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Demande à FredO

Par Frédéric Chomé
20-04-2010
Mots clés
Transports
Climat
Europe
Monde

Combien de gaz à effet de serre suite à l’éruption d’Eyjafjallajökull ?

Combien de gaz à effet de serre suite à l'éruption d'Eyjafjallajökull ?
(Crédit photo : anjči - Flickr)
Tentative de réponse, après 5 jours de blocage du trafic aérien.

Cinq jours après l’éruption du volcan, les premières conséquences économiques sont chiffrées et les meilleurs climatologues nous confirment qu’à ce stade l’éruption du volcan n’aura aucune incidence sur l’évolution du climat ou de la température moyenne de cette année. Mais qu’en est-il des réductions de gaz à effet de serre (GES) causées par l’annulation de plus de 80 000 vols depuis jeudi dernier ?

A première vue, on peut supposer que tous les passagers bloqués vont devoir tôt ou tard rentrer à leur domicile, et que les avions qui ne volent pas depuis 5 jours voleront à une cadence plus importante dès la réouverture du ciel Européen. Dans cette perspective on pourrait croire à un report des émissions de GES de quelques jours.

Toutefois, cette hypothèse ne résiste pas à une analyse plus fine. En effet, plusieurs phénomènes vont entrer en interaction et pourraient avoir des conséquences non négligeables sur les émissions de GES de l’aérien :

- 1. Report modal :

Nous avons tous entendu que cette crise de l’aérien faisait des heureux parmi les modes de transports alternatifs : trains, bateaux, autocars et loueurs de véhicules en tous genres. Ces modes de transport sont 4 à 6 fois moins émetteurs de GES [1] à la personne transportée que l’aérien sur une distance équivalente. On peut donc raisonnablement penser que tous les passagers bloqués qui auront réussi à atteindre leur destination finale par ces modes alternatifs auront sensiblement réduit l’empreinte carbone de leur trajet (même si ce dernier s’est révélé particulièrement pénible et sensiblement plus long en temps et en km parcourus que le trajet en avion). Il est toutefois probable que cette solution ne s’applique que pour une petite minorité de voyageurs, soit ceux qui voyageaient sur une liaison continentale et qui disposaient d’alternatives crédibles tout en ayant eu la chance de trouver une place dans des moyens de transports alternatifs insuffisamment présents pour combler une forte demande. En partant de 83 000 vols annulés et d’une hypothèse de 15% de report modal, nous aboutissons à une économie de GES de l’ordre de 400 000 tonnes de CO2-éq sur la période jeudi-lundi.

- 2. Rattrapage : Les passagers qui auront retardé leur départ prendront forcément l’avion dans les jours qui viennent. Il y a fort à parier que ces avions seront mieux remplis que lors de vols habituels. En tablant sur un taux de remplissage de 90% au lieu de 75% en moyenne habituelle, ce sont près de 12 000 vols qui seront « économisés », représentant environ 1 million de tonnes d’équivalent CO2.

- 3. Effets d’aubaine : Certains n’ont pas hésité à détourner leurs vols pour les faire atterrir sur des aéroports ouverts puis proposer aux passagers des connections avec d’autres modes de transport. L’impact de ces changements de route est très difficilement estimable (pour certains on réduit le parcours aérien mais pour d’autre on l’augmente probablement). Nous ferons ici l’hypothèse que ces trajets restent marginaux en terme d’impact sur les gaz à effet de serre.

Combien de GES économisés ?

Selon nos estimations, le gain en terme d’émissions de GES de l’aérien serait donc de l’ordre de 1,4 million de tonnes d’équivalent CO2, soit 19% des émissions « normalement » émises sur la période (soit 7,5 millions de tonnes de CO2-éq). Ces réductions sont importantes en valeur absolues, elles représentent par exemple les émissions annuelles de 156 000 français, mais au final elles ne « compensent » qu’une journée d’activité française.

A quel Coût ?

L’IATA annonce le chiffre de 200 M de dollars (147 M d’euros) de pertes journalières pour les compagnies aériennes. Sur les 5 journées entre jeudi et lundi, les seules pertes directes des compagnies représentent près de 750 millions d’euros. Toutefois sur cette base il apparaît déjà que les coûts supportés par la société pour réduire une tonne de CO2-équivalent sont de l’ordre de 750.000.000/1.500.000, soit 500 euros par tonne de CO2 évitée.

Conclusion

L’éruption volcanique qui a fermé le ciel européen pendant plus de 5 jours a eu pour conséquence de réduire les émissions de GES de l’aérien d’environ 1,5 million de tonnes de CO2-éq.

Ces réductions se sont effectuées à des coûts exhorbitants : plus de 500 euros pour réduire une tonne de CO2 alors que des centaines de solutions requièrent moins de 100 euros pour aboutir à des résultats souhaités, attendus, et contrôlables.

Au delà de cette analyse, cette crise à montré la forte dépendance de nos sociétés envers le transport aérien et la relative faiblesse des secteurs alternatifs à acheminer des voyageurs bloqués à quelques centaines de km de chez eux. Cette leçon nous montre qu’il reste de beaux jours au développement d’une véritable politique coordonnée de déplacements à faibles émissions de GES en Europe.

[1] Sur base des facteurs d’émission (FE) de la méthode bilan Carbone de l’ADEME, le forçage radiatif est inclus avec un facteur 2 pour l’aérien. Le FE de l’aérien est celui d’un vol long courrier. Le FE des alternatives a été inchangé.

Mots-clés : Transports | Climat
COMMENTAIRES ( 3 )
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    13.10 à 12h50 - Répondre - Alerter
  • Tentative de réponse bien structurée. Beaucoup d’hypothèses, des calculs, quelques critiques. Trop timides à mon goût !
    je propose de nous affranchir le plus possible de chiffres, calculs d’experts qui n’expriment en défintive pas grand chose et qui plus est, sont le plus souvent manipulés dans un sens où dans un autre. Pour l’heure, il me semble que le bilan carbone est une notion dé-responsabilisante.

    27.01 à 17h32 - Répondre - Alerter
  • alain : incoyable !

    C’est tout simplement stupéfiant : 5 jours sans avions equivalent finalement à une journée d’émission de la France ! Et on se creuse la tête à savoir comment réduire nos émmissions, c’est pourtant clair, non ?

    1er.12 à 11h32 - Répondre - Alerter
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