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1-03-2007
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Développement
Monde

Les gros se sucrent à Bruxelles

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Il y a un an, l'Europe choisissait d'entrouvrir ses portes au sucre des pays du Sud. Qui peinent à obtenir leur part du gâteau.
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Ne vous fiez pas aux perroquets et aux paysages exotiques qui ornent les paquets de sucre. Le plus souvent, leur contenu provient de cultures betteravières bien de chez nous. En 2005, 20 millions de tonnes ont été produites sur le sol de l’Union européenne, ce qui place le Vieux continent au deuxième rang des producteurs mondiaux. Près de 52 000 personnes travaillent dans cette industrie, dont 8 600 rien qu’en France. Pour les palmiers et la moiteur des tropiques, il faudra donc repasser. Car le secteur est très protégé par l’Union européenne.

Cette dernière établit, depuis 1968, un prix minimum garanti trois fois supérieur aux cours mondiaux, assorti d’un plafonnement de la production et de limites à l’importation. Pas facile, donc, pour les acteurs non européens de pointer le bout de leur nez. C’est pour cette raison qu’accompagnés de plusieurs ONG, dont Oxfam et le WWF, les pays du Sud ont réclamé il y a quelques mois la refonte du dispositif.

La réforme votée par Bruxelles en 2006 semble aller dans leur sens. En apparence seulement. Elle prévoit une baisse drastique des subventions aux producteurs des Etats membres, ainsi que la levée progressive des barrières à l’importation. Mais les premiers résultats, publiés le mois dernier, ne sont guère encourageants. Le marché européen reste « étanche ».

Promotion sur le chocolat

Aujourd’hui, l’UE produit davantage de sucre qu’elle n’en consomme. L’excédent repart ensuite à l’assaut du marché mondial, dopé par des subventions à l’exportation. En 2004, l’OMC a ainsi condamné Bruxelles pour « concurrence déloyale » envers le Brésil, l’Australie et la Thaïlande. Mieux, l’institution a accordé un délai de deux ans à Bruxelles pour supprimer les aides à l’exportation. Avec la réforme, la Commission tablait sur une baisse de production volontaire des usines européennes les moins performantes, en échange d’une aide financière. Pari manqué. Sur une réduction escomptée de 5 millions de tonnes sur la période 2006-2008, la Commission n’en a obtenu que 2 millions. Un fonds de restructuration, financé par les producteurs, a pourtant été prévu pour susciter les reconversions. Mais celles-ci sont trop lentes et favorisent les grandes exploitations.

Mariann Fischer Boel, chargée de l’agriculture et du développement rural à la Commission européenne, assure pourtant que « la production de sucre sera maintenue là où elle se révèle la plus appropriée et les exploitants concernés seront généreusement indemnisés pour la perte de revenus engendrée par la diminution des prix. » Le texte, qui prévoit une baisse de 30 à 40 % des prix du sucre et de la betterave sur quatre ans, réjouit surtout l’Association européenne des industries du sucre, du chocolat et de la confection. En effet, ces dernières estiment qu’un coût d’achat trop élevé freine la demande européenne.

Au Sud, la réforme ne convainc pas non plus. Car la fin des limites aux importations risque de casser les prix pour les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), qui bénéficiaient de tarifs avantageux. L’équation est simple, explique Jean-François Sneessens, professeur d’économie à l’université de Louvain. « Si les pays en développement augmentent leurs exportations vers l’Europe de 32 %, alors leurs recettes chuteront de 20 %. Sans quotas, la concurrence sera plus forte, et les prix baisseront pour tous. » Sur la même longueur d’ondes, les pays du Sud militent donc pour le maintien de limites à l’importation en échange de prix plus élevés. En vain pour l’instant. Mais cette nouvelle donne n’est pas négative pour tout le monde. Au Brésil, premier producteur mondial de sucre, les grandes exploitations jouissent de coûts de production très faibles (200 dollars la tonne, contre 875 en Jamaïque). Un rythme que les petits producteurs ne peuvent suivre. C’est l’effet boomerang de la réforme de l’UE. De grandes firmes européennes, comme Béghin-Say, ont déjà racheté plusieurs sites. La concentration du secteur est déjà en marche.


Le marché mondial du sucre

L’industrie sucrière mondiale génère un chiffre d’affaires de 75 milliards de dollars par an. Elle emploie 18 millions d’agriculteurs et 1,8 million d’ouvriers dans 113 pays du monde. Un Européen consomme 34 kg de sucre par an.

Sources de cet article

Les activités de l’UE en matière d’agriculture

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