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Vise le green

Par Benjamin Cliquet
7-07-2011

Pourquoi le Danemark a le vent en poupe

Pourquoi le Danemark a le vent en poupe
(Nyhavn, un des quartiers les plus touristiques et emblématiques de Copenhague)
Décryptage des atouts danois en matière de développement durable, en m'arrêtant surtout sur les éléments qui favorisent le fort développement des éoliennes.

Revenant de Roumanie, sur le chemin du retour, j’ai fait un petit détour par Copenhague. C’était un peu particulier de finir mon projet par cette ville car c’est en partie suite à la grande déception du Sommet de Copenhague en 2009 qu’a grandi en moi l’envie de partir à la rencontre des acteurs non-politiques du développement durable. Je n’y suis resté qu’une semaine. J’ai rencontré Peder Andersen, professeur à l’Université de Copenhague et chercheur à l’Institut de la Nourriture et des Ressources Economiques. J’ai voulu comprendre pourquoi le Danemark avait l’image d’un modèle en matière de développement durable. Il m’a donc parlé de système de taxes, d’éoliennes et de protection de la biodiversité.

Qu’est-ce qui fait que le Danemark est souvent pris comme modèle en matière de développement durable ? "L’énergie éolienne", vous entends-je déjà dire. Oui, mais pas seulement, car pour développer l’énergie éolienne comme ils l’ont fait, un certain cadre légale et géographique est nécessaire. Le système de taxes, d’abord, permet de financer les projets d’énergie renouvelable en taxant par ailleurs les acteurs les plus polluants (les industries et les voitures notamment). Cela fait 20 ans qu’ils développent ainsi la filière éolienne et le Danemark est aujourd’hui un des premiers producteurs d’énergie éolienne. La part d’énergie renouvelable dans son mix électrique est très importante (30%). Mais les bénéficiaires de cette énergie propre ne sont pas seulement les Danois : leurs voisins norvégiens, suédois et allemands l’importent lorsqu’il y a beaucoup de vent et que le Danemark est en surproduction. Il arrive même que le Danemark paie ses voisins pour se débarrasser de cette électricité qui reste dans le système car cela leur coûte de la stocker (la recherche planche d’ailleurs encore sur le stockage de l’électricité, aujourd’hui trop coûteux et très peu efficace, d’après Peder). Compte tenu des inconstances de l’éolien, le Danemark a donc besoin de voisins qui lissent la consommation d’électricité, "pour maîtriser les aléas et la demande" comme l’explique Peder.

Et pour flexibiliser encore davantage leur système énergétique, le Danemark a développé une idée que m’avait déjà suggéré Claude Dumas, président de TM4, entreprise québécoise productrice de générateurs à aimant permanent pour turbines éoliennes : la complémentarité entre les énergies éolienne et hydraulique (énergie très flexible car stockable). Ainsi, lorsque le Danemark est en surproduction (quand il y a "trop" de vent), la Norvège ralentit l’activité de ses barrages hydrauliques et importe de l’électricité éolienne danoise (et inversement quand le vent faiblit). Et comme les deux pays sont suffisamment proches, les deux énergies sont substituables. Après le système de taxes, on voit que la situation géographique est également une grande aide pour le développement de la filière éolienne.

Selon Peder, la France pourrait avoir la même part d’éolien dans son mix électrique que le Danemark. "C’est juste une question de votre volonté à payer. Nous donnons beaucoup de subventions et en même temps les taxes sur l’énergie rendent les alternatives plus intéressantes" (en écrivant ces lignes, je m’aperçois que j’ai oublié de lui demander si le prix de l’énergie au consommateur n’était pas trop élevé... si vous avez la réponse...).

Cependant, en complément de l’énergie éolienne, le charbon (importé) est encore trop utilisé ("et c’est la pire chose que l’on puisse faire"). Comme à Helsinki, Peder m’a cependant garanti que les fumées étaient particulièrement filtrées pour les rendre plus propres et moins nocives. En cherchant plus d’informations sur internet au sujet du mix énergétique danois, je suis tombé sur le papier suivant (publication du groupe professionnel Centrale Energies), je vous conseille d’y jeter un oeil. Et l’on apprend en effet qu’avec cette utilisation encore importante du charbon, les émissions de CO² par habitants y sont plus élevées qu’en France (nous sommes favorisés par le nucléaire, ne l’oublions pas). La différence reste que les énergies renouvelables au Danemark sont sur une très bonne dynamique. La "commission climat mis en place par le gouvernement" a même fixé l’objectif d’un mix énergétique 100% énergies renouvelables d’ici 2050.

Je me permets de faire une conclusion intermédiaire à cet article, une conclusion à cette première partie sur l’éolien danois, que j’emprunte à la publication de Centrale Energies : "La réputation d’excellence du Danemark en matière d’énergie / climat n’est pas usurpée : c’est le pays européen aux performances les meilleures en terme d’efficacité énergétique par unité de PIB et il a réussi à augmenter la part des énergies renouvelables de 0 à 30% dans son mix électrique depuis les années 1970. Partant de loin (99% fossile) et ayant refusé le nucléaire, le pays est pénalisé dans ses performances climat par son électricité très carbonée, du moins en attendant que leur vision 2050 "électricité zéro carbone" ne prenne forme."

Mes premières images du Danemark, traversant en ferry depuis l’Allemagne. Des éoliennes partout, sur terre comme en mer.

Quelques mots maintenant sur les autres atouts, moins connus, du Danemark. La législation est un second instrument (après les taxes) utilisé pour mettre le pays sur la voie du développement durable. Elle tient largement compte des impacts environnementaux. Ceux-ci doivent donc légalement être considérés lorsqu’un pont est construit (il y a un projet de pont entre l’Allemagne et le Danemark), lorsque l’on créé une entreprise ou pour construire une nouvelle autoroute. Autrement dit, les impacts environnementaux sont pris en compte dans le "processus décisionnel" ("decision making process"), pour le dire avec des jolis mots.

L’agriculture est également très régulée pour protéger la biodiversité et surtout les nappes phréatiques. Le pays veut se doter d’une eau potable de grande qualité qui puisse venir directement des sous-sols vers le consommateur. Grâce à cette politique, l’eau potable est simplement filtrée mais ne subit pas de traitement chimique.

Grâce à ces divers instruments cités ci-dessus utilisés de façon intelligente, le Danemark peut également se targuer, selon Peder, d’une nature très bien conservée. Récemment, 3 zones protégées ont été créées pour préserver cette nature. Ce sont des vastes zones où, par exemple, le développement industriel est très limité (voire inexistant, si j’ai bien compris) et tout est fait pour préserver la biodiversité. Ces zones sont utilisées principalement pour l’agriculture et le tourisme.

Enfin, Peder mentionne un autre atout danois : sa population. Il semble que les Danois aient une certaine conscience environnementale, ce qui a pour conséquence le fort développement des produits bios et labels bios, notamment dans les grandes surfaces.

Quand j’ai demandé à Peder quels pouvaient être les "défauts" de son pays en matière de performances climat, après m’avoir parlé de l’utilisation encore trop importante du charbon, il m’a en fait cité des domaines dans lesquels ils pouvaient faire encore beaucoup de progrès (sans que le pays ne se comporte mal pour autant). Ils font des progrès pour récupérer l’énergie des déchets, mettant en place des systèmes de chauffage à l’échelle de quartiers à partir de ce combustible. Peder considère qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Une grande partie de la pollution des villes vient du transport. Les voitures sont très taxées (jusqu’à 3300€/an pour les voitures très polluantes, d’après Centrale Energies) et un projet de péage à l’entrée de Copenhague, comme il existe à Stockholm, a été lancé (puis reporté). Mais Peder estime néanmoins que les Danois pourraient emprunter encore davantage le train plutôt que la voiture.

L’efficacité énergétique, en particulier des bâtiments, est également un champ où les gains potentiels sont très importants. "Un des problèmes aujourd’hui est que de l’énergie est produite quand il y a du vent donc également pendant la nuit, moment où l’on utilise moins d’énergie." Donc l’une des idées dans lesquelles Peder est impliqué est de développer des équipements qui permettent de faire fonctionner le lave-vaisselle ou la machine à laver en période de surproduction d’énergie (la nuit). L’habitant pourrait par exemple demander à ce que les machines tournent entre 20h et 6h le lendemain et elles seraient lancées automatiquement au moment le plus propice. Cette idée vous dit quelque chose (je l’espère) ? Lyn Bartram, professeur à la SFU à Vancouver m’avait parlé de cette même idée, en projet pour Vancouver Greenest City. Une fois de plus, j’ai retrouvé la même idée à deux endroits différents du globe. Ca fait plaisir.

Prochain étape danoise : Christiania.

À bientôt, Visez l’green, Ben

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