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21-11-2013
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Océans
Biodiversité
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Pourquoi la disparition du corail va nous mettre la tête sous l’eau

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Pourquoi la disparition du corail va nous mettre la tête sous l'eau
(Crédit photo : holger leue - lonely planet images)
 
En Nouvelle-Calédonie, les récifs coralliens rapportent gros : près de 100 millions d’euros par an. Une raison de plus de les préserver, et un bon exemple des services écologiques que nous rend la nature.
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N° 53 - décembre 2013

La France se prend aux jeux

Changement climatique, espèces invasives, urbanisation ou pollution, la liste des dangers qui menacent les coraux est longue. Plus de 10 % d’entre eux ont déjà disparu et le rythme s’intensifie. De quoi alarmer la communauté internationale, qui a inscrit les récifs coralliens – 0,5 % de la surface du globe, qui abrite plus de 25 % des espèces marines – dans sa politique de protection. Mais la simple préservation de la biodiversité n’est pas toujours un argument suffisant pour peser dans les décisions. Alors l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) a trouvé un autre moyen de rappeler l’importance du corail : calculer les profits économiques, environnementaux et sociaux qu’il génère.

C’est ce qu’on appelle aujourd’hui les services écologiques ou écosystémiques. « Cette notion regroupe tous les bénéfices tirés du fonctionnement des écosystèmes, explique Justine Delangue, chargée de mission services écologiques à l’Union internationale pour la conservation de la nature. Elle permet de rappeler la dépendance de l’homme à la nature, pour son bien-être mais presque aussi pour sa survie. » L’Ifrecor s’est concentrée sur la Nouvelle-Calédonie, et ses 4 500 km2 de récifs coralliens. Nicolas Pascal, biologiste marin rattaché au Centre national de la recherche scientifique, a estimé tous les revenus effectifs et à venir liés au corail : entre 80 et 100 millions d’euros par an, quand l’exploitation minière, premier secteur économique de l’île, en dégage 600 millions.

Home sweet home des poissons

Si l’on imagine sans peine que le corail a une valeur touristique, notamment pour la plongée, son ampleur est insoupçonnée : 24 à 28 millions de revenus par an et plus de 1 600 emplois directs pour la Nouvelle-Calédonie. Autre domaine intimement lié à la bonne santé du corail : la pêche. Les récifs coralliens sont de riches viviers halieutiques, parce qu’ils offrent aux poissons le gîte et le couvert. Les récifs agissent en effet comme nutriments et produisent des larves consommées par le thon. Revenus estimés par an : entre 50 et 70 millions d’euros.

Mais en plus de ce qu’il peut rapporter, il y a ce que le corail évite de dépenser. « En formant des barrières le long de la ligne de côte, les récifs coralliens et les mangroves créent inévitablement une protection contre la houle », explique Nicolas Pascal. Le corail fournit du sable pour les plages et semble atténuer l’impact des tsunamis. Son rôle de protecteur du littoral est évalué entre 115 et 220 millions d’euros et à plus de 11 200 logements préservés par an. Pas mal pour un petit animal primaire !

Tout comme le corail, chaque élément de la biodiversité nous rend des services insoupçonnés. Un argument qui fait son chemin depuis le Millenium Ecosystem Assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire) en 2005, qui définit pour la première fois les bénéfices tirés des écosystèmes. L’Europe a poursuivi dans cette voie avec une cartographie de ces services, et en France le ministère du Développement durable planche sur un projet d’évaluation des écosystèmes. Autant d’occasions d’établir une sorte de capital naturel, que nous dépensons évidemment trop vite. Le groupe d’étude Economie des écosystèmes et de la biodiversité (TEEB) évalue que d’ici à 2050, le manque à gagner dû à la disparition de ces services écologiques sera équivalent à 7 % du PIB mondial.

Industriels à l’affût

Mais si l’évaluation des apports de la nature pourrait à terme orienter les décisions politiques vers un plus grand respect de l’environnement, la médaille n’est pas sans revers. Le risque est une monétarisation de la nature, qui pourrait appâter les industriels les plus avides. « Le service écologique est une notion anthropocentrée, rappelle Justine Delangue. Il y a un risque de dérive si la valorisation n’est que financière. L’homme doit prendre conscience que son lien avec la nature n’est pas seulement économique mais aussi social, environnemental et culturel. » C’est pourquoi certains protocoles se mettent déjà en place pour éviter que le recensement des ressources n’entraîne un pillage en règle. Ainsi l’APA, protocole sur l’Accès aux ressources et le partage des avantages tirés de la biodiversité, a été adopté en 2010, afin que les entreprises qui prospectent prennent en compte les populations locales. Un premier garde-fou, notamment dans le domaine de la bioprospection. En Nouvelle-Calédonie, l’exploitation des organismes vivant dans les récifs coralliens pour la recherche de nouvelles molécules destinées à la pharmacologie ou à la cosmétique pourrait, selon l’Ifrecor, rapporter entre 0,5 et 4,5 millions d’euros par an. —
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Née en 1978 à Saint-Etienne, Marie est diplômée de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Après un passage au service Terre de Libération et à Ushuaïa Magazine, elle entre au magazine littéraire Livres Hebdo. Indépendante depuis 2011, elle collabore à plusieurs titres dont Néon et les quotidiens d’actu pour enfants du groupe Play Bac. En parallèle, après une formation sur le scénario, elle écrit un projet de série télé sur une catastrophe écologique. Et finit de retaper une vieille ferme en Auvergne (au cas où ça se passerait vraiment).

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