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3/6. Tortues vs panneaux solaires dans le désert de Mojave

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Sur ces terres californiennes arides se livre une âpre bataille. D'un côté, des industriels et politiques, dont le gouverneur Schwarzenegger, qui y voient le terrain idéal pour le solaire à grande échelle. De l'autre, des écologistes qui refusent la défiguration annoncée. Troisième étape sur notre route pour le paradis vert californien.
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n°5 - été 2009

Arnold Schwarzenegger : American ecolo

Au Harris Ranch, on produit chaque année 90 millions de kilos de viande de bœuf. C’est stipulé sur la brochure de cette gigantesque usine à vaches californienne : les bêtes ne sont pas nourries aux hormones de croissance. Le restaurant du Harris Ranch est le point de rencontre des carnivores de l’Highway 5. Le parquet est trop ciré et les peaux de bêtes tomberaient presque dans l’assiette. Ici, les steaks affolent les balances. Pour qui souhaiterait nager enveloppé des vapeurs de fumier, le Harris Ranch offre sa piscine et fait office d’hôtel. Nous déclinons l’invitation.

Départ ­pour la route 58 qui nous mène aux portes du désert de Mojave, autrefois convoité par les chercheurs d’or. C’est dans ce paysage qu’a été tourné Bagdad Café. A la nuit noire, impossible de distinguer la centrale solaire posée au bord de l’autoroute et objet de notre visite. Nous voici à la Kramer Junction, une étape bénie des chauffeurs de camions. Notre motel s’appelle le Relax Inn. Mais notre nuit sera bercée par le vacarme interminable des trains et des camions qui s’engouffrent dans le désert.

Mine d’or

A l’aube, la centrale thermique solaire et ses capteurs cylindro-paraboliques nous claquent au visage. Construit dans les années 1980, ce complexe est capable de produire 150 MW d’électricité. Les centrales d’énergies renouvelables de ce type sont aujourd’hui l’objet de généreuses subventions. Le désert et son climat torride représentent en effet une mine d’or. Le Bureau of Land Management (BLM), chargé d’attribuer les permis de construction dans les terres fédérales du désert, est inondé de demandes : 165 projets attendent son aval. April Sall, jeune femme blonde au look de surfeuse, porte-parole du Wildlands Conservancy, n’est pas du même avis. Créée en 1995, cette association d’écologistes a fait de la sauvegarde du désert de Mojave sa raison d’être. Allant jusqu’à racheter 240 000 hectares de terres aux sociétés de chemin de fer pour les léguer au BLM, l’agence fédérale censée protéger le désert des spéculateurs en tout genre.

La diva du désert

Née et élevée dans le désert, April nous guide jusqu’au pied de Sleeping Beauty Moutain dont la silhouette évoque vaguement celle d’une Belle au bois dormant. L’endroit n’a pas la beauté du Joshua Tree National Park, joyau du désert de Mojave. Mais pour April, il dégage le charme d’un conte de fées. Le désert doit rester désert, martèle-t-elle. Son objectif ? Faire pression sur le BLM pour qu’il encourage les nouveaux chercheurs d’or solaire à installer leurs centrales thermiques le long des artères fréquentées. Le plus loin possible de Sleeping Beauty. « Je n’ai rien contre l’industrie solaire. Je m’inquiète juste de voir le désert défiguré par des installations et des technologies qui n’ont, de surcroît, pas encore fait leurs preuves », juge-t-elle, une pointe d’ironie dans la voix. April a trouvé une alliée de rêve en la personne de Diane Feinstein, sénatrice influente surnommée par certains la diva du désert. Au grand dam d’Arnold Schwarzenegger, qui considère le désert comme le terrain idéal pour une industrie solaire à grande échelle.

Sur la route qui mène à Sin City, des panneaux géants exhortent les conducteurs à ne pas vénérer les idoles ou commettre l’adultère. Puritanisme ou libertinage ? Le débat n’est pas pour nous. Nous mettons le cap sur Hollywood, à la poursuite du diamant vert.

Photos Gilles Mingasson

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Correspondante de « Terra eco » en Californie, Anne Sengès est l’auteur de « Eco-Tech : moteurs de la croissance verte en Californie et en France », paru en novembre 2009 aux éditions Autrement.

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