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29-05-2008

Le Grenelle puissance 27

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Paris va prendre les rênes de l’Union européenne avec en tête de ses priorités la lutte contre le changement climatique. Mais les négociations sur le « paquet énergie-climat » s’annoncent difficiles.
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Vous avez applaudi Al Gore à l’Elysée pour le Grenelle de l’environnement ? Apprécié que Jean-Louis Borloo mouille le maillot à Bali et que Nicolas Sarkozy relance l’Europe avec son mini-traité ? Alors vous adorerez la présidence française du Conseil de l’Union européenne, à partir du 1er juillet. Après la Slovénie, Paris va donner le cap aux palabres pendant six mois. Le dossier « lutte contre le changement climatique » trône au sommet de la pile. La Commission Barroso espère faire adopter le « paquet énergie-climat », dernier grand projet de son mandat. Piqûre de rappel de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko- Morizet : « On est dans la seringue du point de vue du calendrier, si nous voulons parvenir à un accord avant les élections européennes du printemps 2009 et la réunion internationale sur le climat organisée à Copenhague en décembre 2009. »

Paris souhaite aussi présider au débat sur l’avenir de la politique agricole commune, dont la France est la première bénéficiaire. Peut-être remettre une couche en faveur du nucléaire en évoquant la sécurité énergétique. Mais aussi parler immigration ou union de la Méditerranée… « Paris veut aller vite et met la pression sur les instances européennes, ce qui peut être contreproductif », alerte Miroslav Ouzky, député tchèque du Parti populaire européen et président de la commission environnement au Parlement européen. Au milieu de tout cela, l’environnement parviendra-t-il à se faire une place au soleil ? Inventaire des points chauds.

Climat : l’usine à gaz Moins 20 % d’émissions de CO2 d’ici à 2020 et 20 % d’énergies renouvelables dans le « paquet » énergétique européen, c’est le cocktail de l’UE pour limiter à 2 degrés le réchauffement planétaire. « Ces objectifs sont très en-deçà des recommandations du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental d’études sur le climat) », grognent les ONG qui, face aux lobbies industriels, préfèrent toutefois soutenir les propositions de la Commission. Notamment la révision du marché de quotas d’émission de gaz à effet de serre, les fameux permis de polluer. « Alors qu’ils étaient attribués gratuitement aux entreprises polluantes (électriciens, cimentiers) – qui représentent 40 % des émissions –, on va désormais les leur vendre aux enchères  », traduit Damien Demailly, du WWF France.

Le secteur de l’aviation, jusqu’ici épargné, sera lui aussi concerné. Et le système pourrait rapporter 50 milliards d’euros par an, dont une – petite – partie pourrait venir aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique. Outre cette usine à gaz, les 27 doivent négocier la répartition des réductions d’émissions entre nations. Face à des pays de l’Est dont beaucoup de centrales électriques tournent au charbon, la France devra déployer des trésors de diplomatie.

Transports : un risque de déroute

Selon Damien Demailly, « la France joue sa présidence sur le climat, et pour faire adopter le paquet, nous craignons qu’elle lâche trop de lest ailleurs. » Notamment sur la réglementation des voitures, négociée en direct et en coulisses avec l’Allemagne. Les berlines allemandes sont sur la sellette, car en 2012, les voitures devront se limiter à une moyenne de 120 grammes d’émission de CO2 par kilomètre. Berlin défend un système calculé sur le poids du véhicule et donc arrangeant pour ses grosses autos.

Des comptes d’apothicaire en soi sûrement utiles en eux-mêmes mais guère à la hauteur des enjeux, critique en substance Ronan Uhel, de l’Agence européenne de l’environnement. Car, quel que soit le résultat des négociations et des progrès technologiques, l’augmentation du parc automobile risque d’annihiler ces efforts, estime-til  : « Les transports vont exploser en Europe de l’Est. Or la Commission européenne, au lieu d’aider le rail dans un souci d’intermodalité et d’aménagement du territoire, va dépenser 20 milliards d’euros sur les sept ans à venir pour construire 10 000 km d’autoroutes. Et l’Europe n’empêche pas non plus les constructeurs de vendre des voitures à bas prix en Chine et en Inde. »

Agrocarburants : le gros coup de pompe

« Manger ou conduire, il faudra sans doute choisir », reconnaît une conseillère du ministère de l’Environnement. La France n’a pourtant cure des rapports et maintient son objectif de 7 % d’agrocarburants contenus dans l’essence et le gazole en 2010, contre moins de 1 % aujourd’hui. C’est davantage que l’objectif européen fixé à 5,75 % pour 2010 et à 10 % à l’horizon 2020. « Malgré la pression du Royaume-Uni et de l’Allemagne, il va être politiquement très difficile de faire machine arrière sur ce qui était présenté comme une panacée il y a deux ans », pronostique Ronan Uhel.

Efficacité énergétique : des objectifs a minima « L’Europe n’a pas rendu contraignant son objectif de réduire de 20 % la consommation énergétique, déplore Karine Gavand, de Greenpeace. Or cette décision permettrait aux pays d’atteindre plus facilement leurs objectifs d’énergie renouvelable et d’émissions de gaz à effet de serre. » Lot de consolation : la Commission veut interdire les ampoules à incandescence. Et imposer des normes d’éco-conception à cinq nouveaux produits, dont les voitures. A la demande de la France, la TVA à taux réduit sur les produits « verts » sera discutée. « La production durable et les labels, c’est bien, mais il reste encore tabou pour la Commission d’inciter les gens à consommer mieux ou moins, estime Nathalie Cliquot, du Bureau européen de l’environnement. Et le sujet est inaudible dans une actualité française obnubilée par le pouvoir d’achat. »

Sources de cet article

- L’observatoire européen du lobbying

- La direction environnement de la Commission européenne

- L’agence européenne de l’environnement

- Le bureau européen de l’environnement, qui représente des dizaines d’ONG à Bruxelles

- Le Réseau action climat France (RAC)

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