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Demande à FredO

Par Frédéric Chomé
21-06-2010
Mots clés
Sports
Climat
Afrique
Monde

« Avec les émissions indirectes, l’empreinte carbone du Mondial explose »

« Avec les émissions indirectes, l'empreinte carbone du Mondial explose »
(Crédit photo : Dr Motte - Flickr)
« Terra eco » m'a demandé de me pencher sur le bilan CO2 de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. Tout est question de périmètres.

Quand on veut mesurer l’empreinte carbone d’un événement sportif comme la Coupe du monde de football, il y a trois périmètres à prendre en compte. Le premier – celui qui a été mesuré par exemple dans l’étude du département sud-africain de l’Environnement et du Tourisme->10914] - c’est l’organisation de l’événement lui-même, en prenant en compte la construction des stades ou la rénovation des sites, le déplacements des joueurs et des officiels, etc. Le deuxième périmètre, c’est les spectateurs et notamment les supporteurs qui vont venir soutenir leur équipe sur place. Et là, en choisissant l’Afrique du Sud, on ne pouvait pas faire pire en terme de distances parcourues en avion ! Alors oui, c’est « chouette » d’avoir une première Coupe du monde en Afrique, mais si on avait choisi un pays d’Afrique du nord pour l’organiser, comme la Tunisie, cela aurait au moins permis de limiter l’impact carbone des déplacements, surtout quand la majorité des équipes qui participent à ce tournoi sont européennes…

Le troisième périmètre est le plus vaste. Il se situe en dehors du champ direct de l’événement « Coupe du monde » mais lui est directement lié : on peut y inclure la consommation des téléviseurs et des serveurs Internet qui vont tourner pour suivre l’événement, la production de sujets par les médias du monde entier, la fabrication aussi des téléviseurs achetés à cette occasion. Et, puisqu’il s’agit d’un gigantesque événement commercial, l’impact des sponsors et du merchandising. Combien de bouteilles Coca vendues par exemple grâce à la vitrine du Mondial ? Avec ce troisième périmètre, l’empreinte carbone de l’événement explose.

Prenons la télévision. Pour les jeux Olympiques de Londres de 2012, on s’est aperçu que si l’on comptabilisait tous les téléspectateurs, ça représentait le gros de l’impact de l’événement en terme de CO2. Pour le Mondial 2006, on avait assisté à une explosion de la vente d’écrans plats. Il se trouve que chaque Coupe du monde coïncide avec un nouveau saut technologique en matière de télévision. En 2006, les écrans plats, cette année la 3D, et en France le déploiement de la TNT… Les gens rachètent des télés alors que la leur fonctionne encore. Et du coup, on fait de l’obsolescence programmée sur quatre ans ! Il faut quand même avoir en tête qu’un kilo de téléviseur c’est 120 kg de CO2 émis, et un écran LCD pèse 15 kilos en moyenne. Donc, fabriquer une télé neuve aujourd’hui dégage plus d’une tonne et demi de CO2, c’est à dire plus que que l’utilisation moyenne d’une voiture pour un ménage français sur un an. C’est une folie de changer de téléviseur si souvent. On estime à un milliard le nombre de téléviseurs vendus chaque année dans le monde. C’est effrayant.

Aujourd’hui, on limite trop les empreintes carbone à l’organisation de l’événement lui-même, aux domaines sur lesquels l’organisateur à un levier d’action immédiat. Mais en réalité, s’il n’y a pas de sponsors, il n’y a pas de Coupe du monde ! On ne va pas pouvoir continuer indéfiniment à dire qu’on a calculé le coût carbone d’un événement et à s’en contenter. Il va falloir prouver que cela a permis des avancées, qu’il y a des retombées pour les populations locales, que l’événement organisé n’est pas qu’une grosse machine à fric…

Le football a cette image ambivalente de grande fête sportive fraternelle où tout le monde s’embrasse et d’étalement excessif de richesses. Sauf qu’à mes yeux, c’est l’image de ces excès qui domine. Est-ce qu’on peut espérer un jour un football éthique et responsable ? Je pense tout de même que oui. Ça relève de la responsabilité de la Fifa. Si on se base sur les conclusions du rapport Stern, qui préconise aux États de consacrer 1% à 3% de leur PIB pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre, la Fifa pourrait imposer aux clubs de football de consacrer la même part de leur budget à un fonds qui permettrait d’organiser les compétitions dans un esprit plus durable, en impliquant par exemple les sponsors dans des alternatives concrètes. Tout reste à faire.

Mots-clés : Sports | Climat
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A PROPOS

Directeur de Factor X, un bureau de conseil en stratégie climatique et développement durable qui a notamment travaillé sur le bilan carbone des JO 2012 de Londres.

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