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Demande à FredO

Par Frédéric Chomé
24-10-2010

Quel Bilan Carbone pour la France ?

Quel Bilan Carbone pour la France ?
(www.worldmapper.org - Un site à découvrir !)
De nombreuses études récentes se penchent sur les émissions de CO2 françaises. FredO vient ajouter son grain de sel et propose une analyse comparée pour vous aider à vous y retrouver.
PDF - 787.9 ko
GES en France
3 calculs différents - diffusion libre

Depuis quelques temps, on n’arrête plus de communiquer sur les émissions de GES (gaz à effet de serre) de la France. Cette profusion de chiffres à de quoi rendre le citoyen engagé un peu perdu dans des millions de tCO2eq (tonnes d’équivalent CO2).

Je vous propose cette semaine un décryptage à la sauce maison.

La base : L’inventaire national

Ça, c’est celui que tout le monde connait : l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre selon la méthode élaborée par l’UNFCCC (les Nations unies pour faire simple).

GES 2008 en France : 520 millions de tCO2eq

Répartition de ces émissions ?
- 25% transport
- 20% processus et énergie fossile en industrie
- 20% processus et énergie fossile des bâtiments
- 20% agriculture (essentiellement du N20 et du CH4)
- 13% production d’électricité
- 2% fin de vie des déchets

La source officielle pour la publication de ces résultats en France c’est le CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique).

Quelques explications, car c’est pas évident pour tout le monde :

- Ce référentiel permet de calculer la production de GES sur le territoire français ce qui permet aux Nations unies d’additionner les émissions de GES de tous les pays du monde pour aboutir aux émissions mondiales.
- Les émissions liées à l’électricité sont toutes comprises dans « Production d’électricité ». Les émissions des bâtiments sont donc principalement les énergies fossiles pour le chauffage et les fuites de fluides réfrigérants dans les installations de climatisation et les groupe froid.
- Les émissions transports sont calculés sur base des ventes de carburant sur le territoire national. Cette approximation appelle plusieurs remarques :
- Tout déplacement international en avion est exclu de la comptabilisation
- Le transport de marchandises international en bateau est aussi non comptabilisé. [1]
- Le fret de marchandises et les déplacements en voiture sont comptabilisés en fonction des ventes de carburant sur le territoire national. C’est la raison pour laquelle un petit pays comme le Luxembourg a environ 50% de ses émissions de GES dans le secteur des transports (tourisme des carburants bon marché)
- Notez enfin que les vols nationaux sont compris dans le périmètre et que le fret représente au maximum 8% des émissions nationales.

On comprend donc que ce référentiel est très utile pour calculer et comparer l’empreinte carbone des pays et que c’est la raison pour laquelle il est fortement utilisé à l’échelon national.

Selon ce référentiel chaque Français émettrait 520 / 64 = un peu plus de 8 tCO2eq par an. Bien entendu, vous comprenez immédiatement qu’une allocation de GES basée sur une production nationale ne tient pas du tout la route puisqu’en tant que consommateur vous achetez des biens produits à l’étranger, que les entreprises françaises exportent une partie de leur production et que vous dépensez aussi de l’argent lorsque vous êtes à l’étranger. Pour ceux qu’une empreinte carbone individuelle intéresse, je vous renvoie vers un post récent à ce sujet .

La nouveauté : le bilan de la consommation de GES sur le territoire national

La bonne nouvelle, c’est que ce hiatus entre production de carbone et consommation de carbone a été compris par les plus hautes instances françaises et que ces dernières ont publié un Bilan des émissions de Gaz à effet de serre de la demande finale en France. C’est le service Observatoire et statistiques du ministère du Développement durable qui est à la manœuvre [2].

Cette étude enlève les émissions de GES produites sur le sol national et exportées pour compte de tiers et ajoute les émissions de GES des biens produits à l’étranger et consommés en France. Résultat des courses, l’empreinte carbone de la France passe de 530 à 730 millions de tCO2eq, soit une augmentation d’environ 38%, et les émissions par Français avoisinent les 12 tCO2eq par an.

Il semble que la situation soit à ce point critique qu’une méthode ait été développée pour l’ensemble des pays : Carbon footprint of nations. Je vous renvoie vers le site mais n’ai pas encore pris le temps de comprendre leur mode de fonctionnement.

Aucune de ces études ne présente l’évolution au cours du temps de l’empreinte carbone de la consommation française mais elles nous éclairent déjà sur le fait qu’environ 40% de ce dont on a besoin est produit par d’autres, ailleurs, en dehors du périmètre de l’inventaire national des émissions de GES.

Qui croire ? Que Faire ?

L’alternative FredO : combien de GES dans mon PIB ?

Je pense qu’il n’y a en fait pas une seule vérité en la matière mais plusieurs, qui varient en fonction de la question que l’on se pose.

On a déjà vu que le périmètre de l’empreinte carbone des individus est considérablement plus large que la simple allocation des émissions de production ou de consommation de carbone à l’échelon national. Ceci car le périmètre spatial d’intérêt a changé : d’un pays on est passé à un noyau familial, voire un individu.

Chez Factor-X (mon entreprise), nous avons évalué (en ordre de grandeur) les émissions dont la France a besoin pour produire son PIB (sa richesse nationale). Celles-ci reposent sur :
- L’inventaire national de GES (la production de GES par les entreprises sur le sol français
- + les émissions de fabrication de tous les biens entrants sur le sol national
- + les émissions pour acheminer ces biens depuis leur pays d’origine jusqu’en France.

Par chance, la France est un pays organisé où les statistiques sont tenues à jour. Et après quelques recherches, on arrive au résultat mirobolant d’environ 1 500 millions de tCO2eq nécessaires pour produire le PIB, soit 3 fois les émissions nationales !.

Ce chiffre provient du fait qu’en France :
- les importations représentent annuellement 28% du PIB
- l’essentiel des importations en valeur sont des biens d’équipements, des biens intermédiaires et des biens de consommation, dont la fabrication requiert de grandes quantités de GES.
- les principaux pays importateurs en France sont l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et le Royaume-Uni pour Europe, et les Etats-unis et la Chine hors UE. Tous ces pays disposent d’une empreinte carbone énergétique largement moins favorable que celle de la France.

En première conclusion, on peut dire que les émissions de GES sont fonction de la question que l’on se pose. Il est bien évident que l’approche GES pour faire mon PIB n’est pas additionnelle. Toutefois, elle permet d’identifier les zones de dépendance de notre économie nationale et d’en tirer des conséquences globales.

Alors, La France : bonne élève ou pas ?

Dans le cadre du protocole de Kyoto, la France avait l’obligation de stabiliser ses émissions nationales (périmètre Inventaire) entre 1990 et 2010. A deux années du terme (données 2008 publiées en 2010), force est de constater qu’elle a fait mieux que prévu : -6% depuis 1990.

En pratique les émissions de tous les secteurs d’activité ont baissé sauf deux : les transports et les bâtiments. Les raisons de cette évolution à la hausse feront l’objet d’un post ultérieur. Promis.

Peut-on se dire alors que la France est bonne élève ? Oui et non . OUI, car selon le seul système de comptabilisation des émissions de GES en vigueur à l’échelle internationale (et au sein du GIEC notamment, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) la France a effectivement réduit son empreinte carbone.

NON car cette réduction, qui s’accompagne d’une augmentation en parallèle de son PIB, signifie que la France a exporté une partie de sa consommation dans des pays ayant de moindres contraintes environnementales (désindustrialisation) pour les réimporter immédiatement et les « effacer » de l’ardoise carbone nationale.

Par ailleurs, la crise depuis 2008 a eu un effet de ralentissement de l’économie globale qui a également donné un coup de frein aux émissions de GES. Voir notamment à ce sujet une Analyse de Greenpeace publiée le 21 octobre dernier, qui remet en cause les réductions françaises suivant le périmètre de l’inventaire national. Vous en trouverez le pdf ici et l’analyse par Novethic

Bref, c’est pas gagné. pas sûr que les émissions aient baissé également sur le périmètre de la consommation de GES. Une étude menée par Dieter Helm sur la consommation de carbone en Grande-Bretagne indique que les émissions de GES du Royaume_uni auraient cru de 19% au lieu de baisser de 29% entre 1990 et 2005. Pourquoi les conditions seraient elles différentes pour la France ? Espérons que le e Service de l’observation et des statistiques du gouvernement va également mener l’analyse sur le périmètre de la consommation de GES.

+29% pour produire le PIB français

Sur le volet « Combien de GES pour produire mon PIB », nous disposons d’une série de chiffres depuis 1990 qui nous révèlent qu’entre 1990 et 2008, les émissions de GES De la France ont cru de 29%.

Ceci s’explique par la conjonction de plusieurs éléments parmi lesquels :
- le PIB a augmenté sur la période 1990-2008 de +90%
- les importations ont plus que doublé sur la période (+140%)
- la part des importations (en valeur) dans le PIB est passée de 22% en 1990 à 29% en 2008
- l’efficience énergétique mondiale à permis de réduire de 35% les GES nécessaires pour produire 1 million d’euros d’importations
- en conséquence de quoi les GES des importations n’ont augmenté que de 60% sur la période

Conclusion : y’a pas de miracle !

Cette première analyse assez grossière nous montre bien que l’économie n’est pas en mesure de créer des miracles et que le temps n’est pas encore venu où l’on sera capables de produire de la richesse à l’échelle d’un pays en réduisant en valeur ajoutée les émissions de GES.

Au mieux - et c’est ce qu’a fait la France jusqu’à présent - parvient-on à sortir les éléments les plus polluants du bilan pour afficher des statistiques brillantes au niveau international, mais dont le vernis ne tient guère face à une analyse globale des enjeux.

Dès lors, il convient que les citoyens gardent un œil ouvert sur les communications faciles et les slogans miraculeux : le découplage absolu entre croissance et émissions de GES n’est pas pour demain à une échelle globale.

Trois corolaires, pour terminer :
- Ce n’est pas parce que c’est impossible à l’échelle nationale que ce n’est pas faisable à l’échelle d’une région, d’un département, d’une entreprise, d’un projet citoyen, d’une famille : le découplage existe, mais est limité à une petite échelle.
- La croissance économique sera donc continuellement génératrice d’émissions de GES additionnelles soit sur un territoire national, soit en dehors de celui-ci (sauf projets mentionnés ci-dessus).
- La décroissance économique s’accompagne généralement d’une décroissance (voire d’une réduction en valeur absolue, soit un découplage réel) des émissions de GES. Mais ce scénario nécessite de changer de paradigme à l’échelle des échanges mondiaux, régis depuis la nuit des temps par la commerce. Ce qui s’annonce délicat. A nouveau, ce n’est pas une raison pour réfuter les thèses de la simplicité volontaire à l’échelle personnelle.

Ce qui est certain c’est que l’approche cadastrale (l’inventaire) sous-estime grandement la consommation de biens dans son inventaire, ce qui a entraîné les pays européens soumis au protocole de Kyoto à faire de l’efficience énergétique une priorité en laissant de côté la consommation responsable. L’humanité paiera un jour ces 20 années d’inaction sur les fondamentaux de notre économie carbonée.

Cela confirme également l’inefficience d’une taxe carbone basée sur les énergies et renforce le concept de taxation du carbone sur les produits de consommation.

Bonne réflexion.

Cadeau : un powerpoint pour frimer auprès de vos amis avec de belles illustrations pour expliquer tout cela

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GES en France
3 calculs différents - diffusion libre

PS : commentaires bienvenus sur le site ou questions plus personnelles directement à demandeafredo@gmail.com

PS2 : L’image = les émissions de GES mondiales en 2000 par pays selon ipcc, sans transferts de flux.

[1] Pour ces deux postes on ne parvient pas à allouer les émissions aux pays avec la méthode choisie

[2] voir aussi à ce sujet l’étude du CGDD d’août 2010

COMMENTAIRES ( 8 )
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  • En 2006, la Chine est devenu le premier émetteur mondial de carbone devant les Etats-Unis. Une animation intéressante ici

    http://www.bilan-carbone-consultant.fr/2011/03/les-emissions-de-carbone-des-pays-du.html

    6.06 à 16h39 - Répondre - Alerter
  • EnergiesDev : PIB et GES

    "La décroissance économique s’accompagne généralement d’une décroissance des émissions de GES."
    L’évolution du PIB et des émissions de gaz à effet de serre sont intimement liées. Une nouvelle étude menée par le Global Carbon Project publiée dans la revue Nature Geoscience le confirme encore :
    http://www.globalcarbonproject.org/...

    22.11 à 16h02 - Répondre - Alerter
    • Frédéric Chomé : Décroissance économique ?

      Ah oui, vous avez entièrement raison : il y a un lien fort entre décroissance économique et réduciton d’émissions de GEs, que ce soit sur le périmètre réduit national (la production de carbone d’un territoire), ou, plus largement, à l’échelle mondiale (car on a réduction globale de la production et des échanges).

      Loin de moi l’idée de contester cette assertion.

      Par contre le monde en transition nous demande de trouver de nouveaux relais de croissance si on ne veut pas tomber dans la morosité ambiante avec une croissance négative et une inflation galopante....

      30.11 à 05h34 - Répondre - Alerter
  • on se demande pourquoi dans le calcul du GES on n’intègre pas le taux des transports par avion et bateau, c’est là où le bât blesse... ne serait-il pas utile pour la bonne information de l’usager d’exiger un calcul séparé si l’on ne veut pas affoler les statistiques ? toujours le politiquement correct... !!!

    12.11 à 09h05 - Répondre - Alerter
    • En effet, dans les registres nationaux on ne prend que la partie des émissions qui se passe sur le Territoire —> le transport international de passagers et de marchandises ne pouvant être affecté à l’un ou l’autre territoire (on parle d’eaux et d’espace aérien international).

      Rassurez vous toutefois, des estimations de ces flux sont comptabilisés par l’unfccc et donc reprises dans les comptes mondiaux

      18.11 à 08h47 - Répondre - Alerter
  • Dites, si vous comptez imputer au bilan de la France :
    1- sa production
    2- les émissions liées à ses imports
    il faut lui décompter les émissions liées à la production exportée ainsi qu’au transport hors nos frontières.
    Faute de l’avoir fait, quand vous appliquerez votre méthode à l’ensemble du monde, vous compterez deux fois l’ensemble des exports.
    Exemple :
    quand vous ferez le bilan de la Chine, vous lui imputerez la production des biens qu’elle exporte en France. Or vous avez imputé à la France ces émissions au titre des biens importés en France.
    Si vous etes d’accord, pouvez vous faire le calcul pour la France, en retirant les émissions dues à l’export ? L’exercice que vous proposez est très intéressant.

    8.11 à 23h21 - Répondre - Alerter
    • Bonjour et merci pour votre commentaire

      dans le fichier en pièce jointe, vous trouverez 3 approches : celle du SOES qui calcul la consommation de carbone française a effectivement soustrait les productions françaises exportées et ajouté les importations.

      au final le bilan est de 30% plus élevé que l’approche cadastrale. Seul hic, on ne voit pas l’évolution temporelle depuis 1990, sans doute car elle est similaire à celle que j’ai pu calculer.

      en effet, depuis 1990 la part des importations dans le PIB a quasiment doublé....

      18.11 à 08h50 - Répondre - Alerter
  • un article intéressant qui souligne bien le poids non réduit pour l’instant des émissions de C02 lié aux transports et aux bâtiments
    cependant l’article ne dit rien des efforts de la France en matière d’amélioration de l’intensité énergétique c’est à dire produire plus avec moins d’énergie consommée ? un petit essai de géographie : la géographie n’est plus ce que vous croyez fait le point sur cela (chapitre les enjeux du XXI) http://lageographienestplus.wifeo.com

    8.11 à 08h36 - Répondre - Alerter
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A PROPOS

Directeur de Factor X, un bureau de conseil en stratégie climatique et développement durable qui a notamment travaillé sur le bilan carbone des JO 2012 de Londres.

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