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La fin du super pouvoir d’achat

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Les Français se plaignent de la vie chère, alors que leur pouvoir d’achat a progressé de 3 % en 2007 selon l’Insee. Cherchez l’erreur.
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"Mais pour un euro, on n’a plus rien, ma petite dame ! » La complainte populaire sur la vie chère s’est invitée jusque dans la dernière campagne électorale, portant au sommet de l’Etat un « président du pouvoir d’achat ». Sinistrose ou pas, la Coupe du monde de rugby a fait exploser les ventes françaises d’écrans plats : 720 000 postes ont été écoulés en seulement deux mois. C’est une augmentation de 85 % au regard de l’été 2006. Le niveau de vie des Français est-il en chute libre ? Non, affirme l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). Les ressources à la disposition des ménages – revenus d’activité, de patrimoine et prestations sociales, desquels sont déduits impôts et cotisations – progressent plus vite que les prix. D’ailleurs, la consommation croît de 2 % par an, et les dépenses liées aux nouvelles technologies de 15 % par an. Ironie du sort, ces produits énergivores, au coût de recyclage élevé, pèsent autant sur l’environnement que sur nos portefeuilles (lire ci-contre).

La sensation de ne plus pouvoir remplir son chariot avec la même frénésie s’installe. Pourtant, en 2007, le pouvoir d’achat a progressé de 3 %, retrouvant son allant de 2002. D’où vient cette impression ? D’abord de l’image d’Epinal des Trente Glorieuses, lorsque le pouvoir d’achat s’envolait de 5,7 % par an. Et puis de la poussée inflationniste due au passage à l’euro en 2002. Les prix avaient alors bondi tandis que les salaires stagnaient, notamment en raison de la réduction du temps de travail. Cet accident de parcours a ouvert une crise de confiance à l’égard les statistiques officielles. Selon Michel Ebran, directeur des enquêtes à l’association de consommateurs UFC-Que choisir, les industriels et la grande distribution portent une lourde responsabilité dans ce divorce. « Ils ont pratiqué des hausses très musclées avant et après le gel des prix imposé lors du passage à l’euro : + 20 % au total. » Malgré un léger adoucissement en 2005 (- 5 %), les passages en caisse restent douloureux. Pourtant, l’inflation officielle – calculée à partir de 200 000 prix – ne traduit pas cette flambée.

Banalisation des crédits à la consommation

Cette illusion d’optique est due à la mondialisation, analyse Jean Viard, économiste au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) : « Certains biens technologiques importés répondent à nos nouveaux besoins, à un prix abordable, ce qui les rend très attirants. » Le « vouloir d’achat » provoqué est en outre exacerbé par la banalisation des crédits à la consommation. En 2007, un tiers des ménages s’est ainsi endetté. Ces mensualités s’ajoutent aux abonnements Internet, bouquets télé satellites et même GPS. Rien qu’en téléphonie mobile, un foyer dépense 50 à 150 euros par mois, soit environ 5 % à 10 % du Smic.

Edouard Leclerc, le patron de la chaîne du même nom, a senti la tendance dès 2003 et lancé son propre indice. Ce pouvoir d’achat dit « effectif » a régressé en 2003 et en 2005. Pourquoi ? Pour une question de méthode de calcul. L’indicateur s’obtient en soustrayant des revenus les dépenses dites « contraintes » qui représentent un tiers du budget des ménages : le loyer, le budget voiture, les assurances ou les remboursements des crédits à la consommation. L’indicateur du grand distributeur exclut aussi les emprunts immobiliers, que l’Insee considère pour sa part comme des investissements.

Panique chez les bas revenus

Mais dans les murs de l’Insee, Fabrice Lenglart, chef du département des comptes nationaux, tempère l’impact de ces charges incontournables. « Si le loyer ou le budget carburant ont augmenté de 5 % chacun depuis les années 1960, se nourrir ou se vêtir revient beaucoup moins cher. Au final, le “ reste à vivre ” est donc stable. La divergence entre nos chiffres et l’opinion vient plutôt du fait que nos données livrent des moyennes qui ne reflètent pas la diversité des situations individuelles. » Pour répondre aux critiques, l’Insee rend public ses indices du pouvoir d’achat, mais par personne cette fois. En tenant compte de la croissance démographique et de la structure des ménages, la mesure est déjà d’un point plus pessimiste. Mieux encore, un simulateur en ligne permet à chacun de calculer son indice des prix. Celui-ci varie selon les catégories sociales, les bas revenus subissant une inflation plus forte, notamment en raison de l’envolée du prix du tabac. Pas de doute, les moins bien lotis se serrent donc bel et bien la ceinture. En témoigne le développement du hard discount, qui pèse 17 % du marché de l’alimentaire contre six fois moins en 1999. Les achats de produits équitables – plus chers – eux ne décollent pas.

Malgré l’effort pédagogique de l’Insee, Jean Viard réclame une statistique encore plus fine : « Prenons en compte les écarts croissants de modes de vie. Et livrons des indicateurs significatifs, permettant par exemple de savoir si un retraité peut s’en sortir avec le minimum vieillesse. » La commission diligentée par le ministère de l’Economie devrait bientôt annoncer la création de nouveaux indicateurs plus consensuels. Pour un baromètre plus proche du réel, à défaut d’espèces sonnantes et trébuchantes ? —


Des ventes écran total Déjà équipés de près de 2 téléviseurs par foyer, les Français ont acheté l’an dernier 5,5 millions de postes, dont plus de la moitié à écran plat. Pourtant, l’impact sur l’environnement est sans appel. Par rapport aux télévisions cathodiques, la fabrication d’un écran à cristaux liquides (LCD) nécessite 30 % d’énergie supplémentaire, celle de son homologue plasma, 50 %. L’Ademe a donc lancé, en novembre 2006, une filière de recyclage spécifique, financée via une éco-contribution payée par les fabricants et répercutée sur les prix. Son coût global en 2007 : 160 millions d’euros. Pourtant, l’an dernier, 1,3 million de tonnes d’équipements électriques et électroniques sont encore partis à la poubelle.

Sources de cet article

- Le site de l’Insee (voir « La mesure du pouvoir d’achat et sa perception par les ménages ) »

- Le site du Conseil national de l’information statistique (voir « De la perception à la mesure du pouvoir d’achat », chroniques du Cnis, n° 4, mars 2006)

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