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18-12-2014
Mots clés
Education
France
Interview

« A l’école, les notes peuvent être utilisées pour corriger les inégalités »

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« A l'école, les notes peuvent être utilisées pour corriger les inégalités »
(flickr - Brady)
 
Les notes ne sont ni neutres ni objectives. Et ce n'est pas toujours un mal. Au lendemain des Journées de l'évaluation, l'économiste Camille Terrier explique comment la notation biaisée fait progresser les filles en maths.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Le zéro pointé a fait son temps. La semaine dernière, les participants aux Journées de l’évaluation ont vu se profiler le maintien de la notation mais l’abandon de la note sanction. Telles sont les préconisations que le Conseil national de l’évaluation du système scolaire devrait présenter à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, en janvier prochain. Encore traumatisante aux yeux de nombreux pédopsychiatres, la note pourrait alors devenir « bienveillante ». Dans son étude « Un coup de pouce pour les filles ? Un biais de genre dans les notes des enseignants et leurs effets sur les progrès des élèves », Camille Terrier, doctorante à l’école d’économie de Paris, démontre l’efficacité de la notation lorsqu’elle est utilisée comme encouragement.

Terra eco : Les notes sont-elles objectives ?

Camille Terrier : En France, c’est dans cette optique qu’on les utilise. Mais dans les faits, elles ne reflètent pas uniquement le niveau des élèves. Dans mon étude, je me suis intéressée à la notation des filles en mathématiques dans 37 collèges de l’académie de Créteil. En comparant des évaluations anonymes et non-anonymes, on se rend compte que, dans cette matière, les collégiennes bénéficient d’une bienveillance de la part des enseignants. A rendu équivalent, elles obtiennent une note 6,2% supérieure à celles des garçons, ce qui revient à un point de plus pour une note sur vingt. Ce biais n’existe pas pour le français.

Comment l’expliquez-vous ?

Par l’utilisation, de manière consciente ou non de la part des enseignants, de la notation comme un outil d’encouragement. On parle beaucoup de la faible proportion de filles dans les filières scientifiques, dans les écoles d’ingénieurs. Il existe, pour ces disciplines, un stéréotype de genre internalisé très tôt par les écolières. Dès les petites classes, les jeunes filles manquent de confiance en elles en sciences, ce qui rend leurs progrès plus timides. Des études ont montré que lorsque l’on soumet deux groupes de filles de niveau équivalent à un même test, celles à qui l’on précise qu’il s’agit de mathématiques obtiennent des notes inférieures. Une grande partie du corps professoral en est conscient, il y a des associations d’enseignants en mathématiques qui encouragent les filles à s’orienter vers cette discipline. La discrimination positive lors de la notation est probablement une manière, consciente ou non, de compenser les effets négatifs des stéréotypes.

Cette méthode est-elle efficace ?

Oui. A Créteil, où j’ai mené mon étude, les filles arrivent au collège avec un niveau en mathématiques inférieur à celui des garçons. Mais entre le début de l’année de sixième et la fin de l’année, l’écart disparaît. L’étude suggère que ce rattrapage s’explique intégralement par la discrimination positive lors de l’évaluation. Plus celle-ci est importante, plus les filles progressent vite par rapport aux garçons de leur classe. Le biais dans la notation ne doit pas forcément être perçu comme quelque chose de négatif ou de problématique. Cela dépend vraiment du rôle qu’on donne aux notes.

Cela signifie qu’il y a une autre manière d’utiliser les notes ?

Oui. Aujourd’hui on a exclusivement recours à la notation comme un outil d’évaluation. La note pourrait tout aussi bien être considérée comme un instrument pour faire progresser les élèves et corriger les inégalités initiales de réussite entre filles et garçons. Dans ce cas, la notation ne serait plus uniquement une mesure des compétences des élèves, mais serait aussi perçue à travers son effet motivant et encourageant. Pour l’instant, mes travaux se concentrent sur les stéréotypes du genre mais ce même levier pourrait potentiellement être actionné avec les redoublants. Aux Etats-Unis, des études ont également montré que les notes de certains enseignants pouvaient souffrir de biais selon l’origine ethnique.
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  • Le peintre Magritte, en guise de commentaire à un tableau célèbre écrivait : "ceci n’est pas une pipe".
    Ne prenons pas la note pour ce qu’elle n’est pas : ce n’est qu’un signe sur un papier. Ce qui est en cause, c’est l’usage qui en est fait, par celui ou celle qui la donne comme par celui ou celle qui la reçoit et si nous l’admettons le fait de la remplacer par quel autre dispositif repère d’un savoir acquis a peu d’importance.
    Ce qui en a, c’est de savoir organiser notre société sur un mode coopératif plutôt que sur un mode compétitif : Que l’enseignant soit entrainé à donner un objectif commun et citoyen à sa classe plutôt qu’un objectif individuel à chaque élève et il verra à la fois le niveau moyen de la classe s’élever et la note redevenir un simple repère de position.
    Remontant plus haut dans l’organisation sociétale : est-il plus profitable à la société d’organiser l’excellence et les inégalités plutôt que de réduire le million d’illettrés en puissance laissés pour compte et oubliant vite ce qu’ils ont pourtant appris, bien ou mal notés ?

    20.12 à 16h08 - Répondre - Alerter
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