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23-09-2015
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Sciences
Climat
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Interview

Luc Jacquet : « L’histoire de Lorius est plus utile qu’un énième plaidoyer »

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Luc Jacquet : « L'histoire de Lorius est plus utile qu'un énième plaidoyer »
(Crédit photo : Sarah Del Ben / Wild Touch)
 
Après les manchots empereurs et les forêts, le réalisateur met en avant le parcours du glaciologue Claude Lorius, dans « La Glace et le ciel ». Son ambition ? Œuvrer pour le climat par l’émotion.
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N° 71 - octobre 2015

« Et si les migrants nous sauvaient ? »

La photo du petit Aylan va peut-être enfin faire bouger les gouvernements sur la situation des migrants. Espérez-vous une même prise de conscience sur le climat avec La Glace et le ciel (Voir la critique ici) ?

Il faut faire attention aux amalgames, ne pas confondre ces questions autour des flux de populations et le devenir de l’humanité sur le globe. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que l’on change de modèle. Qui est capable aujourd’hui de dire qu’il faut continuer comme avant ? Face à la catastrophe climatique, on est dos au mur. Ce qui est désespérant, c’est qu’on dispose des solutions pour y arriver.

Un film peut-il changer le monde ?

En tout cas, si on n’essaye pas, on n’a aucune chance d’y arriver ! En toute modestie, je pense à ceux qui menaient le combat pour les droits de l’homme, contre l’esclavage au XVIIIe et au XIXe siècles. On ne leur donnait aucune chance et ils ont fini par triompher…

Quel était l’objectif en commençant ce film ?

Le but premier, c’était de parler autrement de quelque chose qui fout la trouille à tout le monde. Or, la vie de Claude Lorius, c’est la rencontre d’une histoire personnelle et de la grande histoire. C’est lui qui a aidé à comprendre que la glace est un radar pour le changement climatique. Son histoire exemplaire, sa vie extraordinaire sont plus utiles, selon moi, qu’un énième plaidoyer.

Pourquoi Claude Lorius ?

Claude, c’est un type extrêmement charismatique. J’ai été touché par cet homme à l’orée de sa vieillesse qui a tant œuvré pour l’humanité et qui n’avait pas la reconnaissance qu’il méritait : c’est un homme qui a sa place dans les livres d’histoire. En quelque sorte, avec ce film, on a travaillé à la postérité d’un homme. C’est une sacrée responsabilité !

Claude Lorius n’est plus tout jeune : est-ce un problème ou un atout pour toucher le public ?

Ça met dans une position de narration intéressante. On a là un homme qui se penche sur son passé, qui se demande à quoi il a servi, grâce à des archives extraordinaires, avec énormément d’images inédites. Ces archives, ç’a été une course au trésor. On en a récupéré en Russie, aux Etats-Unis, dans les placards des scientifiques… Au moment de la mort de certains camarades de Claude, les familles nous appelaient et nous disaient : « On a trouvé des trucs, ça peut vous intéresser. » Quinze jours, trois semaines avant la fin du montage, on a encore retrouvé des images. Par exemple, l’épisode du glaçon, nous ne l’avions pas et, soudain, on l’a retrouvé, la vraie scène avec le vrai Claude ! C’était très émouvant.

Au-delà du film, La Glace et le ciel, c’est aussi un docu télé, un webdocumentaire, du matériel pédagogique… Pourquoi ce « métaprojet » ?

On ne parle pas d’un sujet aussi vaste avec seulement un film. L’équipe a fait un effort de vulgarisation scientifique considérable ; on s’est donc dit qu’à chaque public correspondrait son outil. Les ados n’iront peut-être pas voir le film en masse, mais le webdocumentaire les séduira.

Vous partez en Antarctique en octobre. Pourquoi cette mission ?

L’objectif, c’est de proposer pendant la COP21 un témoignage en direct, dans un lieu symbolique pour moi, dix ans après La Marche de l’empereur, avec cette espèce qui m’a tant donné. On enverra tous les jours des photos et on expliquera le climat à travers l’émotion, via ce lien affectif et esthétique, plutôt qu’en martelant un discours et des concepts.

Terra eco consacrait son dossier du mois dernier aux aventuriers. Vous considérez-vous comme tel ?

L’aventure, c’est quand on est mû par l’envie de passer le pas de sa porte. Ce n’est pas forcément une question d’éloignement, c’est quand on navigue sans carte. J’ai été nourri de Cook (navigateur du XVIIIe siècle, ndlr), de Durmont d’Urville (explorateur français du XIXe siècle, ndlr), de Claude Lorius… J’ai été fasciné par les grandes expéditions naturalistes du XVIIe et du XVIIIe siècles, par ceux qui ont dessiné sur les zones blanches de la carte. Je crois aujourd’hui qu’on a besoin de réenchanter le monde. La terre, ce n’est pas que des élevages de cochons avec des puits de pétrole autour !

Etes-vous optimiste ou pessimiste ?

Je vais utiliser une métaphore : dans le blizzard, on ne se demande pas si on est optimiste ou pessimiste, on fait tout pour en sortir vivant.

Croyez-vous à une issue positive de la COP21 ?

Les politiques ont rendez-vous avec l’histoire. Qu’ils soient à la hauteur de leur responsabilité. Laissons-leur cette opportunité. J’ai un espoir… vigilant. —

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