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« La stratégie du choc » de l’industrie nucléaire française

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« La stratégie du choc » de l'industrie nucléaire française
(Photo : Anne Lauvergeon, présidente du groupe nucléaire français Areva. Crédit : Munich Security Conference (2010) / Flickr)
 
Le drame de Fukushima peut-il représenter une opportunité ? L’analyse de la stratégie de communication actuelle de la filière nucléaire par Arnaud Gossement, avocat en droit de l’environnement.
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Henri Guaino, conseiller spécial du Président de la République a dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas au sein de la filière nucléaire française : l’accident nucléaire au Japon pourrait favoriser l’industrie française dont la sécurité est une marque de fabrique. Prié de dire si les évènements au Japon auraient un impact négatif sur cette filière lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro du 13 mars, Henri Guaino a déclaré :« Je ne crois pas » avant d’ajouter « Je dirais même le contraire puisque précisément la France s’est surtout manifestée par son souci de la sécurité ». Et de conclure : « Donc, je crois que ça devrait plutôt favoriser notre industrie nucléaire par rapport aux industries d’autres pays où la sécurité est passée au peu plus au second plan ».

En clair, la catastrophe nucléaire en cours ouvre un nouveau marché, celui de la sécurité nucléaire que pourrait bien conquérir nos entreprises. Pour Henri Guaino, il est donc possible d’appliquer la théorie du verre à moitié plein : des emplois seront peut être créés et des profits réalisés pour vendre le savoir faire nucléaire français. Cette déclaration permet de retourner l’argument selon lequel la France, pays fortement nucléarisé, serait plus exposé qu’un autre à un accident nucléaire. Au contraire, nous dit Henri Guaino : l’hégémonie du nucléaire dans notre pays représente un atout un avantage que nous allons pouvoir désormais exporter.

Nul cynisme de sa part : simplement la conviction profonde que le nucléaire représente un progrès. Il serait bien trop simple pour ne pas dire imbécile de soutenir que les chefs de file du nucléaire sont insensibles au malheur du peuple japonais. Ce qui est intéressant tient à ce qu’en pleine tempête, ils continuent de réfléchir à l’avenir de leur énergie.

La marteauthérapie nucléaire

Cette analyse d’un (très) proche du président de la République peut faire frémir. Elle traduit en réalité bien la stratégie argumentaire des représentants de la filière nucléaire de ces derniers jours, à savoir rassurer la population : non seulement notre nucléaire est « sûr » mais nous allons même l’exporter.

Il faut saluer cette extraordinaire capacité de résilience et de communication d’Areva et d’EDF qui manœuvrent, pour une fois, de concert. Henri Proglio, président d’EDF n’a pas dit autre chose ce matin sur RTL : la crise japonaise constitue une « situation de difficulté » mais pas d’échec pour l’industrie nucléaire, a-t-il ainsi estimé avant de préciser qu’ EDF est prêt à envoyer des moyens techniques et humains au Japon afin d’aider le pays à faire face aux accidents à répétition à la centrale de Fukushima Daiichi.

Vous avez bien lu : point de catastrophe mais une simple « difficulté » laquelle permet à EDF de faire une démonstration de son expertise devant les caméras du monde entier. Une sorte d’opération nucléaro-humanitaire. Interrogée au JT de France 2 le 14 mars, Anne Lauvergeon, présidente d’Areva a indiqué que les accidents japonais entraînerait probablement une demande accrue de sûreté mais que la France était bien placée grâce à sa technologie « sûre ».

C’est donc exactement le même discours qui est répété en boucle dans les médias par les responsables de l’Etat, d’EDF et d’Areva. Une forme de « marteauthérapie » qui consiste à répéter sans cesse le même message pour apaiser et convaincre. Une communication reprise au plus haut niveau de l’Etat.

Une stratégie portée au plus haut niveau de l’Etat

La spécificité du modèle énergétique française tient à ce que les intérêts d’EDF sont aussi ceux de l’Etat et vice versa. A l’occasion d’une déclaration devant le Conseil des ministres de ce jour, le Président de la République a eu ces mots : « La France a fait le choix de l’énergie nucléaire, qui constitue un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre. Ce choix a été indissociable d’un engagement sans faille pour assurer un très haut niveau de sûreté pour nos installations nucléaires. L’excellence technique, la rigueur, l’indépendance et la transparence de notre dispositif de sûreté sont reconnues mondialement. Je demeure aujourd’hui convaincu de la pertinence de ces choix. »

A son tour Nicolas Sarkozy souligne l’ « excellence technique » du nucléaire français – manifestement bien plus sérieux que le nucléaire japonais – laquelle est reconnue « mondialement ». Le Premier ministre s’est lui aussi positionné sur le thème de la sécurité nucléaire en annonçant une campagne de contrôle des centrales nucléaires. Ces contrôles étant confiés à l’Autorité de sûreté nucléaire, laquelle a déjà effectué des visites décennales comme à Fessenheim, on à peine à penser qu’elle accepte, du jour au lendemain, de se dédire et de conclure à la vulnérabilité de notre parc de réacteurs. Cette campagne permettra cependant de mettre une nouvelle fois en avant l’ « excellence technique » du nucléaire « Made in France ».

Le piège du référendum

Face à cette communication de la filière nucléaire, certains écologistes comme Daniel Cohn-Bendit proposent l’organisation d’un référendum. Un piège dont ne manquera pas de se servir EDF ou Areva. D’abord, j’en suis persuadé, ce référendum n’aura pas lieu. Et puis, dans le cas inverse, il risquerait - tant le nucléaire est soutenu à droite comme à gauche -, de profiter aux partisans de l’atome. Un référendum ne permet qu’un vote « oui » ou « non ». Par définition, il simplifie le débat et n’est nullement adapté à des questions complexes comme le précédent du Traité constitutionnel européen le démontre. A cette simplification du débat s’ajoute sa personnalisation, certains votes correspondant à l’adhésion à une personnalité plus qu’à une idée. En résumé le débat devient ainsi « noir » ou « blanc », « pro nucléaire » contre « anti nucléaire ».

Un débat très pauvre autour de questions aussi affligeantes que « une éolienne peut elle remplacer un réacteur nucléaire ? » ou « faut-il remplacer le nucléaire par des centrales polluantes au fioul ou à charbon ? ». Cet appauvrissement du débat profitera aux partisans de l’atome, pas à ceux qui tenteront d’expliquer les concepts plus complexes d’économies d’énergie ou de mix énergétique. Rien ne dit qu’un tel débat permettra aux idées écologistes d’avancer. Noël Mamère a déjà pris ses distances en appelant au vote d’une loi sur le modèle allemand. Pendant ce temps, la communication nucléaire continue.

Sources de cet article

- Lire la thèse défendue par Naomie Klein dans son livre « La stratégie du choc » publié en 2007 : une catastrophe peut aussi représenter une « opportunité » pour des acteurs économiques.

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Avocat, spécialiste du droit de l’environnement.

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  • Bonjour,

    Merci Monsieur Gossement de cette analyse que je rejoins

    Oui les citoyens doivent décider, mais pour prendre une décision il faut avoir la bonne information et un minimum de connaissance des faits

    Pourquoi un référendum dans la précipitation avec effectivement le risque d’être inefficace en terme de démocratie (Cf la constitution européenne) ?

    Nous allons avoir un débat démocratique avec un rendez-vous en 2012, aux citoyens responsables de faire les choix pour leur avenir et celui des générations futures.

    Le constat est que les français se déplacent de moins en moins pour voter.
    Alors prenons nos responsabilités, participons aux débats, demandons des explications à nos élus, bougeons nous et votons !

    Nous verrons bien le taux de participation ce WE.

    Mais il est important maintenant de prendre les bonnes décisions pour notre avenir à tous

    Personnellement, je considère l’énergie nucléaire comme un mal nécessaire mais en aucun cas comme une solution pour l’avenir. Il y a bien longtemps (plus de 20 ans) que les budgets pour la recherche sur des alternatives énergétiques auraient du être prioritaires et que les politiques énergétiques de la France auraient dû être plus ouvertes.

    Ce que ne dit pas non plus le lobby pro nucléaire (à part que l’environnement ça commence à bien faire) C’est qu’en France, nos supers techniciens expert en sûreté n’ont pas encore réussi à "déconstruire" complètement une centrale nucléaire même celle en arrêt depuis plus de 20 ans. Le pire étant qu’ils n’en sont qu’à la découverte du comment faire et que cela coûtera surement plus cher que les coûts de construction et d’exploitation réunis. Rien que cela aurait du faire que ce programme s’arrête de lui-même.

    Au plaisir d’échanger

    18.03 à 07h08 - Répondre - Alerter
  • Vous pointez la capacité du lobby nucléaire pour rebondir sur l’évènement en ayant toutefois la sagesse de reconnaître que cela ne signifie pas l’ignorance des souffrances des japonais. Il n’y a pas lieu de s’étonner d’une telle capacité à rebondir, on la voit partout, en permanence, dans tous les domaines et les tenants des ENR fatales (je préfère "ingouvernables") sont d’aussi bons modèles en la matière.

    Soyons donc honnêtes, chacun fait la promotion des bons côtés de ce qu’il juge meilleur pour la planète, en son âme et conscience pour certains, en fonction de ses intérêts pour d’autres et dénonce les inconvénients et risques pour ce qu’il juge ou prétend nocif.
    Le débat sur les énergies de demain n’a aucune chance de déboucher sur un début de consensus tant qu’il n’y aura pas d’arguments réellement convaincants justifiant l’urgence absolue des actions à entreprendre : ressources planétaires et GES anthropiques.

    Les grands chantiers d’ENR à haut coût pour fournir des énergies ingouvernables qui devraient économiquement être moins chères que les énergies de base n’est vendable à l’opinion que dans un contexte d’une course à l’échalotte où les gagnants d’aujourd’hui risquent fort d’être les perdants de demain. Leur échelonnement sur un plus long terme (fonction des réserves connues et de preuves plus crédibles et chiffrables sur l’anthropie des GES) permettrait de faire moins d’erreurs de choix de filière et également d’éviter de surtaxer les populations.

    17.03 à 22h47 - Répondre - Alerter
  • Vous avez raison sur l’analyse de la stratégie de communication.
    En même temps, il faut prendre le risque d’organiser un référendum précédé d’un large débat démocratique, car au parlement on ne trouvera pas de majorité (pour les raisons que vous dites d’ailleurs) prête à changer de cap.
    Ce qui peut aussi peser, c’est le niveau européen (voir cet extrait d’une dépêche AFP en ligne aujourd’hui sur le Monde) :

    "Les sociaux-démocrates allemands (SPD/opposition) veulent lancer une initiative citoyenne européenne avec l’Autriche pour sortir l’Union européenne du nucléaire, a annoncé son président Sigmar Gabriel jeudi.

    "Nous sommes convenus, le chancelier autrichien Werner Faymann et moi-même, que nous voulions entamer une initiative en Europe pour sortir de l’énergie nucléaire", a déclaré M. Gabriel dans le quotidien Bild.

    "Les citoyens européens doivent décider, et non les lobbyistes du nucléaire au sein des entreprises et des gouvernements", poursuit-il. "Heureusement il y a pour cela un nouveau droit en Europe : l’initiative citoyenne européenne".

    17.03 à 11h43 - Répondre - Alerter
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