues à Bayonne et à Marseille.

Crédit photo : Amélie Mougey


Au total, depuis le début de ce mouvement de désobéissance civile né à Bayonne, 39 agences – HSBC, Crédit mutuel et BNP Paribas – ont été dépouillées sur l’ensemble du territoire. Le mouvement chiffonne les établissements. Chez BNP Paribas, sa cœur de cible, les dirigeants ont même tenté, en novembre dernier, de négocier avec les militants. « Ils parlaient de paradis règlementaires plutôt que de paradis fiscaux », raille Jon Palais, porte-parole du collectif ANV COP21, appelant à la poursuite du mouvement, puisque « BNP n’a pas fermé ses filiales aux îles Caïmans ».

Récupérer le magot avant de le partager

Sur les 243 sièges volés à ce jour, 196 ont été réunis place du Châtelet avant d’être alignés par rangées de six d’un bout à l’autre du pont. Soit le nombre de parties présentes à la COP21 », explique Malika Peyraut, porte-parole des Amis de la Terre. Si les T-shirts verts de l’ONG colorent les rangs des participants, c’est que la question climatique est au cœur du mouvement. « L’argent des paradis fiscaux, nous en avons besoin pour lutter contre le dérèglement climatique : alimenter le fonds vert, investir dans les énergies renouvelables… », commente Amélie Lebleu, militante au sein de l’association. Parmi la petite foule présente autour d’elle, chacun a son idée sur l’usage qui pourrait être fait de l’argent mis à l’abri par les fraudeurs. Pour Thomas Coutrot, « ces milliards d’euros manquent à la protection sociale, au service public ». Pour Malika Peyraut, « ils serviraient à financer la transition écologique et sociale ».

Crédit photo : Amélie Mougey


En attendant de partager le magot, déjà faut-il le récupérer. « Cahuzac, c’est un exemple, une opportunité pour ouvrir le débat », résume Jon Palais. Derrière lui, le groupe de quelque 200 militants, parmi lesquels le philosophe Patrick Viveret ou l’ancien ministre des Finances Christian Sautter (PS), est désormais assis sur le butin.

L’action placée sous le signe de la désobéissance civile n’a pas été déclarée en préfecture et un cordon de CRS est progressivement venu bloquer la marche des déménageurs d’un jour. Jon Palais reprend alors le mégaphone : « On va laisser les chaises à nos amis policiers, pour qu’ils les remettent à la Justice. » Tandis que les militants quittent les lieux en bavardant, laissant les forces de l’ordre veiller sur un troupeau de sièges vides, à quelques pas, un ancien ministre s’apprête à faire une entrée remarquée.



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