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6-10-2011
Mots clés
Santé
Alimentation

« Il faut protéger les femmes enceintes et les enfants »

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« Il faut protéger les femmes enceintes et les enfants »
(Crédit photo : Thesoftlanding - flickr)
 
Le bisphénol A revient à l'Assemblée. Cette fois-ci, il ne s'agit pas seulement de l'éliminer des biberons mais de tous les contenants alimentaires. Mais pour Eric Houdeau, toxicologue, une interdiction totale n'est pas forcément nécessaire.
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Eric Houdeau est chercheur au laboratoire « Neurogastroentérologie et nutrition » de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra)

Terra eco : L’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, ndlr) a publié deux rapports qui concluent à la dangerosité du bisphénol A à faible dose. Est-ce important à votre sens ?

Eric Houdeau : La mise au point était nécessaire. L’Anses a fait le tour des études publiées aux quatre coins du monde. Elle reprend les données concernant l’impact du bisphénol A (BPA, ndlr) sur différentes fonctions de l’organisme (1) et montre des effets avérés chez l’animal et suspectés chez l’homme. C’est un document de synthèse indispensable, pour les autres autorités sanitaires, pour nous les chercheurs et pour le public qui peut ainsi mesurer les enjeux entourant ce composé chimique.

Pourquoi les effets ne sont-ils pas avérés chez l’homme ?

Pour cela il faudrait attendre 18 ou 20 ans, que le fœtus dans le ventre de sa maman ait atteint l’âge adulte et que d’éventuelles pathologies apparaissent. Mais si on attend 18 ans, on risque de passer à côté d’un grave problème de santé publique ! C’est pour cela qu’il est recommandé d’appliquer le principe de précaution dès aujourd’hui sur la base d’études animales. Après tout, on utilise le même procédé pour tester les médicaments. Certes l’homme n’est pas un gros rat mais nous sommes tout de même des mammifères comme lui, les effets sur notre métabolisme peuvent être similaires.

Pour la première fois l’Anses a montré que le Bisphénol A avait des effets à faible dose. Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est le propre des perturbateurs endocriniens, comme celui des hormones. On peut observer des effets sur la glande mammaire, l’intestin, à des doses très inférieures à la dose journalière admissible (DJA) (2). C’est pour cela que certains acteurs comme le Réseau Environnement Santé préconisent de bannir carrément le BPA dans les produits de la consommation courante. Car pour éviter tout effet, il faudrait tellement descendre la DJA que les industriels n’auraient plus intérêt à utiliser du BPA et qu’ils devraient trouver des substitutions.

Et vous qu’en pensez-vous ? L’interdiction totale du BPA dans les produits en contact avec l’alimentation est-elle la bonne solution ?

Pas forcément. Il faut quand même rappeler que la dangerosité des perturbateurs endocriniens en général, et du bisphénol A en particulier, varie selon l’âge des individus. Il existe une fenêtre critique d’exposition pendant la vie in utero, la période d’allaitement et sans doute jusqu’à la puberté. Car pendant son développement, l’individu est très sensible aux hormones. En revanche, une quantité similaire de BPA, chez un adulte qui n’est pas en cours de grossesse, ne provoquera pas beaucoup de désordres. Moins qu’une pilule contraceptive par exemple. Je crois qu’il faut déterminer pour qui le produit est dangereux et restreindre son usage pour ces catégories de population. D’autant que si on interdit complètement le BPA, il faudra avoir recours à des substituts… dont on ne connaît pas forcément la dangerosité.

C’est-à-dire ?

Nous n’avons pas de données toxicologiques importantes sur ces substituts potentiels tandis qu’on en a beaucoup sur le bisphénol A. On risque alors de se retrouver dans dix ans dans la même situation, à tirer la sonnette d’alarme sur ces nouveaux produits. Par ailleurs ces substituts n’existent pas nécessairement.

Pensez-vous qu’un étiquetage serait nécessaire pour signaler la présence de BPA ?

Sur les plastiques, on trouve déjà un petit triangle avec, à l’intérieur, les chiffres 1 à 7. Le BPA se trouve sous la catégorie 7. Mais qui va soulever tous les contenants plastiques pour lire cette information ? Par ailleurs l’information est absente des boîtes de conserve ou des cannettes qui ne sont pas considérées comme des matières plastiques.

Je pense qu’on pourrait plutôt imaginer un sigle très visible et destiné aux populations à risque. Sur les bouteilles d’alcool, vous trouvez par exemple le corps d’une femme barré qui montre que le produit leur est déconseillé. On pourrait faire la même chose avec le BPA en y ajoutant un sigle pour les nourrissons et enfants en bas-âge. Il faut en tout cas que le consommateur soit vigilant. Mais pour cela il faut l’éduquer. Et pas seulement sur le BPA mais sur tous les perturbateurs endocriniens.

A lire aussi sur terraeco.net

(1) Sur les systèmes reproducteurs mâle et femelle, le cerveau, le métabolisme lipidique et glucidique, le système cardio-vasculaire, la thyroïde, le système immunitaire, l’intestin, la prostate, et le sein.

(2) La dose journalière admissible est la quantité de substance qu’un individu peut théoriquement ingéré quotidiennement sans risque pour la santé.

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