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4-01-2016
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Climat
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La COP21 est terminée, pas notre combat pour le climat !

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La COP21 est terminée, pas notre combat pour le climat !
(Crédit photo : COP PARIS - Flickr)
 
La conférence de Paris ? Ç'aurait pu être pire, ç'aurait dû être mieux. Tel est le sentiment de la blogueuse et chercheuse en sciences sociales Ophélie Véron… qui a décidé de mettre les bouchées doubles contre le dérèglement climatique.
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Ophélie Véron est blogueuse et chercheuse en sciences sociales

Ça y est, la COP21, c’est fini, la messe est dite, les 40 000 participants sont repartis dans leurs contrées respectives, la multitude d’activistes a remballé ses bannières et nous, on garde un goût un peu amer en bouche. Il y a eu des pleurs, des embrassades, de grandes déclarations, de l’autoglorification en masse, mais aussi des cris et des chants face à la tour Eiffel, les mots de Naomi Klein qui nous ont exhortés à ne pas baisser les bras et, surtout, une envie partagée de continuer la lutte pour la justice climatique. De tout cela, que peut-on tirer sur un plan individuel ?

Personnellement, si la COP21 ne m’a pas déçue, c’est surtout que je n’en attendais rien. Déçue, je l’ai tout de même été un peu lorsque j’ai lu les paroles de joie d’Avaaz, les diverses ONG qui clament « On a gagné », quand tout ce que je ressens, c’est que l’on court au désastre. Soulagée, aussi, quand j’ai lu que d’autres ne se réjouissaient pas avec moi, notamment George Monbiot, dont les mots pour le Guardian résument à merveille ce qu’a été cette nouvelle COP : « En comparaison de ce que cela aurait pu être, c’est un miracle. En comparaison de ce que cela aurait dû être, c’est un désastre. Les négociations à Paris ont été les meilleures que l’on ait jamais eues. Et c’est là un bien triste constat. »

Bref, ce qui est fait est fait et personnellement, cette COP21 m’a donné envie de m’engager davantage encore.

Poursuivre le mouvement pour la justice climatique

M’engager à être plus déterminée encore à poursuivre et amplifier le mouvement pour la justice climatique. Ne pas laisser nos dirigeants se reposer sur leurs maigres lauriers, ne pas croire non plus que ceux-ci ont toutes les cartes en main, mais montrer que, nous aussi, simples citoyens, sommes les acteurs majeurs du monde de demain. Que nous pouvons, par nos actions, par notre activisme quotidien, changer la donne, générer une révolution environnementale et sociale forte, puissante, éclatante. Car les héros du climat, ce ne sont pas ceux qui ont signé ce traité décevant et qui s’en font une gloriole, mais bien toutes celles et tous ceux qui, activistes, intellectuels, journalistes, blogueurs, manifestants, artistes, ont œuvré ces dernières semaines dans la rue, au sein des divers lieux de débat citoyen, lors du village des alternatives de Montreuil ou du rassemblement des lignes rouges, à placer l’environnement au premier plan. Car le mouvement qui a accompagné la COP21 ne s’est pas laissé décourager par les interdictions de manifestation. Main dans la main, les chaînes humaines qui se sont formées ont été le rayonnant symbole de ce dont est capable l’humanité quand elle ne pense pas en termes de rendement et de profits, mais quand elle marche au nom de la solidarité et de l’empathie. Et j’ai l’intime conviction que ce mouvement, loin de retomber, ne se fera que plus fort et plus puissant lors des prochaines conférences des parties.

Faire du climat un enjeu politique et citoyen

M’engager à rester optimiste. C’est dur, mais il le faut ! Ne pas succomber à un pessimisme fataliste bien tentant, selon lequel nous courons à la catastrophe (même si, en l’état actuel des choses, c’est malheureusement le cas), mais œuvrer, encore et toujours, à faire du climat un enjeu citoyen de premier plan. Pousser les politiques à placer ce sujet comme priorité de campagne, non pas au nom d’un greenwashing ambiant où chaque parti doit désormais placer « climat » comme mot compte triple sur leurs programmes afin d’engranger des points électoraux, mais bien un élément central de leurs engagements et une priorité dans leurs actions. A l’heure où plus d’un Français sur deux estime que le gouvernement n’en fait pas assez pour régler le problème du changement climatique, il est temps de placer véritablement cette question au premier plan.

Penser intersectionnalité

M’engager à montrer que le dérèglement climatique appelle à repenser fondamentalement notre système économique, social et culturel. Car œuvrer pour le climat ne se fera pas sans une profonde remise en question des rapports de domination capitaliste, raciste, impérialiste, sexiste, militariste et spéciste. Capitaliste, car les politiques de libéralisation du commerce et d’extension des droits des investisseurs, dont le Tafta et le Ceta sont les parangons, placent la compétitivité au premier plan et rendent nos sociétés dépendantes de modèles énergétiques basés sur les exploitations fossiles insoutenables, entravant ainsi toute ambition de maîtriser le dérèglement climatique. Raciste, car si les populations du Sud sont les plus vulnérables face au risque climatique, le discours sur le climat est trop souvent monopolisé par des groupes où celles-ci sont exclues, voire invisibilisées. Impérialiste, car, tandis que le changement climatique est en grande partie la conséquence d’un système néocolonial renforçant les inégalités au niveau global et local, les pays occidentaux poursuivent leur développement économique en s’appuyant sur l’exploitation des populations du Sud et des peuples indigènes.

Sexiste, car les femmes des pays du Sud sont les plus vulnérables face au changement climatique et qu’une véritable politique de maîtrise de celui-ci ne se fera pas sans une refonte du système patriarcal. Militariste, car si l’armée est parmi les principaux clients des énergies fossiles sur la planète (l’armée américaine étant, à elle seule, le premier usager du pétrole produit dans le monde), elle est pourtant exemptée de tout décompte onusien des émissions nationales de gaz à effet de serre et ce, en raison de la pression exercée par les Etats-Unis en 1997 à Kyoto pour que les activités militaires ne soient pas concernées par les mesures de réduction des émissions. Spéciste, enfin, car si l’élevage est une cause majeure de réchauffement climatique et que les effets de celui-ci pèsent lourd sur les espèces animales et les écosystèmes, la question de la consommation de produits animaux n’a même pas été soulevée lors de la COP21.

C’est pour toutes ces raisons, qui ont trop souvent été escamotées des discussions lors de la conférence de Paris, que je m’engage à ne pas baisser les bras, mais à continuer la lutte, et à exhorter de plus belle mes concitoyens à faire de même. Poursuivons notre combat, amplifions notre mobilisation et réclamons, maintenant plus que jamais, la justice climatique.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- Pourquoi l’élevage est le grand oublié de la COP21
- L’accord de Paris : ce qu’il y a et ce qu’il n’y a pas
- Pourquoi une réussite de la COP21 serait un échec pour le climat

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Végétarienne, optimiste et convaincue qu’un autre monde est possible, elle partage sur son blog – sous le nom d’Antigone XXI – ses réflexions sur des sujets d’éthique et de société, des informations toujours bonnes à savoir, des conseils de lecture, des astuces pratiques pour apprendre à mieux consommer et à vivre avec plus de sérénité, sans oublier des petites recettes gourmandes pour croquer la vie à pleines dents – sans jamais lui faire de mal.

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