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15-02-2007
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Finance
Education
France

Université : poches vides et système D

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Amphis bondés, locaux vétustes... Les facs françaises peinent à remplir leur mission. L'idéal de l'université gratuite et universelle cache le royaume de la débrouille et des bouts de ficelle.
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Deux ou trois sacs à enjamber, un groupe d’étudiants à bousculer avant d’atteindre la porte de l’amphi. Cyrille traverse les couloirs sombres de l’UFR des langues à l’université de Caen. Sur les murs de ce bâtiment construit après-guerre, la peinture s’écaille. Alors quand on lui demande ce qu’il pense de ses conditions d’études, le jeune homme blond soupire. « Je n’aime pas me plaindre, mais quand je me souviens du premier trimestre avec les amphis pleins à craquer, quand il fallait arriver vingt minutes avant le cours pour être sûr de pouvoir entrer, je me dis que ce n’est pas très digne de la France. » Pas de doute, les universités de l’Hexagone vont mal. Etudiants, présidents d’université et enseignants entonnent le même refrain : il faut agir.

Mais difficile d’entamer une réforme radicale du système sans susciter une contestation générale. Un risque qu’aucun politique ne veut prendre en cette période délicate de pré-élections. Alors en attendant le printemps, les universités doivent se débrouiller, les poches vides.

Main dans la main avec l’Etat

Le système actuel de financement des universités françaises date en partie de la loi Savary votée en 1984. Sur le papier, celles-ci s’autogèrent. Autrement dit, elles élisent à leur guise les partenaires avec lesquelles elles signent des contrats. Mais l’Etat demeure le premier de ces partenaires dans le cadre des contrats quadriennaux de développement de l’université. L’Europe, les régions, et un tout petit nombre d’interlocuteurs privés forment le reste de ses partenaires. Les universités reçoivent aussi chaque année une somme versée par le ministère de l’Education nationale : la dotation globale de financement (DGF). Celle-ci vise à garantir le fonctionnement concret de l’université : entretien des locaux, électricité, chauffage, etc.

Solution n°1 : se regrouper

Bien entendu, un établissement accueillant 3 ?000 étudiants ne reçoit pas la même dotation que celui qui en accueille 10 000. Depuis 1991-92, la DGF est calculée selon un système de répartition complexe baptisé San Rémo. Celui-ci, soulignait le rapport Laugenie en 2001, « a fonctionné de 1993 à 1996-97 » seulement. Depuis, il attire toutes les critiques. Son principe est simple - la DGF est calculée selon le nombre d’étudiants inscrits à l’université l’année précédente - et son résultat sans appel ? : au-dessous d’une certaine taille, les universités sont pénalisées dans leur fonctionnement. Les 85 établissements français ont donc intérêt à se démener pour attirer le plus d’étudiants possible.

A moins d’employer la ruse et de regrouper par exemple plusieurs universités pour n’en faire qu’une. En décembre dernier, les trois établissements strasbourgeois ont ainsi annoncé leur fusion pour 2009. Une solution illusoire pour le président de la Sorbonne (Paris), Jean-Robert Pitte. Ce franc-tireur du milieu universitaire qui assure « dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ». « Si vous mettez le Mali, le Niger et le Burkina Faso ensemble, ça ne donne pas un grand pays riche. Cela fait juste un grand pays pauvre », ironise-t-il sous les boiseries de son bureau de la rue Saint-Jacques. Pour lui, pas de doute : il faut réformer entièrement le système avec une augmentation drastique des droits d’inscription compensée par des bourses sur critères sociaux et au mérite. Et des prêts d’honneurs établis par les banques.

S’allier avec le privé

En attendant cette hypothétique réforme, d’autres établissements, à l’instar de Paris-Dauphine, ont décidé de donner une plus grande place aux contrats avec des partenaires privés. L’université parisienne a ainsi signé il y a deux mois quatre partenariats avec les AGF, Axa, Calyon, EDF et Groupama.

Une pratique courante à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, mais aussi dans de nombreuses écoles de commerce françaises. Pour les partisans de ce rapprochement université-entreprises, tout le monde y gagne. Car si l’université s’ouvre ainsi plus concrètement au monde de l’entreprise, cette dernière s’en tire à un prix raisonnable. Ainsi, à Dauphine, chacune des quatre chaires financées par le privé sera dotée d’un budget de 300 000 euros par an. Autre atout pour les facs : l’espoir d’appâter des étudiants impatients de se rapprocher des entreprises pour décrocher le gros lot : un emploi. L’Unef, syndicat étudiant majoritaire n’est pas contre. Mais sous conditions. « Les entreprises sont les premières à bénéficier de l’élévation du niveau de formation, aussi est-il normal qu’elles soient mises à contribution. Mais le financement des entreprises doit être encadré par l’Etat », explique Sophie Binet, membre du bureau national du syndicat

Saler la facture

Autre tentation : augmenter les droits d’inscription individuels, même si ceci est illégal. En juillet et pour la onzième année, l’Unef a ainsi publié son classement des « universités hors-la-loi » dénonçant la cinquantaine d’établissements qui ne respectent pas le barème des frais d’inscription prévu par la loi. La palme revient à Aix-Marseille-III qui fait payer 3 ?500 euros pour certains mastères. Pour les autres, ces dépassements parfois minimes ne sont pas inclus dans les droits d’inscription mais dans des frais de dossier ou dans l’inscription à la bibliothèque.

Mais la dernière innovation en matière de développement financier des universités vient tout droit de La Sorbonne. La plus vielle université française a ouvert à la rentrée dernière une antenne à Abu Dhabi, aux Emirats Arabes Unis. Un établissement régi par le droit local, dont les frais d’inscription atteignent 15 ?000 euros par an. Evidemment, les étudiants bénéficient de conditions de travail privilégiées. Pour Jean-Robert Pitte, c’est un « laboratoire extraordinaire où l’on fonctionne avec des moyens normaux ». Le budget s’élève à 10 millions d’euros pour 126 étudiants, ce qui doit laisser rêveurs les 126 000 « sorbonnards » qui fonctionnent avec 80 millions annuels, une broutille. Mais une partie des droits d’inscription à Abu Dhabi est reversée à La Sorbonne. « Cela ne nous coûte rien et ça rapporte, un peu pour le moment, certainement beaucoup dans quelques années, reconnaît le président des lieux. Mais ça n’est qu’une des facettes du projet. » On est loin de l’idéal tricolore de l’enseignement universitaire ouvert à tous, sans sélection.

Syndicats comme présidents des universités espèrent bien que le statut des universités sera l’un des enjeux de la campagne présidentielle. L’Unef estime qu’il faudrait investir « trois milliards d’euros » dans l’enseignement universitaire pour le remettre à flot. Pour le moment, les promesses des candidats restent au stade de proposition de financement ou de grands discours sur le besoin de réforme. Qui osera faire trembler les bancs des amphis ?


Bonnet d’âne pour l’Etat français

En 2005, l’Etat français a dépensé en moyenne 8 ?940 euros pour chacun des 1 788 500 étudiants de l’enseignement supérieur. La moyenne des pays de l’OCDE se situe à 10 ?655 euros. Un étudiant en université « coûte » pour sa part 7 ?210 euros par an, contre 13 ?560 en classe préparatoire aux grandes écoles et 10 ?890 dans les IUT. L’Etat dépense 8 ?650 euros pour un lycéen. La part du budget de l’Education nationale (118 milliards d’euros) consacrée à l’enseignement supérieur s’élève à 17,5 ?%.

Source : ministère de l’Education nationale

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