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2-03-2009

Fiction. Visitez Rennes, ses oasis, ses hamacs…

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Le coup de chaud arrive, alors autant y faire face avec ingéniosité. C’est toute la philosophie de "Et alors" , jeune collectif d’architectes qui a imaginé la cité bretonne avec 6° de plus.
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C’est revenu plusieurs fois dans la conversation : « A côté. » Et parfois même : « On a essayé d’être hors sujet. » C’est de là qu’ils tiennent leur regard de biais, c’est comme ça qu’ils surprennent. Ils sont quatre – une fille et trois garçons –, sont nés en 1981 et se sont projetés très loin : ça aurait quelle gueule, une ville de France – prenons Rennes – en 2100, quand la température terrestre aura grimpé de 6° , selon les pires prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ?

Sur les photos retravaillées de leur projet, les rues sont ponctuées d’oasis, des maisons s’enroulent autour d’un aqueduc. Des extensions d’appartements s’accrochent comme des cabanes aux façades nord des immeubles : en 2100, plus personne ne se réjouit d’être exposé plein sud. Un arrêté prévoit que les habitants gèrent l’eau pluviale qu’ils reçoivent : comme chacun crèche sur une parcelle de terrain, chacun habite aussi une parcelle de ciel.

Stop à la culpabilisation

Au départ, Rennes + 6° constitue leur projet de fin d’études. Le quatuor s’est rencontré à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Bretagne, à Rennes. Thomas Jouffe revient d’une année Erasmus à Berlin « où l’approche environnementale est plus poussée qu’en France ». Cécile Leroux était, elle, à Venise ; Yannick Gourvil et Julien Morel en stage dans une agence d’urbanisme. « On s’est simplement demandé : “ Quelles seront les réalités sociales et culturelles de demain, dans lesquelles nous devrons nous inscrire ? ” », raconte Yannick Gourvil. Le projet du collectif Et alors ? est une sorte de fiction architecturale. « Nous développons des hypothèses jusqu’à l’absurde, poursuit Yannick Gourvil. Notre travail se nourrit d’impasses, mais en bougeant les impossibles, on découvre une idée qui marche. » C’est là qu’ils sont « à côté ». Pendant que certains font des tours haute qualité environnementale (HQE), les quatre diplômés écrivent.

« Nous devons nous faire à l’idée que le réchauffement global est lancé. Nous devrons vivre avec, et chercher à en tirer profit. » Blasphème ? « J’ai toujours un doute quand on me dit : “ Il faut faire ci ou ne pas faire ça ”, avoue Yannick Gourvil. Les gens ne vont-ils pas se lasser si on joue sans cesse sur leur culpabilité ? Il faut avoir confiance en l’homme. Peut-être saura-t-il faire quelque chose de bien de cette nouvelle donne. » Au passage, le collectif secoue quelques normes architecturales. C’était déjà le cas à l’école. Plutôt que dessiner un beau bâtiment estampillé HQE, ils préfèrent décliner une « méthode ». Découper une bande de 10 km2 du centre-ville rennais jusqu’à la périphérie sur laquelle ils appliquent un climat à + 6° .

Méthodiquement, ils dressent une carte thermographique de leur lambeau de terre : sur le terrain, ils relèvent tous les 100 mètres chaque espace vert, chaque bout de bitume. Ils pixellisent la ville : les mètres carrés les plus humides en vert, ceux qui concentrent la chaleur en rouge. Et à partir de ce modèle, ils vont imaginer l’implantation d’un bassin de rétention à la place d’un échangeur routier, l’installation d’un voile géant sur une artère exposée au soleil.

Vive l’utopie Le projet Rennes +6° s’est vite décliné en exposition. Et les jeunes architectes se font remarquer. « Leurs recherches permettent de lancer des réflexions auprès des mairies, de sensibiliser les citoyens, sans donner une vision catastrophiste des changements climatiques », témoigne Sylvie Lacassagne, d’Energie-Cités, qui réfléchit avec un millier de villes européennes à la politique énergétique durable (lire ci-dessous). De ville en ville, de fiction en fiction, Et alors passe au concret. Avec Paola Pfenninger, une architecte allemande, il vient de décrocher le prix W 2008 de la fondation Wilmotte : greffer un bâtiment de 2 00 m2 sur le site d’un château d’eau, au sud de Rome. « Sur la gestion de l’eau, sur l’emprise du bâtiment au sol, analyse Thomas Jouffe, nos utopies nous ont concrètement aidés. » — www.etalors.eu


Un projet surchauffé qui fait des émules

A leur demande, Avignon et Dunkerque se sont aussi fait tirer le portrait avec + 6°. Car si « l’alarmisme n’incite pas à agir », comme le dit Sylvie Lacassagne, il en va autrement avec la sensibilisation. En 2100, la mairie nordiste aura été repeinte en blanc. Au loin, on distinguera des éoliennes offshore. Et comme le niveau de la mer aura grimpé, un canal coupera la ville en deux, les métros seront aériens. On aura aussi bâti de nouveaux logements, car Dunkerque sera devenue le point d’arrivée de réfugiés climatiques.

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