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11-12-2015
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Climat
Monde

Au Bourget, on achève bien les négociateurs

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Au Bourget, on achève bien les négociateurs
(Crédit photo : Cécile Cazenave)
 
A la COP21, les positions se tendent et les pros de la discussion entament ce soir leur troisième nuit blanche. Y résisteront-ils ? Physiquement et mentalement.
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« Nous sommes presque au bout du chemin », lançait Laurent Fabius devant la presse, à la mi-journée de ce vendredi, au Bourget. Tout est dans le presque. Après une seconde nuit blanche qui s’est terminée à 6 heures du matin, le président de la COP21 avait les traits tirés et la mine un peu grise. Lui qui affiche depuis le début de la conférence une égalité de cravate, d’humeur et de teint, semblait, malgré l’optimisme affiché, accuser le coup d’une nuit houleuse. A ses côtés, Ban Ki-moon encourageait vivement tout le monde : présidence, ministres, négociateurs et staff. « J’exhorte les négociateurs à prendre leur décision sur la base du futur global, ce n’est pas le moment de parler de perspectives nationales », suppliait presque le secrétaire général des Nations unies. Alors que les positions des différentes parties se sont considérablement raidies la nuit dernière, la fatigue gagne et le temps presse. Une troisième nuit sans sommeil est annoncée pour pouvoir aboutir à un accord ce samedi matin. Si les négociateurs tiennent encore debout.

« Il ne faut pas s’alarmer, on n’allait pas faire une COP sans ce genre de difficultés », commentait ce matin Mathieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot à propos de la difficile nuit qu’il a suivie, à distance, en tant qu’observateur. Le tempo d’horloge suisse de la première semaine et le calme relativement plat des premiers jours de la seconde auraient pu faire croire que les délégations n’étaient que des animaux à sang froid et que tout baignait dans l’huile. Mais, depuis deux nuits, chacun défend de nouveau âprement son bifteck. Résultat, les négociations se crispent, la cocotte-minute chauffe et l’issue de la conférence recule. Au lieu de vendredi 18 heures, Laurent Fabius annonce un texte pour samedi matin 9 heures, « horaire à confirmer » d’après le message rituel du secrétariat de la La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. « Les négociateurs sont un peu sur les nerfs, ça ne m’inquiète pas, ça paraît normal. Si c’était facile, on ne serait pas là », soulignait ce matin le climatologue Jean Jouzel, quinze COP à son actif, qui, prudemment, ne pariait pas sur le timing de fin.

« Plus ils sont fatigués, plus ils sont humains »

Le député écologiste Yannick Jadot, membre de la délégation européenne, fichait lui son billet qu’on en prenait encore pour au moins trente-six heures, le conflit et l’exténuation relevant des ingrédients indispensables à la recette d’une négociation onusienne. « Si les négociateurs ne sont pas épuisés à la fin, ils ne sont pas dans les bonnes dispositions pour faire des compromis. Jouer sur leur état physique fait partie de la négociation. Plus ils sont fatigués, plus ils sont humains, plus les relations entre eux sont importantes et moins les positions nationales, établies par les administrations des semaines avant, comptent », expliquait-il à l’entrée du media center.

Un point de vue partagé, en partie seulement, par Stéphanie Demoulin, professeure à la faculté de psychologie de l’université catholique de Louvain, en Belgique. Pour cette spécialiste de la négociation interpersonnelle, la question de l’échéance empêche notamment « le processus créatif ». En d’autres termes, les négociateurs sous pression ont moins de chances de trouver des solutions nouvelles. Mais les enfermer tous ensemble dans le bocal du Bourget, aussi confortable soit-il, plusieurs jours de suite, a d’autres avantages. « Ce qui est vrai, c’est qu’en mettant tous ces gens dans une situation similaire, cela crée une forme de destin commun, explique-t-elle. Ce sentiment d’identification est favorable au déploiement de stratégies de coopération : au départ, les négociateurs essayent d’être loyaux à leurs nations, mais ensuite, cette relation se distend et ils se rapprochent les uns des autres. »

Quel type d’être humain peut résister avec lucidité à une troisième nuit blanche ?

Verra-t-on les Kiribati fraterniser avec les Chinois, les Brésiliens enlacer les Américains et la Bolivie taper dans le dos de l’Afrique du Sud ? Il semble que la nuit dernière, les négociateurs des 195 pays de la COP21 n’étaient pas encore tout à faire mûrs pour les grandes effusions. « Là, c’est le moment des égoïsmes nationaux, où tout le monde se remet dans un jeu de posture, où tout le monde exprime son mandat initial. Il va falloir justement que tout ça travaille, que tout ça se fatigue, que l’intérêt général de l’humanité prime à la fin », insistait malgré tout Yannick Jadot.

Reste tout de même une question : quel type d’être humain peut résister avec lucidité à une troisième nuit blanche passée à parlementer dans une langue qui n’est pas la sienne ? Pour l’ancien négociateur du RAID Christophe Caupenne, aujourd’hui consultant, une ultime nuit sans sommeil comporte des risques, et pas des moindres. Trois types d’effets sont à redouter de l’épuisement extrême. L’effet « tunnel » se caractérise une focalisation sur certaines options. « Le sujet qui négocie ne peut plus cognitivement trouver la force d’aller chercher autre chose que ce qu’il avait déjà arrêté », explique l’expert. Embêtant quand il s’agit justement de faire des compromis. L’effet de « déni » n’arrange pas mieux les affaires du climat, puisqu’il constitue une sorte d’impossibilité de revenir sur ses pas : « Une option a été écartée, le sujet ne peut plus du tout l’appréhender intellectuellement. » Enfin, le « piège des bonnes relations » semble le pire de tous, en particulier pour les pays les plus vulnérables : « Comme on en a bavé tous ensemble et qu’on pourrait tout perdre à ce stade, on risque de céder trop », décrypte Christophe Caupenne. Entre marchandage et sport de combat, la diplomatie onusienne viendra-t-elle à bout des délégués ? Sans doute pas avant qu’ils aient signé. Reste à savoir exactement quoi.

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