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"la France veut faire financer l’exploitation durable des forêts"

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"la France veut faire financer l'exploitation durable des forêts"
 
La France accueille à Paris une quarantaine de ministres de l'Environnement des principaux bassins forestiers mondiaux et des pays donateurs. Alain Karsenty, économiste au Cirad et membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, décrypte les enjeux de cette conférence internationale.
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Terra eco : que faut-il attendre de cette réunion ?

Alain Karsenty : "Concrètement pas grand-chose car c’est une initiative bilatérale de la France et de la Norvège qui se déroule en marge du processus de négociations. Le dossier REDD [1], était tout près d’un accord plus élaboré, mais n’a fait l’objet que d’une déclaration de principe à Copenhague. L’idée est de maintenir une dynamique et de structurer une discussion qui est au point mort dans le cadre des Nations Unies. Il y a des débats extrêmement compliqués et sujets à controverse, qui seront peut-être évoqués, mais pour l’instant, le pragmatisme est de commencer avec les 3,5 milliards de dollars de fonds publics promis à Copenhague. Le but de la conférence est d’obtenir un peu plus, même si je ne vois pas comment l’aide publique serait capable de sortir de nouveaux moyens avec la crise financière. "

Quel est l’intérêt dans ce cas ?

"Il y a quand même un peu d’argent sur la table et je pense que le débat portera sur la gouvernance de ces fonds, la corruption, le détournement, les effets sur les populations. Par exemple est-ce qu’on fait confiance aux États en leur donnant directement ? C’est ce que fait la Norvège avec le Brésil mais il a une crédibilité bien plus grande que la République Démocratique du Congo... On aura peut-être aussi des précisions sur la proportion d’argent frais dans ce montant. Par exemple la France a annoncé 375 millions de dollars, mais on sait qu’il n’y aura qu’une trentaine de millions nouveaux, et encore cela comprend des dons en nature comme des images satellite SPOT. Pour la Norvège, qui a promis 1 milliard de dollars, je ne sais pas si c’est véritablement additionnel par rapport à ce qui a déjà été annoncé pour le Brésil (1 milliard de dollars d’ici 2015 dans le fonds Amazonien) et la Guyana (250 millions d’ici 2013)."

La France peut-elle jouer un rôle particulier dans ce dossier ?

"Pas forcément et d’après les échos que j’ai eu certains pays sont surpris. Pour la Norvège on comprend, car ce sont eux qui payent [2]. Le communiqué du ministère indique que la France a une expertise scientifique et technique. C’est vrai mais on n’est pas les seuls. La France n’a pas de statut particulier, mis à part ses relations avec des pays africains, et le fait que des conseillers français jouent un rôle assez actif auprès des pays d’Afrique centrale pour qu’il définissent leur position. Elle a aussi été volontariste avec des propositions comme celle d’une taxe sur les transactions financières pour financer des biens publics mondiaux, dont la lutte contre la déforestation. Cela fait qu’elle a une assez bonne image sur le dossier forêts."

Faut-il y voir un intérêt plus ou moins caché ? Car Greenpeace qualifiait récemment Nicolas Sarkozy de VRP de l’industrie du bois...

"C’est peut-être l’un des enjeux : la France souhaite qu’il y ait la possibilité de financer des plans d’aménagements durable, sur lesquels l’Agence française de développement a mis dans le passé beaucoup de moyens dans des grandes concessions forestières au Cameroun, au Gabon, au Congo. A la conférence de Bali, il y a eu une pression assez forte des pays africains avec le soutien de la France pour ajouter au "D" de la déforestation celui de la dégradation évitée. Le pari est de considérer qu’une forêt avec un plan d’aménagement durable, éventuellement certifiée, n’est pas dégradée et qu’on peut rémunérer les entreprises ou les États pour cela. C’est une position insoutenable sur un plan intellectuel car toute exploitation entraîne forcément des émissions de CO2 et potentiellement des problèmes pour la biodiversité. Même si je pense personnellement que ce n’est pas le moteur de la déforestation, que l’on peut exploiter sans détruire. Et que si on veut arrêter ces activités il faudra également payer les pays."

Les forêts ne sont pas non plus qu’un stock de carbone mais aussi un territoire où vivent de nombreuses populations…

"C’est l’un des risques avec REDD : la mise sous cloche de certaines forêts. Les ONG sont très divisées car certaines sont extrêmement conservationnistes et d’autres sont beaucoup plus sensibles aux moyens d’existence des populations. Si par exemple en Afrique ou en Indonésie une bonne partie des déboisements vient de l’exploitation traditionnelle, de l’agriculture sur brulis, l’un des moyens de les réduire serait d’expulser ou de marginaliser ces populations. Comme la réunion est ministérielle il n’y aura pas de représentants des peuples Pygmées ou Amérindiens. Mais les ONG, qui ont été invitées à la dernière minute, porteront certainement cette préoccupation."

A lire aussi dans Terra eco :
- Pour les ONG, forêt et marché carbone ne font pas bon ménage
- Les 5 forêts sur lesquelles il faut miser
- France : Coup de stress sur la forêt

[1] Réduction d’émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts

[2] Le pays était à l’origine le seul contributeur du fonds UN-REDD, géré depuis 2008 par trois organismes des Nations Unies. Le Danemark et l’Espagne ont depuis rejoint les donateurs.

Sources de cet article

- la position d’Alain Karsenty sur un autre enjeu pour les forêts : le marché du carbone

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  • Tous les prédateurs de subventions sont tapis dans l’ombre des débats du REDD. États, ONG environnementales, entreprises du bois. Les lobbying vont bon train pour tenter de récupérer ces fonds financiers énormes qui déstabilisent les sociétés un peu partout dans le monde. Je vous invite à lire l’excellent ouvrage de Dambisa Moyo (elle a travaillé pour la Banq Mondiale) "L’aide fatale". Et vous comprendrez que ces mesures n’aides ni les populations autochtones, ni les forêts dont les destructions majeures sont à chercher du côté des entreprises forestière ou de la corruption ou des 2. Dire qu’en Indonésie le déboisement vient de l’agriculture sur brûlis alors que le géant du papier April (vendu par Carrefour Indonésie) a abattu 220 000 hect à Sumatra me fait sourire. Monsieur Karsenty ferait bien de voyager pour découvrir la réalité des pays forestiers. Est-ce que les technocrates des ces pièces montées financières ont su résoudre les catastrophes écologiques qui depuis plus de 20 ans ravagent la planète ? Tous programmes financés par la communauté internationale sont donc inefficaces. Il faut des actions au niveau local et boycotter le bois tropical comme le thon rouge. Cela ne coûte rien et est terriblement efficace.

    12.03 à 09h58 - Répondre - Alerter
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