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12-11-2014
Mots clés
Climat
Monde

Accord sino-américain sur le climat : irréaliste ou pas ?

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Accord sino-américain sur le climat : irréaliste ou pas ?
(Domaine public)
 
Ils se sont tendu la main, ont échangé un sourire. Ce mercredi, lors d'une rencontre à Pékin, les leaders américain et chinois se sont entendus sur un dossier inédit : la baisse de leurs émissions de gaz à effet de serre. Décryptage.
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A quoi les pays se sont-ils engagés ?

Pour la Chine, l’objectif est double. En premier lieu, Pékin dit avoir « l’intention » d’atteindre son pic d’émission en 2030 avant d’entamer la descente. Et promet de faire « tous les efforts possibles » pour atteindre encore plus tôt le sommet de la montagne. La Chine s’engage aussi à faire passer à 20% l’utilisation des énergies non fossiles (nucléaire, éolien, solaire…) dans sa production énergétique. Les Etats-Unis de leur côté promettent de réduire leurs émissions de 26% à 28% par rapport à 2005 et ce, à l’horizon 2025.

Voilà ce que pourraient donner les émissions de la Chine et des Etats-Unis dans les quinze prochaines années :

Pourquoi c’est une bonne nouvelle :

Parce que les Etats-Unis et la Chine sont les plus gros pollueurs au monde. A eux deux, ils sont responsables de 42% des émissions de la planète [Voir le rapport du Global Carbon project, (GCP), un consortium d’organismes de recherches internationaux de référence] à hauteur de 14% pour les Etats-Unis et de 28% pour la Chine. Or, leurs ambitions, au cœur des négociations internationales sur le climat, étaient, pour le moment, bien modérées. A la veille du sommet manqué de Copenhague, Barack Obama avait bien fixé un objectif de 17% d’émissions en moins à l’horizon 2020 (par rapport à 2005). Mais le chiffre n’avait, depuis, jamais été revu. De leur côté, les Chinois s’étaient contentés de s’engager à réduire leur intensité carbone (émissions par point de PIB) – ce qu’ils ont d’ailleurs commencé à faire – de 40% à 45% d’ici à 2020 par rapport à la même année 2005 mais n’avaient jamais évoqué une réduction sèche des émissions. C’est désormais le cas.

Surtout, cet accord a ceci d’important qu’il débloque une situation qu’on croyait inextricable. Depuis quelques années en effet, les deux pays campaient sur des positions aussi fermes qu’opposées : si les Chinois affirmaient ne pas vouloir payer pour les dégâts causés par les pays industrialisés dans le passé (1), les Etats-Unis jugeaient qu’il ne servait à rien de faire des efforts si les pays émergents ne suivaient pas. A la fin du mois de septembre, lors du sommet sur le climat à New York, Barack Obama affirmait une nouvelle fois : « Nous allons faire notre part (…) mais nous ne parviendrons à combattre le réchauffement climatique que si nous sommes rejoints dans cet effort par chaque nation, développée ou non développée. Personne n’est dispensé. »

Or, cette nouvelle entente sino-américaine pourrait encourager d’autres pays à faire à leur tour des concessions. La Chine pourrait ainsi entraîner dans son sillage l’Inde ou le Brésil qui combattent eux aussi pour la reconnaissance de la responsabilité occidentale dans les émissions passées. Les Etats-Unis pourraient envoyer un signe positif aux Australiens et aux Canadiens, préoccupés par l’avenir de leurs ressources en charbon et en sable bitumineux et peu actifs dans la lutte contre le changement climatique. « Des accords comme celui-ci sont plus importants qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Parce que dans ces deux pays, il y a des factions politiques qui justifient leur inactivité en pointant du doigt les échecs de l’autre », a déclaré Philip Sharp, président de l’ONG Resources for the Future, au Washington Post.

Plus que la (faible) ambition de l’accord même, c’est donc le signal lancé qui est important : « En diplomatie du climat, comme dans la vie, il faut commencer au début. Et cette percée marque un nouveau départ », a précisé, optimiste, le secrétaire d’Etat John Kerry, dans un texte publié sur le site du New York Times.


Pourquoi les deux pays sont déjà bien engagés :

- La Chine :

Confrontée à de graves problèmes de pollution de l’air, la Chine n’a pas attendu les accords multilatéraux pour freiner l’envolée de ses émissions. En juin 2013, le pays a adopté un plan national de lutte contre la pollution qui prévoit notamment de réduire les émissions industrielles de 30% par point de PIB à l’horizon 2017, de renforcer les pénalités imposées aux entreprises polluantes ou encore de ne plus accorder de financements publics aux projets industriels qui ne respecteraient pas les normes fixées. « La pollution de l’air à l’intérieur du pays est en train de forcer la Chine à s’écarter du charbon, l’année 2014 a connu la plus faible croissance de consommation de charbon depuis une décennie », a confié Li Shuo, responsable de la campagne climat de Greenpeace, au Guardian. En effet, au cours de ces deux ou trois dernières années, la part du charbon dans le mix énergétique chinois est passée de 69% à 66%, souligne Le Monde. Et ce n’est pas tout : le pays s’est aussi déjà fixé des objectifs audacieux en matière de développement des énergies non carbonées. Avant même l’accord avec les Etats-Unis, il s’était engagé à porter la part de ces énergies à 15% de son mix énergétique d’ici à 2015. Un objectif revu désormais à 20%. Pour l’atteindre, la Chine mise sur le développement massif de l’énergie solaire, déjà bien engagé : en 2013, elle a construit plus d’installations solaires qu’aucun pays dans le monde ne l’avait fait jusqu’alors. Mais la réduction des émissions passera aussi par le développement du nucléaire : selon l’Ambassade française à Pékin, 28 réacteurs sont en cours de construction dans le pays.

- Les Etats-Unis :

Après l’annonce de l’accord, John Kerry, secrétaire d’Etat des Etats-Unis l’a assuré dans les colonnes du New York Times : « Nous sommes bien engagés pour atteindre cet objectif (l’objectif initial de -17% en 2020, ndlr), tout en créant des emplois et en faisant fructifier l’économie, avec l’aide du secteur de l’énergie propre en plein essor. Depuis que le président est arrivé au pouvoir, la production éolienne a triplé et l’énergie solaire a été multiplié par 10. Cet été, l’Agence de protection de l’environnement a établi pour la première fois des normes d’émissions pour les centrales électriques existantes, qui comptent pour un tiers de la pollution carbone américaine. » Mais pour beaucoup d’observateurs, les émissions ne baissent pas assez vite. En 2012, elles étaient de 10% inférieures à leur niveau de 2005, selon l’Agence américaine de la protection de l’environnement.


Pourquoi ça risque d’être difficile :

Pour la Chine :

Car les efforts à fournir sont énormes. Pour réduire ses émissions de CO2 à partir de 2030, « la Chine va devoir augmenter sa puissance installée nucléaire, éolienne, solaire ou de toute autre énergie zéro-émission de 800 à 1000 gigawatts supplémentaires », a précisé la Maison Blanche dans un communiqué. Soit « plus que la puissance installée de l’ensemble des centrales à charbon en fonctionnement aujourd’hui en Chine ou l’équivalent de quasiment toute la puissance de production électrique des Etats-Unis ».

Car pour le moment, on est loin du compte. En Chine, le niveau d’émissions liées aux combustions fossiles et à la production de ciment croît chaque année de 2,5%. Depuis 1990, elles ont d’ailleurs progressé de 65%.

Pour les Etats-Unis :

A priori, l’objectif que se fixent les Etats-Unis n’est pas bien ambitieux, notamment parce qu’ils prennent pour étalon 2005, date à laquelle ses émissions étaient déjà très élevées. Après tout, l’Europe, par comparaison, s’est engagée dans un premier temps à réduire de 20% ses émissions de 1990 d’ici à 2020 avant de viser récemment les -40% d’ici à 2030). Il n’empêche. Pour parvenir à cet objectif, la nation américaine doit doubler le rythme de sa réduction d’émissions, par rapport à ses engagements précédents, souligne encore La Maison Blanche. En clair, passer d’une moyenne de 1,2% de baisse d’émissions annuelles (-17% entre 2005 et 2020) à une vitesse de 2,8% entre 2020 et 2025. Ce qui ne sera pas aisé.

Surtout, l’accord risque de se heurter à l’opposition forte du Congrès, dont le Sénat a récemment basculé dans le camp de l’opposition. Déjà, ceux-là ont fait entendre leur opposition à l’accord sino-américain : « Ce plan irréaliste, que le président va refourguer à son successeur, signifie des prix de l’énergie plus élevés et moins d’emplois », a souligné Mitch McConnell, le leader du camp républicain au Sénat. Cette opposition risque-t-elle de faire vaciller l’accord ? Selon un « agent senior » de la Maison Blanche cité par CNN, l’accord est au contraire « atteignable » et l’homme de laisser entendre que le président pourrait imposer cette décision sans passer par la case législative : « Le Congrès va peut-être essayer de nous arrêter, mais nous pensons qu’avec le changement de majorité, nous pouvons parvenir à cet objectif avec l’autorité dont nous disposons déjà. »

(1) Les Etats-Unis sont responsables de 29,3% des émissions cumulées entre 1850 et 2002 contre 7,6% pour la Chine, selon un rapport du World Resources Insitute publié en 2005 (Cf. Chapitre 6).

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  • Réjouissons-nous de voir qu’il se crée un mouvement qui va dans le bon sens, certes pas assez rapide, pas assez ambitieux, mais c’est une amorce.
    Reste qu’il va falloir maintenir, que dis-je, augmenter encore les pressions sur les élus de tous bords pour prendre de la vitesse dans cette course...
    Et si on en profitait pour prendre de l’avance sur les changements sociétaux ?
    Les derniers seront les premiers, enfin... ceux qui s’y mettent !

    17.11 à 18h36 - Répondre - Alerter
  • Très bon article, merci, mais mes conclusions ne sont pas vraiment les vôtres :
    http://alternatives-economiques.fr/...

    15.11 à 10h29 - Répondre - Alerter
    • Bonjour,

      Et merci de votre commentaire. Les chiffres avancés sont peu ambitieux, vous avez bien sûr raison. Mais ne peut-on pas, malgré tout, se réjouir de l’existence même d’un accord entre ces deux nations si opposées dans les précédentes COP ? Leur ’entente’ même a minima pourrait, espérons-le, débloquer des négos gelées depuis trop longtemps. Et mener vers un accord à Paris fin 2015. Evidemment, le débat suivant est : ’est-ce que l’avenir du climat pourra vraiment se jouer au sein de cette énorme machine qu’est l’ONU ?" Mais si l’on y croit encore un peu, c’est au moins bon signe, non ?

      17.11 à 09h37 - Répondre - Alerter
      • Je comprends très bien votre point de vue, il se défend, mais ce n’est pas le mien. Pour le dire un peu brutalement : Munich aussi a été célébré par beaucoup comme un bon accord ! Plus sérieusement, on peut sans doute se réjouir de l’existence d’un premier pas de ce type, mais seulement si c’est un premier pas, car nous savons tous que de tels objectifs n’éviteront pas la catastrophe. Or le risque est sérieux que ce ne soit pas un premier pas vers des accords à la hauteur mais une façon de plomber la prochaine COP21 dans un an en tirant vers le bas les objectifs mondiaux au nom de la croissance. Pour moi, il revient à des "militants" tels que nous de rappeler sans cesse quelles sont les limites à ne pas franchir et quels objectifs permettraient d’en revenir à une empreinte écologique vivable, dont ceux du GIEC. Avec cet accord, on en est très loin, il ne saurait être historique à mes yeux.

        17.11 à 11h46 - Répondre - Alerter
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