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28-06-2013
Mots clés
Transports
Urbanisme
Ville
France

Pourquoi les poteaux envahissent-ils nos trottoirs ?

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Pourquoi les poteaux envahissent-ils nos trottoirs ?
(Crédit photo : Louise Allavoine pour « Terra eco »)
 
Les villes françaises dépensent des fortunes pour ces potelets censés protéger les piétons. Mais ne faudrait-il pas plutôt repenser la place de la voiture dans l'espace urbain ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 51 - octobre 2013

Gaz de schiste : la bataille de France a commencé

Voici un petit exercice à réaliser lors de votre prochain déplacement à pied en ville. Ouvrez grand les yeux et munissez-vous d’un stylo et d’une feuille de papier. Vous allez devoir tracer un trait sur votre feuille à chaque fois que vous croiserez un poteau, potelet ou plot ressemblant à ça :

Une fois votre trajet terminé, multipliez le nombre obtenu par 30 euros - c’est le prix minimum (hors taxe et hors pose, certains poteaux coûtent jusqu’à 300 euros) de ce « mobilier urbain ». Vous obtiendrez la somme que votre ville a dépensé pour empêcher les voitures de se garer sur votre chemin.

20 000 euros par mois à Bordeaux

Le résultat final est impressionnant (j’ai compté 2 000 euros de plots sur les 300 mètres qui séparent mon logement de ma station de métro parisienne ). Il l’est encore plus à l’échelle d’une ville. Jean-Luc Paret, responsable de la voirie et des espaces communaux de Bordeaux (Gironde), se souvient qu’il n’y avait quasiment aucun mobilier de ce type dans sa ville au début des années 2000, « peut-être 500 en tout ». On en compte désormais près de 50 000. « Aujourd’hui, la vitesse de pose a ralenti, mais on en est à environ 2 000 à 3 000 plots par an, soit un budget total d’environ 20 000 euros par mois. »

Pourquoi tant de plots ? « Quand les habitants voient une voiture garée devant chez eux, ils demandent à la mairie d’installer des poteaux pour que ça n’arrive plus », témoigne Jean-Luc Paret. Mais le problème n’est pas résolu pour autant : « Quand on installe des potelets dans certaines rues, les automobilistes ont l’impression d’avoir le droit de se garer sur les trottoirs des autres rues, où ils ne voient pas de potelets », explique Daniel Lemoine, chargé d’études au Certu (Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques). Ce que confirme le responsable bordelais : « Plus on installe de poteaux, plus les gens se garent loin et plus on doit installer de poteaux. On en arrive à des situations incohérentes, par exemple des poteaux sur des trottoirs d’à peine 50 centimètres. Les piétons y tiennent à peine mais des voitures parviennent à s’y garer donc on installe des poteaux, on n’a pas d’autres solutions. »

« Comme le répulsif pour pigeon »

Bordeaux est loin d’être la seule ville dans ce cas. Le phénomène est national, bien qu’aucun texte juridique ne recommande l’installation de dispositif anti-stationnement aux communes, précise Raphaël Apelbaum, avocat spécialisé dans les marchés publics. En région parisienne, un blog a publié des photos de « l’invasion » des potelets entre 2006 et 2010. A Paris, un recensement récent annonçait 354 642 potelets.

A La Rochelle (Charente-Maritime), « les poses sont très variables mais on a pu installer jusqu’à 1 500 éléments de mobilier urbain anti-stationnement dans une année », indique Pascal Becaud, responsable de ce mobilier dans la commune.

L’invasion est désormais automatique : « Nous travaillons avec le groupe Eiffage. La pose de ces poteaux est systématique lorsqu’il construit de nouveaux lotissements », justifie Emmanuel Rochand, dirigeant de la société Emrodis. Celui-ci vend ses plots de 30 euros (pour les plus petits sans pommeau) à 300 euros (pour les poteaux « à mémoire de forme » ou au design conçu par une commune) et assure recevoir des commandes de nombreuses petites communes : « Certains villages de quelques centaines d’habitants ont beaucoup d’entreprises sur leur territoire et donc un budget par habitant très élevé. Les conseils municipaux sont même souvent tentés de choisir des potelets plus sexys. » Emmanuel Rochand ne défend pas pour autant son produit : « C’est comme le répulsif pour pigeons, ça ne fait pas disparaître le problème mais ça l’éloigne ». « Construire des potelets, c’est la facilité, ça évite de se poser des questions de fond, alors qu’il faudrait revenir à plus de sobriété sur nos trottoirs pour favoriser la marche », défend également Daniel Lemoine.

Et si on faisait autrement ?

Comment éviter de recouvrir nos trottoirs de potelets ? Faut-il construire plus de parkings ? Pas forcément. Une étude réalisée par le cabinet Adetec en 2001 relevait une voiture en stationnement sauvage tous les 70 mètres à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), alors que dans 40% des cas, il y avait une ou plusieurs places libres et gratuites sur la voirie à moins de 50 mètres.

Automobilistes férus de créneau sur les bordures, les lignes qui suivent vont vous déplaire. L’une des solutions est de verbaliser plus, puisque les amendes pour ces infractions sont bien plus faibles en France que chez nos voisins. Mais il faudrait commencer par verbaliser tout court. Car pour l’instant, c’est peu le cas. « La police nationale sanctionne peu les automobilistes mal garés à Bordeaux, où il est difficile de trouver une place », reconnaît Jean-Luc Paret. « Les élus ont peur de déplaire aux électeurs. […] Avant, beaucoup de PV sautaient. Aujourd’hui, c’est moins possible mais, dès qu’une personne verbalisée ou même avertie verbalement en réfère au maire, on a droit à un coup de fil de celui-ci nous demandant de “faire preuve de tolérance” », témoignait déjà un policier municipal dans l’étude d’Adetec.

Sanctionner, ça marche

L’auteur de cette étude, Bruno Cordier, défend d’ailleurs aujourd’hui l’augmentation des verbalisations pour stationnement sauvage. Il prend en exemple Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), une commune de 30 000 habitants qui a renoncé aux potelets. Des campagnes d’affichage et d’informations régulières sont organisées, et la police municipale est chargée de verbaliser de manière systématique. Résultat, on trouve une voiture sur un trottoir tous les 600 mètres dans cette commune, beaucoup moins qu’ailleurs.

D’autres communes vont-elles suivre l’exemple de Sotteville ? Bruno Cordier assure que Bourges (Cher) s’y est déjà engagée. Une mesure législative pourrait en convaincre d’autres. Le Sénat a voté le jeudi 7 juin la dépénalisation des infractions au stationnement. Si l’Assemblée nationale confirme cette décision, elle permettra aux élus locaux de fixer un montant plus élevé pour les amendes. Bruno Cordier veut croire que cela permettra aussi de « flécher de nouvelles sommes vers des investissements pour les modes actifs de déplacement ». En clair, la marche et le vélo. Car sanctionner ne suffit pas : « Les policiers ont autre chose à faire et on n’a pas envie de voir des caméras sur chaque trottoir. Il faut plutôt réfléchir à long terme, tenter de limiter la place de la voiture individuelle en ville et favoriser les modes actifs », préconise Daniel Lemoine. Et ce, si possible, avant que le dernier mètre carré de trottoir disponible ne soit recouvert d’un potelet.

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  • A Versailles si vous vous garez à un endroit interdit, dans le quart d’heure qui suit vous avez un PV ! Pourquoi : il y a des équipes de police municipale affectées à la sécurité urbaine et aux pb de stationnement qui patrouillent en permanence. Les PV financent le système avec la sécurité en plus, mais Il y a aussi un bon équipement en parking payants souterrains.

    10.10 à 11h17 - Répondre - Alerter
  • Dans l’article, il est dit par Bruno Cordier (très compétant) que la ville de Bourges s’engage à ne plus mettre de potelets, ce n’est pas vrai du tout.
    La commune de Bourges met de plus en plus de potelets, rajoute même des barrières et va jusqu’à matérialiser des places voitures sur trottoir ne laissant aucune passage pour les piétons.
    Auteur de la photo (voie verte selon la mairie faite en 2011), je suis content qu’elle soit reprise pour illustrer des articles dont je suis d’accord à 100%

    14.07 à 09h54 - Répondre - Alerter
  • Une suggestion de "prune virtuelle" : http://www.garecommeunemerde.fr/gcum/
    Il est sûr que çà ne fait pas vraiment avancer le problème, mais après des années à pester contre les incivilités automobiles, c’est un petit plaisir bien agréable à s’offrir... avec humour (bien que par expérience, les gens garés comme des patates en manquent sérieusement quand on leur fait remarquer).

    4.07 à 20h48 - Répondre - Alerter
  • Sinon pour les bagnoles garée sur votre chemin (passages piétons, trottoirs, pistes cyclables, etc –ils ne manquent pas d’imagination), optez pour la "verbalisation citoyenne". Ce que ça veut dire c’est que je retourne systématiquement les essuies-glaces des voitures qui gênent mon passage à pied. C’est simple, non-violent, parfaitement légal et cela fera chier le conducteur 30 secondes, exactement comme les secondes que tout le monde va perdre à contourner cet obstacle.

    Parfois ce genre d’incivilité est tellement agaçant qu’on se sent tenté de vandaliser la voiture pour exprimer son profond désarroi. Opter pour une petite action non destructrice parait de fait un bon compromis entre extériorisation et maîtrise de soi.

    (Ou alors, pour rire, on peut aussi dégonfler les pneus, mais dans ces circonstances immobiliser l’obstacle parait tout de même un peu contre-productif…)

    1er.07 à 18h17 - Répondre - Alerter
  • incohérence de " l’esprit Français "....
    tollé général dès que les autorités distribuent les PV pour stationnement gênant. Nouveau tollé général s’opposant au projet de permette aux CG de décider du montant de l’infraction pour mauvais stationnement, généralement à la hausse, afin de la rendre réellement dissuasive. Tollé général (encore) quand les autorités pensent avoir trouvé la (fausse bonne) solution pour empêcher les automobilistes de stationner sur les trottoirs ou ailleurs.
    Évidemment, "on" va se presser de faire remarquer le manque de parkings, le trop grand nombre de voitures, l’absence de P+R, etc etc...

    1er.07 à 10h26 - Répondre - Alerter
  • Bien vu, votre article sur les potelets qui envahissent nos trottoirs.
    Et encore vous ne parlez pas du "plaisir" de slalommer à vélo entre les dits poteaux !

    29.06 à 15h10 - Répondre - Alerter
  • Vraiment une plaie à vélo toutes ces "bittes" , les pistes cyclables en sont envahies, s’en prendre c’est la gamelle assurée. Le pire étant que certains arrivent à se garer malgré ça, bonjour les slaloms entre toutes ces dangereuses merdes.

    29.06 à 13h07 - Répondre - Alerter
  • Effectivement, les potelets semblent plutôt être la partie émergée de l’iceberg du manque de civisme des urbains - la majeure partie du temps les automobilistes. Il est hallucinant que les voitures aient une telle place aujourd’hui dans nos villes et que les piétons soient reléguées sur des trottoirs le plus souvent ridiculement étroits. On incite à la marche d’un côté et on ne favorise que rarement les espaces véritablement piétonniers.
    L’exemple de la Place de la République à Paris est parlant : cette place rendue aux "modes doux" est un bel effort de la part de la Ville de Paris, mais pourquoi ne pas l’avoir complètement fermée à la circulation automobile ? On se sent encore oppressés par la présence des bagnoles !

    Sinon ce que je proposerai bien, ce serait de faire de la prévention citoyenne : quand vous dites à un automobiliste qu’il est étonnant qu’il soit garé sur un passage piéton ou en plein milieu d’une piste cyclable, sur une voie de bus... vous vous faites traiter de tous les noms. J’aimerai bien proposer au commissariat de mon quartier de poser des prunes (au moins virtuelles) aux personnes qui ne respectent rien sur la voie publique - photo à l’appui. Et franchement tous les jours je me dis que la collectivité aurait des dizaines de milliers d’euros à se mettre dans les poches rien que dans mon quartier. Les gendarmes seraient occupés à des activités à valeur ajoutée et les citoyens auraient enfin leur mot à dire sur la façon dont ils imaginent la ville.
    Que pensez-vous de cela ? Au lieu de dépenser des sous dans des potelets, la collectivité en gagnerait !

    29.06 à 10h53 - Répondre - Alerter
  • Il y a des piétons qui sont plus malheureux que d’autres : ce sont les handicapés et en particulier les non voyants qui n’arrêtent pas de se prendre des gadins. Cela devient un vrai parcours du combattant de circuler sur un trottoir. J’ai un copain aveugle qui est régulièrement blessé par tous ces obstacles qui se multiplient.
    Moi-même, j’ai une greffe de toute la colonne vertébrale avec un corset orthopédique : je suis d’une pièce et ne peux pas du tout tourner le buste. Ce qui pose plein de problèmes quand on croise une autre personne et qu’on ne peut pas du tout se tourner pour laisser passer. De même, bonjour la convivialité : vous ne pouvez plus être à deux sur un trottoir : donner la main à un enfant,circuler en amoureux... il faut marcher à la queue leu leu.
    Le trottoir devient une corvée solitaire, dangereuse (cf personnes âgées avec canne) au lieu d’être un lieu de convivialité, de passage...

    Quel gâchis ! On prend les gens pour des irresponsables au lieu de les inciter à se civiliser.

    Et l’idée que les poseurs de mobilier soient grassement payés pour hérisser ces horreurs qui emprisonnent les piétons et les transforment en pigeons chassés par ces piques toutes militaires... me hérisse moi-même rien qu’en y pensant.

    29.06 à 08h46 - Répondre - Alerter
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