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16-12-2014
Mots clés
Climat
Monde

COP de Lima : « Entre le diagnostic scientifique et le chemin à emprunter, il y une zone où le débat ne se fait pas bien »

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COP de Lima : « Entre le diagnostic scientifique et le chemin à emprunter, il y une zone où le débat ne se fait pas bien »
(Crédit photo (Une) : World Resources Institute - Crédit (portrait) : MEDEF)
 
De retour de Lima, le climatologue Hervé Le Treut raconte la COP telle qu'il l'a vécue. Et souligne la difficulté, pour les Etats, à tracer le chemin des solutions pour tenir les objectifs nécessaires à la lutte contre le changement climatique.
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Hervé Le Treut, climatologue, a fait partie de la délégation française à Lima en tant qu’expert membre du comité de pilotage de « Paris Climat 2015 ».

Terra eco : Quelle est votre impression au retour de Lima ?

Hervé Le Treut : Une impression un peu particulière, le sentiment d’avoir assisté à une COP en attente d’une autre. A Lima, on a beaucoup parlé de ce qui allait se passer à Paris. Il y avait aussi chez certains un sentiment d’optimisme lié au contexte, celui d’une déclaration commune entre la Chine et les Etats-Unis, d’une Europe parvenue à poser quelque chose d’ambitieux sur la table. Mais les choses sont devenues difficiles à la fin, au moment de la conclusion d’un accord qui ne relevait d’ailleurs pas seulement du problème climatique stricto sensu mais qui allait bien au-delà.

C’est-à-dire ?

Dans l’accord, on parle d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, d’adaptation, de financement de l’adaptation, de partage d’expertise. C’est très vaste. La COP elle-même est un forum dans lequel des pays aux situations très différentes traitent de la géopolitique du monde, du développement. Même au cœur des pays industrialisés, il y a des divergences : entre les différents pays européens, entre les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi entre l’Europe et les pays émergents. La diversité d’approche est considérable. Et le débat est toujours tendu dans les derniers moments. C’est la dramaturgie propre à ces réunions : malgré toute la préparation en amont, l’arrivée tardive des gouvernements laisse peu de temps à la conclusion d’un accord. A la fin, on se retrouve dans une situation qui dépasse très largement le seul enjeu du climat. C’est ce qui rend la discussion riche mais difficile. Il y a peu d’endroits, à mon sens, où se tient une discussion aussi large et ouverte sur les problèmes de la planète.

Certains éléments manquent-ils néanmoins à la discussion pour assurer la réussite de ces sommets ?

Les objectifs scientifiques sont finalement très faciles à énoncer mais ils soulèvent des problèmes énormes. Dire qu’il faut essayer de limiter les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici le milieu du siècle pour ne pas dépasser les 2°C de réchauffement – ce qui est la traduction stricte de ce que dit le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr) – revient à fixer une tâche considérable. Puisque plus de 80 % de l’énergie utilisée dans le monde est tirée du charbon, du gaz naturel ou du pétrole, il faut une mutation complète des systèmes de tous les pays en 30 ou 40 ans : de transports, de production industrielle, d’habitat. Or, si l’énoncé scientifique met en jeu des transformations économiques et sociales très fortes, elles sont assez peu débattues. Les différents acteurs de la conférence ont beaucoup parlé de réduction d’énergie et cela fait consensus. Mais les différents rapports du Giec montrent qu’on n’arrivera pas aux objectifs attendus simplement avec des économies d’énergie. Or on parle plus difficilement de transformations du mix énergétique, d’énergies nouvelles, d’ingénieries nouvelles, car le consensus est bien moins large sur ces aspects, alors que ces technologies sont pourtant nécessaires aux scénarios du Giec. Entre le diagnostic scientifique tout nu et le chemin à emprunter, il y une zone où le débat ne se fait pas bien.

C’est ainsi que se transmet l’idée d’un échec. On mesure les résultats de ces sommets en terme d’engagements par rapport à la cible climatique mais ces engagements sous-entendent un ensemble d’évolutions qu’on débat beaucoup moins. En ce sens, les discussions auxquelles j’ai assisté à la COP de Lima m’ont paru un peu désincarnées.

Pensez-vous que la prise de conscience de l’urgence climatique était plus grande à Lima qu’à Copenhague, il y a cinq ans ?

Le sentiment d’urgence est plus présent qu’avant. On le voit à travers l’importance accordée aux politiques d’adaptation. Ça reflète la crainte des parties qui observent une dynamique déjà en marche. Il y a aussi maintenant une réflexion qui me paraît plus approfondie au niveau des entreprises, des régions… ce qui est essentiel. Il n’existe nulle part de gros bouton du CO2 sur lequel un chef d’Etat pourrait appuyer pour réduire les émissions. Celui-là peut prendre des mesures incitatives pour faire évoluer les choses mais il ne maîtrise pas complètement les résultats. Le rôle des autres acteurs reste donc très important. Or, leur réflexion avance, même si cette réflexion n’est pas entièrement portée collectivement.

Le fossé entre les objectifs nus portés par le constat scientifique et les conclusions – peu ambitieuses – des accords comme celui signé à Lima vous fait-il peur ?

Ce qui me fait peur c’est que ce soit mal interprété. Il y a une mise en cause de l’action politique en général, de ses limites, qui est parfois une mise en cause de la démocratie elle-même - démocratie que l’on accuse de ne rien savoir décider sur le long terme, en disant que les élus ne cherchent à satisfaire que les gens qui les ont portés au pouvoir. Ma conviction de citoyen est bien sûr contraire : les solutions doivent se rechercher via la démocratie, via l’action politique et les experts ne sont là que pour éclairer ces débats.

Du coup l’enjeu majeur est probablement celui de l’éducation, pour dépasser la réduction de ces problèmes à des slogans et à des images trop simples. Même si le mécanisme de l’effet de serre et de ce que ce qu’il implique continue d’être perçu de manière confuse chez les gens, le message d’alerte, l’idée que le problème est sérieux, qu’il faut s’en occuper, est passé. Désormais l’heure est aux choix de solutions, en respectant d’autres contraintes environnementales, sociales, géopolitiques. Et là, il y a encore du chemin à faire dans les esprits et dans le débat.

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