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28-10-2015
Mots clés
Emploi
France
Interview

« La population va devoir migrer en masse vers le travail indépendant »

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« La population va devoir migrer en masse vers le travail indépendant »
(Crédit photo : Léa Crespi / Pasco & co)
 
Nicolas Colin, entrepreneur et inspecteur des finances, estime que notre système social doit s’adapter à l’essor de l’économie collaborative, avec notamment la création d’une Sécurité sociale dédiée.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 72 - novembre 2015

Comment le capitalisme va croquer l’économie du partage

Faut-il avoir peur de l’impact social de l’économie collaborative ?

Il est vrai qu’elle provoque une montée en puissance des travailleurs indépendants. Jusqu’à présent, ils étaient considérés comme des marginaux, qui refusaient par principe toute protection. Ils n’étaient pas assez nombreux pour que l’on mette en place un système sur mesure. Dans le salariat, les agents exercent majoritairement des activités routinières, ce sont donc les personnes que l’on peut remplacer par des robots ou des logiciels. La population active va devoir migrer en masse ces prochaines années vers le travail indépendant. Il faut une protection sociale pour que ces emplois ne soient plus perçus comme précaires mais comme attractifs.

Selon vous, le modèle danois est une bonne piste. Comment faudrait-il s’en inspirer ?

Le modèle danois, qui est la forme la plus aboutie de « flexisécurité », a beaucoup d’avenir, car il sépare la protection sociale universelle de la situation professionnelle. On est couverts par la protection sociale de façon continue et fluide, même si on change d’emploi, même si on quitte un emploi salarié pour créer son entreprise ou devenir travailleur indépendant. Une sécurité accrue pourvue par une protection sociale universelle doit être couplée avec une flexibilité plus importante qui tient compte de la plus grande volatilité de la vie économique. C’est un nouvel équilibre dans lequel les risques sont moins couverts par les entreprises et davantage couverts par la solidarité nationale.

Vous plaidez pour la création d’une Sécurité sociale parallèle. Quelle forme prendrait-elle ?

Une Sécu parallèle servirait à couvrir des risques propres à l’économie numérique et à nouer des relations en ligne avec les assurés. Il faut pouvoir accéder à son compte par Internet et faciliter la transparence sur les droits. Sa forme est donc celle d’une application à laquelle on peut accéder sur ordinateur, sur mobile. On aurait la possibilité d’échanger par mail, de recevoir des notifications, de partager des informations avec son réseau social. C’est aussi créer une plateforme de services Web, sur laquelle on branche d’autres applications, pour que chaque assuré puisse accéder à son compte d’activité par l’intermédiaire de l’application particulière proposée par sa mutuelle, par son comptable ou par une entreprise d’économie collaborative.

Qui doit mettre en place cette Sécu parallèle ?

C’est aux pouvoirs publics de la tester, à petite échelle, dans une démarche d’innovation impliquant les utilisateurs, comme le ferait une start-up cherchant à amorcer une nouvelle activité. Le compte personnel d’activité (1), chantier important du quinquennat de François Hollande, est un dispositif sur lequel on pourrait s’appuyer. Si les pouvoirs publics ne s’attaquent pas à ce chantier, les entreprises et les travailleurs s’en occuperont eux-mêmes. A la fin du XIXe siècle, les patrons et les ouvriers ont créé les premières sociétés de secours mutuel et donné naissance au mouvement mutualiste.

Faudrait-il cotiser moins quitte à percevoir moins, comme dans le régime social des indépendants ?

Non. L’idée que les indépendants cotisent moins et sont moins bien couverts trouve son origine dans le compromis forgé à la Libération. Les indépendants principalement, les commerçants et professions libérales ne voulaient pas être dans la même Sécu que les salariés. Ils voulaient payer moins, d’où un régime minimaliste. Les indépendants de l’économie collaborative ne sont pas dans cet état d’esprit. Ils seront plus nombreux et probablement moins corporatistes. Ce seront des gens comme vous et moi, qui savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, mais ne sont pas hostiles à l’idée de solidarité. Ce sont aussi des individus qui n’immobilisent pas un patrimoine – comme la patientèle des médecins ou la licence des taxis – pendant leur vie professionnelle, un actif à revendre pour financer leur retraite.

Quels autres risques, assumés par les indépendants, faudrait-il prendre en compte ?

L’économie numérique concentre la richesse dans les grandes villes et y attire toute la population active. Du coup, elle provoque une hausse continue des loyers. Avec des revenus volatiles, des situations de multi-activités, comment accéder à un logement de plus en plus cher ? C’est un défi pour la protection sociale. D’autres risques deviendront critiques comme l’accès au crédit : comment emprunter de l’argent quand on ne peut plus présenter à son banquier une situation professionnelle stable ? Il faudra apprendre à mesurer différemment les profils de risques, par exemple en prêtant à un chauffeur Uber sur la base de la note mise par ses clients.

(1) Compte qui regrouperait, tout au long de la vie, les droits qu’acquiert un salarié en travaillant

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