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30-10-2015
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A Dubaï, éliminera-t-on l’un des six principaux gaz à effet de serre ?

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A Dubaï, éliminera-t-on l'un des six principaux gaz à effet de serre ?
(Crédit photo : Alan Hasoo / Flickr)
 
Ce week-end, s'ouvre à Dubaï une réunion des Parties du protocole de Montréal. Les pays vont plancher sur l'avenir des climatiseurs et systèmes de réfrigération, véritables bombes climatiques. Une occasion en or, selon Maxime Beaugrand, juriste.
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Maxime Beaugrand est juriste et représentante en France de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD).

C’est une coïncidence que l’on espère prophétique. Alors que ce dimanche 1er novembre s’ouvre à Dubaï la 27ème réunion des Parties du protocole de Montréal qui se penchera sur l’avenir des réfrigérants appelés HFC (climatiseurs et systèmes de réfrigération), une étude publiée dans la revue Nature Climate Change le 26 octobre prédit que le golfe Persique atteindra des températures intolérables pour les êtres humains à la fin de ce siècle si l’on ne fait rien pour freiner la course du réchauffement climatique.

On savait que la planète se réchauffait, on sait maintenant que certaines parties du globe seront des fournaises incompatibles avec les vies humaines à l’extérieur ! On ne pourra pas se passer de climatisation ni de systèmes de réfrigération, c’est une évidence. Dès lors, il est essentiel que ces derniers ne deviennent pas les principaux responsables du réchauffement contre lequel ils luttent. Si les systèmes de climatisation et de réfrigération deviennent les principaux émetteurs de puissants gaz à effet de serre, alors le scénario infernal sera engagé.

Or, certains HFC sont des véritables bombes climatiques à retardement avec un très fort potentiel de réchauffement global (PRG). Il est urgent de les remplacer par des HFC à faible ou zéro potentiel de réchauffement global ou des produits de substitution naturels, qui de surcroît, entraîneraient d’importants gains d’efficacité énergétique.

Eviter 100 milliards de tonnes de dioxyde de carbone en 2050

L’élimination progressive de ces HFC permettra d’éviter l’émission de l’équivalent de 100 milliards de tonnes de dioxyde de carbone en 2050 et jusqu’à 0,5°C de réchauffement en 2100. Et si l’on prend en compte le fait qu’en remplaçant ces HFC par des produits de substitution plus respectueux du climat, on obtient une meilleure efficacité énergétique des équipements concernés (en moyenne 30% à 60%), on réduira d’autant à terme la facture énergétique. Moins de CO2 émis, moins de réchauffement et moins d’énergie consommée : le triplé gagnant !

Selon des chercheurs du Laboratoire national Lawrence-Berkeley (LBNL), situé en Californie, une amélioration de l’efficacité énergétique des équipements d’air conditionné pourrait éviter un montant total cumulé d’émissions à hauteur de 97,5 milliards de tonnes de CO2. Ces économies en période de pic de demande d’électricité pourraient atteindre jusqu’à 1200 gigawatts d’électricité, ce qui permettrait d’éviter (ou encore de libérer cette électricité pour d’autres usages) un montant total d’électricité égal à la production d’environ 1000 à 2500 centrales électriques de taille moyenne en 2050.

Plus que jamais, à Dubaï, durant les cinq jours de négociation qui se termineront le 5 novembre, les 197 pays membres du protocole de Montréal doivent s’accordent pour éliminer ou, a minima, s’accorder sur un planning d’élimination de ces HFC dans le futur.

Le protocole de Montréal est l’instrument juridique le plus adéquat

Le protocole de Montréal – traité international universellement ratifié –, est l’instrument juridique le plus adéquat pour éliminer ces réfrigérants à l’échelle mondiale. Depuis sa création en 1987, le protocole a éliminé plus d’une centaine de gaz de la même famille et aux mêmes usages que les HFC. De plus, c’est en organisant l’élimination des réfrigérants et aérosols CFC et HCFC dans le but de sauver la couche d’ozone que le protocole a permis la naissance de ces HFC : il lui incombe donc aujourd’hui d’organiser leur élimination. Enfin, le protocole est un traité international efficace auquel on attribue d’avoir permis une réduction d’émission de CO2 équivalent jusqu’à vingt fois plus importante que la réduction atteinte par le protocole de Kyoto (1ère période d’engagement 2008-2012).

En cette fin d’année 2015, la victoire est à portée de mains. Pour que soit négocié le calendrier et les modalités de l’élimination des HFC, les parties au protocole de Montréal doivent atteindre un consensus au sens procédural du terme. A ce jour, 95 pays membres du protocole (la coalition des états insulaires menée par les Etats fédérés de Micronésie et les Philippines, le Groupe Afrique regroupant 55 membres, les Etats-Unis, la Canada et le Mexique, l’Union européenne et ses 28 membres, et enfin l’Inde) ont soumis des propositions d’amendement afin d’éliminer graduellement les HFC. Plus de 130 pays sur les 197 parties du protocole ont exprimé leur soutien à ces propositions.

Aux dernières réunions de négociations, une poignée de pays n’avaient pas encore rejoint le consensus. Leur principale préoccupation revendiquée concernait les performances des solutions alternatives disponibles pour les pays à fortes températures ambiantes. Mais le marché est en constante évolution et les alternatives nécessaires sont de plus en plus largement disponibles et efficaces. Sinon, les parties du Protocole de Montréal pourrait également envisager de négocier une exception pour les pays à fortes températures ambiantes ou encore une période de grâce avant le gel de la production et de la consommation qui leur permettraient de ne démarrer leur calendrier de réduction que plusieurs années après les autres pays.

Quoiqu’il en soit, à ce stade, les parties du protocole de Montréal doivent trouver ce consensus et finaliser les négociations. Si l’on pouvait lire en une des journaux « A Dubaï, la communauté internationale est parvenue à éliminer l’un des six principaux gaz à effet de serre », on aurait a minima insufflé l’optimisme urgent et nécessaire pour relever le défi du réchauffement climatique, à moins d’un mois de la COP 21 à Paris.


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Juriste et représentante en France de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable (IGSD), un think tank américain qui œuvre pour l’élimination des polluants à courte durée de vie.

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