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4-09-2008
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Europe

Du CO2 dans les relations franco-allemandes

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La chancelière Angela Merkel a dû mettre les mains dans le cambouis. Les normes d’émissions de gaz à effet de serre pénalisaient les berlines allemandes. Elle a finalement arraché un accord à Nicolas Sarkozy.
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"2008 : le 1er "choc écologique""

Il a fallu une rencontre au sommet entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le 9 juin dernier à Straubing, en Bavière, pour trouver un accord sur les plafonds d’émissions de gaz carbonique des futures voitures mises en circulation en Europe. Pas moins. C’est que le sujet est lourd d’enjeux écologiques, industriels… et politiques. Retour en janvier 2007. A cette date, la Commission européenne se saisit du dossier avec un objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie automobile dans le cadre du « paquet » énergieclimat (voir Terra Economica n° 56, juin 2008).

Mais l’exécutif communautaire annonce la couleur : attention, les nouvelles règles seront contraignantes. Tout dépassement des futures limites sera sanctionné d’une lourde amende. Car jusqu’ici « les résultats n’ont pas été au rendez-vous », souligne Dudley Curtis, expert auprès de l’ONG Transport & Environment. Le CO2 dégagé par la circulation routière dans l’Union européenne a en effet augmenté de 26 % entre 1990 et 2004, alors que les émissions globales de dioxyde de carbone – incluant celles de l’industrie – diminuaient, sur la même période, de près de 5% sur le Vieux Continent.

Egrenés par Stavros Dimas, alors commissaire européen chargé de l’Environnement, les chiffres se transforment en autant d’arguments à charge. A elles seules, les voitures individuelles – par opposition aux bus, camions, tracteurs… – sont responsables de 12 % des émissions européennes de gaz à effet de serre. Les avancées technologiques en matière d’efficacité énergétique ne suffisent pas à compenser l’augmentation du trafic, ni surtout celle de la taille des véhicules. Depuis une quinzaine d’années, les Européens manifestent en effet un penchant marqué pour les grosses cylindrées. Et les constructeurs suivent le mouvement, trop contents de proposer des modèles certes plus chers, mais plus puissants et donc plus polluants.

Le couperet des 120 grammes Mais là, le dossier se complique. La Commission européenne annonce, en décembre 2007, la mise différemment à tous les constructeurs, comme le souhaiterait le français PSA, partisan d’une norme linéaire, pour valoriser les plus vertueux ? Ou bien n’est-ce qu’une moyenne, à décliner en plafonds plus ou moins élevés selon la taille ou le poids des véhicules, afin de laisser plus de latitude aux constructeurs de berlines plus imposantes ? « Alors il suffirait de construire des voitures plus lourdes pour s’en sortir », proteste Françoise Grossetête, députée (UMP) au Parlement européen, en phase avec les constructeurs français. Mais « c’est ce segment haut de gamme qui rend l’industrie automobile européenne profitable », rétorque Andreas Schwab, député allemand (CDU) au Parlement, très impliqué dans la défense des intérêts des industriels de son pays.

Menace de licenciements massifs

En apparence très technique, la bagarre oppose frontalement Français et Allemands sur le terrain législatif européen, mettant aux prises industriels, lobbyistes et politiques, à Bruxelles, Strasbourg, Paris et Berlin. Pour forcer le trait : c’est la Porsche Cayenne contre la vaillante petite Clio. Vingt euros d’amende par gramme / kilomètre excédentaire à partir de 2012, et 95 euros à partir de 2015, cela représente plusieurs millions d’euros pour les constructeurs hors des clous.

Dans une Allemagne où 1/5 des emplois est peu ou prou lié à l’industrie automobile, les trois grands constructeurs – Volkswagen, Mercedes et BMW – brandissent la menace des licenciements massifs. Pas question de lésiner sur les arguments, quitte à verser dans la mauvaise foi. « Nous devrons fermer les usines dans lesquelles nous produisons les Mercedes Classe C, E et S », lâchait Erich Klemm, président du comité d’entreprise de Daimler, dans le très populaire journal Bild am Sonntag, lors des débats de la Commission. « Il s’agissait d’une campagne de désinformation qui a suscité l’inquiétude  », se souvient Aat Peterse, un des responsables de l’ONG Transport & Environment.

A la pointe du progrès environnemental, les Allemands  ? Peut-être, sauf lorsque leur industrie se trouve dans l’oeil du cyclone. A Straubing, Angela Merkel a arraché à Nicolas Sarkozy un accord plus favorable que ce que prévoyait la Commission européenne. L’objectif des 120 grammes ne s’appliquera pas par modèle, mais par gamme, et même par groupe automobile. Porsche serait ainsi tiré d’affaire grâce à sa fusion avec Volkswagen, le fabricant de la petite Golf. Un happy end pour les grosses cylindrées, sur fond de sauvetage du dialogue franco-allemand. Et la planète ? Elle attendra. —


L’Hexagone klaxonne Attention, tous les champions européens de l’industrie automobile ne sont pas logés à la même enseigne. Osons ici un cocorico : les Français s’en sortent très bien. « Nous sommes les meilleurs sur le marché européen », fanfaronne-t-on chez PSA. Avec 142 g de CO2 par km en moyenne, les voitures de la gamme Peugeot sont les moins polluantes d’Europe, suivies des Fiat (144 g) et des Renault (146 g). « C’est le fruit d’efforts de recherche et développement de longue haleine », explique-t-on chez PSA. C’est aussi l’effet de la (petite) taille du véhicule. Il n’y a qu’à voir les grosses berlines allemandes : pas brillant pour BMW (182 g/km) et Daimler Chrysler (184 g). Quant à frimer au volant d’une Porsche, n’en parlons pas : à 282 g par km en moyenne, les luxueux bolides décrochent le bonnet d’âne. Mention spéciale pour la Porsche Cayenne, le 4x4 le plus bling bling du moment et l’un des plus polluants (358 g). en place d’une norme maximale : 120 grammes de CO2 au kilomètre, en moyenne, à partir de 2012. Mais ce couperet de 120 g doit-il s’appliquer in

Sources de cet article

- Déclaration conjointe de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel du 9 juin 2008

- L’analyse de l’ONG Transport & Environment (en anglais) :

- Etude d’impact du plafonnement des émissions de CO2 par la Commission européenne (en anglais) :

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