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9-12-2015
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Tribune COP21

Hydrofluorocarbures : il n’y a pas que sur le CO2 qu’il faut freiner !

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Hydrofluorocarbures : il n'y a pas que sur le CO2 qu'il faut freiner !
(Crédit photo : Joi Ito - Flickr)
 
Certains gaz utilisés comme réfrigérants sont jusqu’à 10 000 fois plus nocifs que le dioxyde de carbone, rappelle la juriste Maxime Beaugrand. Pour ralentir le réchauffement de la planète, il faut donc s'y attaquer de front.
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Maxime Beaugrand est juriste et représentante en France de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank américain qui œuvre pour l’élimination des polluants à courte durée de vie.

Que l’accord de Paris actuellement en cours de négociations au Bourget soit un succès ou un échec ne changera pas le constat suivant : cet accord ne ralentira pas à lui seul et assez rapidement le rythme inexorable du dérèglement climatique. Ça, c’est la mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle, c’est que tout n’est pas voué à l’échec pour autant. Il n’existe ni accord miracle ni potion magique. L’accord de Paris, s’il voit le jour, sera un tremplin, un point de départ. Très généralement, il faudra que cet accord fasse émerger a minima un certain niveau de confiance entre les pays et insuffle une exigence d’optimisme urgent, ce qui devrait permettre de relever les ambitions futures de « l’après-Paris ».

On le sait, le seuil maximal des 2°C de réchauffement est déjà trop élevé. La plus grande inquiétude relève du rythme rapide de l’accélération du réchauffement. Au rythme actuel, les écosystèmes n’auront pas le temps de s’adapter, l’insécurité alimentaire ira croissant et l’on envisage déjà des instabilités régionales, des déplacements de populations et des catastrophes climatiques sans précédent et irréversibles.

Il faut agir maintenant mais surtout, il faut agir vite ! Que faire ? Deux leviers sont actionnables pour ralentir le réchauffement.

Freiner les émissions des polluants à courte durée de vie dans l’atmosphère

Le premier levier, simple dans son énoncé, est complexe dans sa réalisation. Il consiste bien évidemment à freiner les émissions de dioxyde de carbone. Pour permettre une stabilisation des émissions sur le long terme, il faut dès aujourd’hui l’actionner. Il faut freiner vite et aussi fort que possible ces émissions, tout en mettant en place une transition énergétique sans énergies fossiles, fondée sur l’efficacité énergétique, en créant un élan autour des énergies renouvelables disponibles et des méthodes de captage. En actionnant ce levier, on sait que l’on pourrait éviter 0,1°C de réchauffement en 2050. C’est ce tremplin que l’accord de Paris doit mettre en place.

Le second levier est plus ramifié. Il consiste à freiner les émissions d’autres polluants, des polluants qui, contrairement au dioxyde de carbone, ont une courte durée de vie dans l’atmosphère. Courte durée de vie certes, mais – comme avec le CO2 – dommages à long terme. Quant le CO2 reste dans l’atmosphère entre cinq cents ans et plusieurs milliers d’années, ces « autres » polluants restent dans l’atmosphère entre quelques semaines et, pour certains, un peu plus de dix ans. Du fait de leur courte durée de vie dans l’atmosphère, les éliminer entraînera une réponse climatique rapide (surtout en comparaison avec le CO2). On regroupe plusieurs gaz dans cette catégorie et notamment les HFC (hydrofluorocarbures, gaz industriels utilisés principalement comme réfrigérants). Freiner les émissions de ces polluants à courte durée de vie permettra d’éviter 0,6°C de réchauffement en 2050, ce qui est beaucoup plus que ce que l’on pourra obtenir avec le CO2. Ce levier-là, s’il est actionné, entraînerait une réponse climatique quasi immédiate, permettrait une atténuation rapide et financièrement abordable. Ce levier contribuera fortement à réduire le rythme du réchauffement. Et à ce stade, toutes les contributions sont les bienvenues !

Les HFC relèvent de la responsabilité du protocole de Montréal

Concernant les HFC, leur diminution permettrait d’éviter jusqu’à 0,5°C de réchauffement à la fin du siècle et l’équivalent de 100 milliards de tonnes d’équivalent CO2 en 2050. Si l’on prend en compte les gains d’efficacité énergétique mis parallèlement en place dans tous les équipements utilisant les HFC, on pourrait même doubler la mise et éviter 100 milliards de tonnes d’émissions d’équivalent CO2 supplémentaires en 2050, selon un rapport récent du Laboratoire national Lawrence-Berkeley, aux Etats-Unis Aujourd’hui, des alternatives aux HFC plus respectueuses de l’environnement sont disponibles. Les HFC relèvent de la responsabilité d’un autre protocole international, le protocole de Montréal. Ce protocole a, en éliminant les prédécesseurs des HFC (les CFC et les HCFC notamment), parce qu’ils contribuaient à la destruction de la couche d’ozone, permis la production et la consommation des HFC, véritables bombes climatiques à retardement. Certains HFC sont jusqu’à 10 000 fois plus nocifs que le CO2. Les pays membres du protocole de Montréal réunis le mois dernier se sont entendus pour s’attaquer à l’élimination des HFC à travers un amendement qui devrait être négocié en 2016. Reste à la forte majorité des pays du protocole déterminée à éliminer ces HFC de convaincre la poignée, plus que minoritaire, des pays encore réfractaires. Cet espoir semble prendre forme et c’est ce dernier que le président américain Barack Obama a salué et qualifié de progrès lors de son discours d’ouverture des négociations au Bourget, lundi 30 novembre dernier.

Face à l’accélération du dérèglement, il faut donc freiner des deux pieds et plus que jamais actionner tous les leviers disponibles ! C’est une réelle appréciation de l’urgence qui devra devenir le cri de ralliement de la communauté internationale et dont on va avoir besoin de façon cruciale dès la fin des négociations au Bourget.

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Juriste et représentante en France de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank américain qui œuvre pour l’élimination des polluants à courte durée de vie.

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