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16-03-2006
Mots clés
Finance
Social
France

Chômeurs sans le sou

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Depuis janvier, l'indemnisation des chômeurs a changé. Les perdants sont nombreux. Les gagnants beaucoup plus rares.
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Quand le panier est percé, soit il faut en changer, soit il faut raccommoder. L’Union nationale pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Unedic), qui gère les 26 milliards d’euros de l’assurance-chômage a choisi. Coupes claires dans les dépenses et nouvelles formules d’indemnisation, le moindre sou vaut désormais son pesant d’or. Objectif : combler le déficit de 13,5 milliards d’euros.

Pourquoi ce trou ? Rien de plus simple. Chômage et précarité ont pour conséquence de diminuer les ressources de l’Unedic - les cotisations des salariés et des patrons - et d’accroître ses dépenses - les allocations versées aux chômeurs. Un double effet redoutable. Du coup, les partenaires sociaux se sont assis à la table. Bilan des palabres : "accord a minima", selon Alain Lecanu, de la CGE-CGC, "pour sauver le régime", ajoute Michel Jalmain, de la CFDT. De son côté, le Medef a applaudi "une mouture guidée par l’intérêt général", tandis que la CGT, suivie de FO, ont préféré ranger leur stylo. Car les syndicats ont dû s’incliner.

Leur projet, qui consistait à imposer des cotisations patronales supplémentaires sur les emplois précaires (CDD, intérim), a été abandonné en cours de négociation. Hormis une minuscule augmentation de 0,04 % des cotisations patronales et salariales, rien de neuf du côté des recettes. Et si la moitié des 2,6 millions de demandeurs d’emploi ne bénéficient déjà d’aucune indemnité, c’est pourtant bien du côté des dépenses qu’on a rogné.

Les négociateurs, issus des syndicats de salariés et des confédérations patronales, sont tombés d’accord pour allonger dans certains cas la durée de cotisation requise pour bénéficier des précieuses allocs. En résumé, pour être indemnisé, il faut désormais avoir comptabilisé davantage de mois de travail. Dans le jargon de ces vieux routiers de l’assurance-chômage, on appelle cela la "réorganisation des filières d’indemnisation", ce qui sonne tout de suite mieux. Et pour s’y retrouver dans les quatre catégories inventées par l’Unedic, mieux vaut lire entre les lignes.

- Catégorie B - "La premium" : Auparavant, il fallait avoir cotisé au moins quatorze mois au cours des deux années précédent le chômage pour bénéficier de 23 mois d’allocations. Les deux tiers des demandeurs d’emplois indemnisés se trouvaient dans ce cas de figure, dénommés "filière B", à ne pas confondre avec les films de séries B ! Changement de donne : seize mois de cotisation sont désormais requis au cours des 26 mois précédent le chômage pour avoir droit à la même durée d’indemnisation. La différence ? D’après la CGT, ce sont quelque 100 000 chômeurs à qui manquent les deux mois décisifs, qui du coup n’auront plus droit à 23 mois d’indemnisation.

- Catégorie A+ - "La séance de rattrapage" : Les chômeurs malchanceux qui n’ont pas suffisament cotisé tombent dans une nouvelle filière, que l’Unedic a baptisé A+. Pour décrocher la timbale - des allocations pendant un an - la règle est simple : avoir cotisé au moins douze mois lors des vingt mois précédents. Pour deux mois de cotisation manquants, c’est donc une année d’allocation qui passe à la trappe.

- "Catégorie D" - "Les vieux par la fenêtre" : Auparavant, les chômeurs seniors (plus de 57 ans) avaient droit à 42 mois d’allocs sous certaines conditions, un régime exceptionnellement favorable. Au placard. L’objectif est de relever l’âge moyen de la population active occupée (c’est-à-dire effectivement au boulot), un dessein partagé par l’OCDE et les gouvernements des pays de l’Union européenne. Les partenaires sociaux ont donc supprimé cette "filière D", trop coûteuse pour l’Unedic. Ce qui n’empêchera pas les employeurs de se débarrasser des employés plus âgés, jugés moins efficaces, dès qu’il s’agira de couper dans la masse salariale.

- "Catégorie A" - "Le menu minceur" : Pour cette catégorie, pas de changement. Comme dans le passé, les chômeurs ayant cotisé au moins six mois au cours des 22 derniers mois ont droit à 7 mois d’indemnités.

A ces modifications s’ajoute "l’accompagnement personnalisé" des chômeurs. Censé faciliter la recherche d’emploi par un suivi attentif, ce dispositif vise aussi le contrôle accru des chômeurs, et le cas échéant, leur radiation par l’ANPE dont ils dépendent. Dans ces conditions, en cas de pépin il reste naturellement... le bon vieux système D, qui semble être une filière d’avenir pour un nombre croissant de demandeurs d’emploi.

Bilan des courses : le réaménagement des filières va provoquer l’amputation des droits de 183 400 chômeurs. Au cours des trois années à venir, 36 500 demandeurs d’emplois se verront même exclus du régime d’indemnisation (auquel ils auraient eu droit sans ces mesures). De son côté, l’assurance-chômage économisera 474 millions d’euros par an.

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