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25-08-2015
Mots clés
Environnement
Santé
France
Décryptage

Eoliennes, la turbine à fantasmes (Episode 2) : les oiseaux et l’immobilier

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Eoliennes, la turbine à fantasmes (Episode 2) : les oiseaux et l'immobilier
(Crédit photo : Gordon Welters / Laif-Réa)
 
Trop bruyants, mauvais pour notre santé, ces engins seraient aussi des tueurs d’oiseaux et des catastrophes pour la valeur des biens immobiliers. Décryptage.
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N° 70 - septembre 2015

Avec les derniers aventuriers

Ils s’appellent « Vent de colère », « Vent debout » ou « Stop éole » et pourraient faire tourner au vinaigre la recette d’une électricité française 100% renouvelable concoctée par l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) pour 2050 (1). Si son scénario devenait réalité, l’éolien entrerait à 63% dans la composition d’une électricité décarbonée. La capacité installée serait alors multipliée par douze. Rien n’est gagné, les projections étant conditionnées par « l’acceptabilité sociale » de ces géants d’acier. La Fédération environnement durable (FED), qui regroupe plus d’un millier de collectifs hostiles aux turbines, se montre redoutable sur le terrain juridique. « On fait tomber près d’un projet sur deux », se félicite Jean-Louis Butré, son président. Aux yeux de ses opposants, l’éolienne est bruyante, dangereuse pour la santé, néfaste pour l’immobilier, destructrice de biodiversité… « On attaque sur tous les plans », reconnaît Jean-Louis Butré. Ces critiques sont-elles fondées ? Terra eco démêle fantasmes et nuisances avérées.

Des hachoirs à oiseaux ?

Entre 6 et 18 millions de volatiles tombés aux pieds des éoliennes en Espagne. 500—000 millions d’oiseaux tués par collision ou victimes de la destruction de leur habitat aux Etats-Unis. Et autant, sinon plus, de chauves-souris. Les bilans macabres des sociétés d’ornithologie sont relayés avec beaucoup de zèle par les antiéoliens. A contre-courant, une étude britannique publiée en 2012 dans le Journal of applied ecology constate que, une fois la machine installée, « il y a très peu d’éléments permettant de conclure à un déclin des populations » (2). En France, l’Ademe estime qu’une éolienne tue entre 0,2 et 1,4 oiseau par an. C’est 300 fois moins qu’en Espagne. Comment expliquer cet écart ? Le hic avec les éoliennes, c’est qu’on les installe de préférence dans les endroits venteux, les mêmes qu’affectionnent les migrateurs. Ainsi, « le pourtour méditerranéen est à la fois un point chaud de biodiversité (3) et une zone convoitée pour l’éolien », explique Yves Vérilhac, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui insiste : paradoxalement son association est « tout sauf antiéolien ». « Les deux sont compatibles à condition d’éviter les implantations en zones sensibles, type Natura 2000, et de prendre en compte dès le départ la biodiversité. »

Au sein du bureau d’études Biotope, c’est précisément la mission d’Arnaud Govaere. « On débute les inventaires un an en amont pour aider les maîtres d’ouvrage à réaliser le projet le moins impactant, explique-t-il. Que l’on installe des éoliennes au milieu de grandes cultures, pauvres en biodiversité, ou dans une zone humide, l’impact n’a rien à voir. » Quant aux chauves-souris, les mâts hauts doivent être privilégiés pour les protéger, « sinon les animaux tournent autour, sont aspirés par les pâles et risquent l’hémorragie ». Ces précautions respectées, les éoliennes tuent moins que les immeubles vitrés, la route ou même… les chats. « Certains parcs, en Espagne et aux Etats-Unis, étaient des erreurs », estime Arnaud Govaere. Pour limiter les dégâts a posteriori, des biologistes scrutent donc le ciel. La revue Nature raconte ainsi qu’à proximité de Gibraltar (enclave britannique dans le sud de l’Espagne) ils aident les oiseaux à traverser les champs d’éoliennes : à leur approche, ils appellent la tour de contrôle pour lui demander l’arrêt des pales. Un désastre immobilier ? Lorsqu’on est anti-éolien, on aime rappeler la décision de la Cour d’appel d’Angers. En 2010, les heureux acquéreurs d’une bergerie dans les coteaux du Layon (Maine-et-Loire) déchantent en apprenant l’arrivée d’une éolienne à moins d’un kilomètre. Les vendeurs, qui avaient jugé bon de taire cette installation, doivent verser 18 000 euros de dommages et intérêts soit 10% de la valeur du bien. Un pourcentage comparable aux 11% de décote observés au Royaume-Uni par une équipe de recherche de la London School of Economics. Mais lorsqu’on est proéolien, on réplique en citant la Cour d’appel de Nantes. En 2014, celle-ci a rejeté le recours contre l’installation d’éoliennes déposé par une habitante de Pontivy (Morbihan) au motif que l’immobilier perdrait 40%. A l’époque, contacté par Ouest France, le maire n’avait constaté aucun impact. Du Calvados à l’Eure-et-Loir, le son de cloche est le même dans les agences immobilières ayant réalisé des transactions à proximité de parcs. Parmi la dizaine contactée, aucune n’a constaté de baisse des prix. « Au contraire, jusqu’à présent les gens trouvent plutôt cela joli », confie une responsable d’agence. « On n’est pas du tout confronté à l’impact que peut avoir l’implantation d’une autoroute ou d’une ligne haute tension », renchérit un confrère. En 2009, dans le reportage de TF1 « Quand les éoliennes font chuter le prix de l’immobilier », l’assureur normand Bertrand Logéat vantait la pertinence d’une couverture proposée par MMA contre le risque de décote. Six ans plus tard, son discours est plus mesuré. « A l’échelle de mon portefeuille, nous n’avons jamais eu à utiliser la garantie éolienne. » Au niveau national, « peu de sinistres sont survenus », confirme la compagnie.

(1) A lire ici

(2) A lire ici

(3) Zone biogéographique, terrestre ou marine, possédant une grande richesse de biodiversité particulièrement menacée par l’activité humaine.

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  • Ajoutons à la destruction des animaux (dont la plupart sont des espèces protégées et/ou en danger comme le milan royal ou l’aigle de Bonelli), la destruction des paysages de jour comme de nuit.
    J’ai vécu 7 ans en campagne vosgienne avec une dizaine d’éoliennes à 3 km et j’ai dis adieu aux couchers de soleil (pile dans leur direction !), aux levers de lune et aux rêveries en scrutant les étoiles ; car 10 flashs (même lointains) répétés toutes les deux secondes tuent toute tranquillité d’esprit, tout apaisement, toute immersion sereine et vous mettent dans un état de nerfs total ! Bien sûr, ceux qui "vivent" la nature devant leur écran ne peuvent pas comprendre...
    Pour précision au sujet de la LPO, sachez que nombre de leurs cadres ont été embauchés par des promoteurs éoliens comme le révèle le canard enchaîné. Et si la direction de cette association milite pour les éoliennes, la base (dont je suis) est majoritairement contre...

    27.04 à 01h06 - Répondre - Alerter
  • Si l’on ne veut pas de nuisances liées à la production d’électricité, il faut commencer par en consommer le moins possible. Ensuite, il faut utiliser les moyens de production ayant le moins d’impact sur l’environnement et la santé. Certes, les éoliennes ne sont pas parfaites, mais que veulent les anti-éoliens ? du nucléaire, pardi, qui comme chacun sait, est bon pour la planète et pour notre santé, et qui nous permet de gaspiller l’énergie à fond.

    27.08 à 18h52 - Répondre - Alerter
  • Je suis sensible aux observations de la LPO qui préconise de prendre en compte la biodiversité, les parcours des oiseaux migrateurs, les chauve-souris, les zones sensibles... au moins 1 an avant tout projet d’implantation.

    Pourquoi ne pas se forcer au dialogue ? l’exemple de la tour de contrôle de Gibraltar qui stoppe les pâles à l’approche des oiseaux en est le témoin. Je suis sûre que techniquement on peut trouver des solutions ensembles si on n’est pas dans l’opposition à tout va.
    Je suis extrêmement sensible à la protection des animaux, à ne pas les blesser, ni les priver de leur mais quand je vois comment ils sont massacrés par les abattages d’arbres sous les lignes à haute tension, par le passage des trains, des autoroutes... par les installations industrielles en tout genre... Qui d’entre nous n’a pas heurté un oiseau, un petit animal, un insecte en roulant ?
    je me dis qu’il faut trouver des solutions parce que l’éolien est vraiment à mes yeux une source d’énergie locale possible qui permettrait d’éliminer nombre de concentrations énergétiques (pétrole, gaz, nucléaire...) toxiques et mortelles autant pour les animaux et la nature voire vis-à-vis de que pour nous humains.

    Quant aux nuisances autour de l’immobilier, j’avoue que je suis rassurée que les constats faits contre-balancent les critiques : moi qui habite en région parisienne près d’une gare de banlieue (trafic voyageurs, grande ligne, marchandises), devant le parking (diesel...) installé sous des lignes à haute-tension et entourée d’antennes relais... je trouve assez peu de gens pour se plaindre, se passer de portables, de wifi, choisir une voiture hybride, agir pour protéger l’habitat des hérissons, des abeilles... ! ! !

    Merci de ces éclaircissements : il faut qu’on arrive à se passer du nucléaire et du pétrole justement pour préserver la vie et ce qui reste de biodiversité.

    27.08 à 11h54 - Répondre - Alerter
  • « il y a très peu d’éléments permettant de conclure à un déclin des populations »
    C’est bien la le problème. Dès la mise en marche des machines les prédateurs apprennent très vite à venir quotidiennement se servir des petits cadavres tombés dans le périmètre. Il n’y a donc pas de traces. Mais ce n’est pas pour cela que le "crime" n’existe pas. Et dire que les éoliennes ne tuent pas plus que les immeubles ou les chats c’est quand même gonflé. Cela revient à dire dire : "Il y a déjà pire atteinte à l’environnement, pourquoi me gênerais-je à en rajouter ? " C’est un déni du cumul des impacts environnementaux. Comment pouvez-vous défendre cela ?.

    25.08 à 20h03 - Répondre - Alerter
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