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10-12-2015
Mots clés
Climat
Tribune COP21

1,5 ou 2°C ? Deux chiffres et beaucoup de questions

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1,5 ou 2°C ? Deux chiffres et beaucoup de questions
(Stefan Lins - Flickr)
 
Longtemps, l'objectif affiché de la COP21 devait être de limiter le réchauffement à 2°C. Mais le chiffre de 1,5°C est désormais évoqué. Le climatologue Hervé Le Treut détaille les implications de cette question.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Hervé Le Treut est climatologue, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace et membre du Giec.

Faut-il retenir un réchauffement de 2°C ou de 1,5°C comme objectif général de la COP ? Ce débat qui anime une partie des négociations, peut sembler difficile à comprendre pour les non-spécialistes. Il est aussi délicat à argumenter pour un scientifique : de fait la seule chose que puisse recommander un physicien du climat c’est de stopper « au plus vite » la dynamique d’un réchauffement qui porte déjà des conséquences importantes. De ce point de vue on peut comprendre l’insistance des états insulaires : ne pas abaisser le seuil de réchauffement, c’est se montrer insensible à leur risque de disparition, et donc à un phénomène existentiel pour eux.

Dans le même temps, il faut réaliser que les 2°C sont aussi autre chose : la première tentative de donner une ambition climatique commune aux différents pays de la planète, à un moment où le temps commence à manquer pour agir. Cet objectif a ceci de particulier qu’il correspond à la fin du siècle, alors que les mesures qui sont débattues à Paris, concernent avant tout la période 2020-2030. Il n’est pas vraiment possible d’imaginer un « rétroplanning » précis qui nous permettrait, à partir d’une cible de température en 2100, vers un agenda précis de réduction des émissions de gaz à effet tout au long du siècle. Trop de choses peuvent affecter ce qui se passera au XXIe siècle : la réaction du système climatique aux émissions de gaz à effet de serre reste affectée d’une incertitude quantitative importante, et nous ne savons pas non plus avec précision quelles technologies seront déployables, quand et à quelle échelle.

Cette référence aux 2°C de réchauffement est donc avant tout une indication générale qui permet de dimensionner les émissions initiales. Elle est de ce point de vue très contraignante : pour avoir des chances importantes de rester sous les 2°C, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre de 40% à 70% par rapport aux émissions d’ici à 2050, puis atteindre en quelques décennies l’équilibre carbone : ne rien émettre que l’on ne puisse reprendre à l’atmosphère. Il s’agit d’un effort considérable : les émissions de CO2 sont associées à ce qui fait 80% environ de l’énergie que nous utilisons et c’est un monde sans charbon, sans pétrole, sans gaz naturel qu’il faut construire. L’analyse des trajectoires possibles mais aussi le bon sens montrent que rien de ceci ne sera possible sans une inflexion majeure de nos politiques énergétiques, qui dépendra de facteurs technologiques, de facteurs financiers, de facteurs sociaux…

De ce point de vue, ce que symbolisent les 2°C, c’est l’attachement à un objectif qui implique l’adhésion de tous les pays à cette phase de transformation radicale. Mais il est ambigu de les estimer de manière trop précise. Les estimations d’un réchauffement en fin de siècle, établies à partir des propositions faites par les Etats pour la période 2020-2030 portent une incertitude similaire : elles doivent nécessairement « inventer » ce qui sera fait de 2030 à la fin du siècle, et il n’est pas certain que les états vertueux aujourd’hui le seront demain, et inversement. Enfin il existe un dernier rôle que l’on peut assigner à ce chiffre de réchauffement maximal : définir les niveaux de température auquel il est nécessaire de se préparer, et donc les mesures d’adaptation qu’il faut déjà commencer à mettre en œuvre. Ce sont beaucoup d’indications assez différentes que l’on voudrait trouver derrière un même chiffre.

A lire aussi sur Terraeco.net :
- 1,5°C : « Quelle est la fonction d’un chiffre intenable ? »

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Hervé Le Treut est climatologue et directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace. Participe aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

9 commentaires
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RÉPONSES DE LA RÉDACTION
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  • oh là là...
    Désolé mais vous accusez les auteurs des 9200 publications qui ont servi au GIEC ; ça en fait des tricheurs et des menteurs.
    On nage en pleine théorie du complot.
    Je passe mon chemin.

    11.12 à 19h07 - Répondre - Alerter
  • Il y a 2 catégories de scientifiques : ceux qui, malgré l’affichage de leurs "bonnes intentions", se doivent de rester "vendables" aux + offrants...et ceux, beaucoup + rares, qui se démènent à la tâche, mettent les mains à la pâte et se débrouillent souvent sans subvention, car leurs solutions dérangent ! Sont parfois déjà content(e)s de ne pas être + menacés que l’étouffement médiatique de leurs trouvailles !
    Savez-vous qu’il y a de réels génies chez les zadistes, en sachant que la 1ère ZAD est celle de la Liberté ?
    Le système D, diplôme chic et pas cher, mais hors de portée des habitudes bourgeoisement matérialistes de la plupart !
    Et c’est pour cette raison que moi (pourtant au rsa) et d’autres, nanti(e)s ou pas, oeuvront ensemble pour 1 Tribunal International de Justice pour la Terre. Et notre texte comprend des articles qui empêchent toutes possibilités de spéculations. Sachez que le terme même d’économie a été perverti, et nous devons remettre les points sur les "i" autrement qu’en traînant les pattes par ces corrompu(e)s over payé(e)s d’1 mode de pensées et d’actes suicidaires, car écocidaires !

    11.12 à 11h14 - Répondre - Alerter
  • Franchement, quel scientifique sérieux peut-il accorder la moindre crédibilité à l’affirmation qu’on peut ajuster la température mondiale, à 0,5° près alors que la mesure est très loin d’être fiable, claire, établie de façon formelle et incontestable, et dont aucune estimation d’incertitude n’est donnée !
    Et cela en jouant sur quelques % de CO2 dont la réelle importance dans le réchauffement n’est pas démontrée.

    11.12 à 10h08 - Répondre - Alerter
    • Bonjour
      Décidément encore ces vieux arguments "j’ai déjà du mal à mesurer quelque chose à 0,5° près alors comment peut-on prétendre mesurer quelque chose à 1/10° près"
      Et bien c’est faux.
      Une mesure à 0,5° près n’empêche pas de mesurer la réalité à 0,1°
      Si on ne sait pas comment faire et bien il faut retourner à la fac.
      Un tas de gens (dont Allègre par exemple) ont basé un argumentaire là dessus ; notre monde moderne devrait en avoir honte.

      11.12 à 11h12 - Répondre - Alerter
      • Bonjour.
        Je n’ai vraiment pas l’impression que vous maitrisez le problème !

        Il y a deux choses différentes dans mon intervention, d’abord la mesure, avec une certaine précision, ensuite la possibilité d’agir sur la température avec cette même précision, ce qui est totalement différent. Comment peut-on croire un seul instant qu’on soit capable d’ajuster la température de la planète avec une précision de 0,5 degrés ? Avec quel mécanisme ? les quelques % de C02 ? C’est ridicule.

        Mais revenons à la mesure.
        L’instrument principal très utilisé est celui-ci :
        http://meteophil.free.fr/releves/th...

        Incertitude de mesure : plus ou moins 0,1 °
        Donc quand on lit 20 °, on est en fait dans une fourchette 18,9 - 20,1.
        Si le lendemain on lit 20,5°, on est en fait dans une fourchette 20,4 - 20,6.
        Donc entre les deux mesures, on relève 0,5 degrés en plus, mais cela peut-être 0,3° ou 0,7°.
        D’autant plus que la plus petite graduation est de ... 0,5° !!! Or en métrologie on dit que l’incertitude de lecture à ajouter à l’incertitude de mesure est égale à la graduation la plus petite.
        Déjà à ce niveau de base il est impossible de déclarer avec certitude que la différence de température est bien de 0,5°.

        Mais les erreurs de lecture peuvent atteindre 5° (voir le lien cité). J’ai utilisé ce thermomètre, et je peux assurer qu’effectivement ses très petites graduations peuvent facilement conduire à des erreurs importantes de lecture. En fonction de l’éclairage, il faut souvent s’y prendre à plusieurs reprises pour être certain de la lecture.
        Ce qui statistiquement augmente d’autant plus l’incertitude de mesure.

        De plus, ce thermomètre est dehors. Dans des conditions strictes d’installation. Qu’est-ce qui prouve que ces conditions sont à chaque fois correctes, que le lieu d’installation n’a pas bougé, que l’environnement n’a pas changé (arbres, maisons, routes …) rendant ainsi aléatoire toute comparaison.

        Qu’est-ce qui prouve que ce thermomètre est installé dans un endroit représentatif ? et c’est quoi un endroit représentatif ?

        Et quand la température est-elle relevée ? quel intervalle de temps ? toujours le même ? le jour ? la nuit ? par beau temps, par mauvais temps ? Quelle température est-elle prise en compte ? une moyenne ? comment est-elle calculée ?

        De plus, il n’y a pas un thermomètre qui mesure la température du globe. Il y en a des millions.
        Connait-on tous les emplacements ? toutes les conditions de relève ? Sont-ils également répartis ? Sont-ils correctement entretenus ?

        Et cette température finale dite de la planète, elle est calculée comment ? une moyenne ? sans correction ? On n’en sait rien, ceux qui donnent le chiffre final ne disent pas comment il est calculé, ne donnent aucune incertitude.

        Dans ces conditions, afficher une différence de 0,5° est totalement irréel, absurde. Quant à jouer sur cette différence, c’est encore plus utopique.

        11.12 à 13h40 - Répondre - Alerter
        • Bonjour et merci de vos commentaires. Ca éclaire le malaise :
          En un mot, vous confondez température et énergie.
          Oui c’est difficile de régler la température d’un petit verre d’eau au °C près mais c’est très facile de régler celle d’une baignoire de 200L ; parce que l’énergie pour passer d’un °C à l’autre est considérable (>800 000joules) donc maîtrisable.
          Je dirais même plus : vous pouvez définir la température de votre eau de bain avec une très grande précision en jouant sur l’énergie apportée, même si vous n’aurez jamais le thermomètre pour la mesurer avec cette précision.
          On se place dans un cas d’école hein : on connaît les pertes etc...
          C’est pareil pour la planète... on connaît bien les pertes, on connaît le chauffage... la masse est énorme et il en faut de l’énergie pour réchauffer tout ça de quelques dixièmes.
          Alors oui, des commentaires étonnés sur la précision des thermomètres en rapport avec la précision du réchauffement... ça on en a plein. J’ai même entendu ça chez Allègre alors on ne s’étonne plus de rien. La seule chose que ça montre, c’est l’état de délabrement de la science en France.

          11.12 à 15h46 - Répondre - Alerter
          • Ben non, justement on ne connaît pas bien du tout le bilan énergétique de la terre !
            On trouve quantité de schémas avec des flèches, des flux dans tous les sens, mais rien de certain, très approximatif, même le fameux effet de serre n’est pas du tout compris dans sa totalité, de même que la contribution réelle du CO2 à cet effet de serre, donc au bilan énergétique. Tout cela est très contesté.
            Et c’est avec cela qu’on pense déterminer des écarts de températures de 0,5°en ajustant le CO2 ? ce n’est pas plus crédible, sans doute moins d’ailleurs que la mesure de ces températures.
            Quant à la baignoire, je ne crois pas un seul instant au réglage de sa température par une mesure de l’énergie envoyée. Il faudrait d’abord connaître l’énergie initiale (donc la température), le volume exact, et ensuite mesurer (comment ?) les pertes, par conduction, convection et évaporation pour réaliser une régulation en énergie, ce qui est très loin d’être gagné ! Il est bien plus facile de réguler directement en température, évidemment en contrôlant l’énergie, mais il s’agit bien de mesures de températures.

            11.12 à 17h29 - Répondre - Alerter
            • Oups, on en est donc là.
              Désolé mais on connaît bien, même très bien les bilans énergétiques terrestres. On en déduit des modèles et ces modèles sont mis à l’épreuve des archives climatiques, des carottages et j’en passe. J’ai toujours vu que ces modèles suivent remarquablement bien ces archives preuve de la maîtrise de ces phénomènes physiques dans leurs principaux "moteurs" (dont l’un d’entre eux est l’effet de serre).
              Vous me direz que c’est pas vrai pour ici et là et encore là et ailleurs aussi... remettons les pendules à l’heure : quelle cause doivent servir nos modèles ? n’oublions pas Matisse : la précision n’est pas la vérité.
              Quant à ma baignoire j’ai souligné que c’était un cas d’école. J’oserai dire que la terre est plus simple ; à la rigueur on a un peu de mal avec le transfert thermique dans les différentes couches de l’océan (j’ai bossé là dessus longtemps ;-) ).
              A propos, inutile de connaître la température initiale quand ce qui compte c’est la différence de température en plus ou en moins : celle là c’est l’énergie du chauffage qui nous la donne.
              Bon pour le prochain ping pong j’entends déjà : "ces mesures qui valident ces modèles sont imprécises parce qu’on sait pas bien les mesurer..." N’ayant pas confiance dans nos techniques, J’espère que vous roulez en brouette.

              11.12 à 18h18 - Répondre - Alerter
              • Ben non, on ne connaît pas vraiment les bilans énergétiques terrestres. Désolé.
                Quant aux modèles qui en découlent, justement les faits prouvent qu’ils sont faux. Les évolutions prévues divergent largement des évolutions relevées depuis plus de 10 ans maintenant.
                On voit bien qu’ils ont été construits pour reproduire un bout de courbe du passé récent, en "oubliant" les importantes variations qui ne collent pas avec la théorie du réchauffement obligatoirement dû à l’activité humaine, et en ajoutant une croissance importante issue de l’imagination de leurs créateurs.
                La superposition des courbes de variation des températures avec celles de l’activité solaire est bien plus crédible !

                11.12 à 18h43 - Répondre - Alerter
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