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4-12-2015
Mots clés
Climat
France

« L’argent pour le climat existe, il est dans les paradis fiscaux »

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Financeur des énergies fossiles, adepte des paradis fiscaux et… sponsor de la COP21. Pour dénoncer les choix de BNP Paribas, 300 personnes se sont réunies ce jeudi devant le siège de la banque.
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Que font des palmiers et des crocodiles au pied de BNP Paribas ? Ils dénoncent les placements aux îles Caïmans. Sous ses airs de devinette pour enfants, la scène qui se jouait jeudi devant le siège d’une des principales banques de détail et d’investissement européennes était tout ce qu’il y a de plus sérieuse. Sous la menace de 300 personnes qui avaient annoncé leur intention de l’assiéger, la banque a fermé son siège central et six agences alentour, et annulé pour la journée les rendez-vous qui devaient s’y dérouler. Regroupés derrière un cordon « zone d’évasion fiscale », les militants sont restés massés quarante-cinq minutes devant l’établissement. Ce n’est que lorsque la foule a commencé à se disperser qu’un vigile, retranché derrière les grilles massives, a pointé le bout de son nez pour placarder discrètement une affiche présentant ses excuses aux clients « pour la gêne occasionnée ».

« BNP assèche les finances de l’Etat qui va ensuite lui demander l’aumône »

« En cela, c’est déjà une victoire » , se félicite Txetx Etcheverry, membre de l’association basque Bizi ! et coordinateur du mouvement Alternatiba, avant d’embrayer : « Nous somme devant la BNP pour des raisons précises : d’abord car la BNP est sponsor officiel de la COP21. » Comme celui d’EDF, d’Air France ou d’Engie, ce partenariat passe très mal auprès des militants écologistes. « En plaçant son argent dans les paradis fiscaux, la BNP assèche les finances de l’Etat qui va ensuite demander l’aumône pour quelque pauvres 180 millions d’euros », souligne l’activiste. Le montant est présentée comme une broutille rapporté au manque à gagner lié à l’évasion fiscale. « Les paradis fiscaux coûtent 80 milliards par an la France, rappelle Florent Compain, le président des Amis de la Terre. « C’est autant d’argent qui ne sert pas à financer la transition sociale et énergétique. » Entendez, l’épineux « fonds vert » qui doit être alimenté à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour financer l’adaptation des pays du Sud aux conséquences du changement climatique et constitue un point d’achoppement classique des négociations des COP.

« Qui vole qui ? », interrogeaient les pancartes brandies par les militants. « Pour moi, c’est exactement la question », estime Xavier, 22 ans, qui a auparavant participé à trois actions de « réquisition de chaises ». Depuis février, des commandos de vingt à trente personnes, adeptes d’une désobéissance non violente, mais qui encourent tout de même une peine maximale de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, pénètrent à visage découvert dans les agences des banques qu’il estiment les moins éthiques – notamment BNP Paribas et HSBC – et en ressortent avec des chaises. Tandis que certains activistes repartent à pied, en voiture ou en métro avec leur magot, d’autres tentent de faire passer le message aux badauds, salariés et directeurs : « L’argent pour le climat existe, il est dans les paradis fiscaux ». Ces « Robins des banques », comme les surnomme Florent Compain, sont souvent membres d’Attac, des Amis de la Terre ou d’Action Non Violente COP21 (ANV), mais ils sont parfois rejoints par de simples citoyens. « Ça donne le sentiment de pouvoir agir, après le sentiment d’impuissance et d’injustice ressenti depuis le sauvetage des banques en 2008 » poursuit-il, espérant que cette mobilisation conduise « à faire enfin le procès de l’évasion fiscale ».

« Prendre la Bastille »

Après le vol vient le recel. Interviennent alors des renforts de poids : les philosophes Edgar Morin ou Patrick Viveret se sont portés volontaires pour garder les sièges au chaud en signe d’adhésion au mouvement. D’autres, comme le comique Christophe Alévêque ou l’économiste et membre d’Attac Geneviève Azam, ont fait part de leur soutien.

Tandis que José Bové, Pierre Larrouturou, Patrick Viveret et quelques autres visages familiers pour l’assemblée se passent le micro, quelques fauteuils avancent justement en flottant au dessus des têtes. Pendant que les figures de proue du mouvement expliquaient leurs motivations à la presse, un escadron de faucheurs de chaises « prenait la Bastille », selon les mots de Txetx Etcheverry. Ce nouveau larcin, réalisé simultanément dans deux agences autour de la place en question, porte le nombre de sièges dérobés à près de 250. Sur ce total, 196 – en référence aux 196 parties qui négocient en ce moment dans le cadre de la COP21 – seront réunies lors du Sommet citoyen pour le climat qui se déroulera les 5 et 6 décembre à Montreuil.

Fort de ce moyen de pression, une semaine avant cette action coup de poing, les ONG étaient reçues par trois pontes de l’établissement : Michel Konczaty, le directeur général-adjoint, Philippe Bordenave, directeur général délégué, et Laurence Pessez, déléguée à la RSE de l’entreprise. « Nous avons avec les ONG un dialogue nourri et continu », résume la communication du groupe. « Je pense qu’on les agace, s’amuse Xavier. Une chaise, ce n’est rien par rapport à tout l’argent qu’ils ont, mais en termes d’image, c’est un peu gênant. » Interrogée sur le mode d’action, la banque a préféré ne pas commenter.

Le bonheur du terrorisme

Sur le fonds, BNP Paribas se défend. Le groupe rappelle avoir « payé 2,2 milliards d’euros d’impôts en 2014, avec un taux d’imposition effectif de 30% ». Son service communication souligne que BNP Paribas « n’est présent dans aucun des pays figurant sur la liste noire de l’OCDE ». Une défense légère aux yeux des ONG. « Le problème, ce sont les filiales de filiales de filiales. C’est l’opacité totale », reprend Txetx Etcheverry. Au micro, chacun tient à rappeler que l’évasion fiscale fait le bonheur du terrorisme, citant l’exemple des 66 victimes d’Al-Qaïda qui, aux Etats-Unis, ont porté plainte contre BNP Paribas.

Les ONG nourrissent d’autres grief à l’encontre de l’établissement. « Depuis 2009, BNP Paribas a investi 52 milliards dans les énergies fossiles », rappelle Malika Peyrault, chargée de campagne aux Amis de la Terre. Malgré de récents engagements sur le charbon, des autocollants « Changeons le système pas le climat » égayent désormais les grilles austères de l’établissement.

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