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4-09-2009
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Chronique

Météo et adaptation

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Alors que se termine la 3ème World Climate Conference de l'Organisation mondiale de la météorologie à Genève, Stéphane Hallegatte, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired) et pour Météo-France, s'interroge sur notre capacité à faire évoluer les outils de la prévision météorologique.
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"Je suis employé par Météo-France, et il y a un léger conflit d’intérêt quand je défends l’idée qu’il faut investir plus dans l’observation et la prévision météorologique... Voyons si je peux malgré cela vous convaincre que ces investissements contribueraient efficacement à réduire notre vulnérabilité au changement climatique.

Modèles globaux, phénomènes locaux

Il y a aujourd’hui un consensus pour dire que le climat du monde va changer, en raison des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. On est même capable grâce aux modèles climatiques d’anticiper comment les grands climats vont se modifier. Mais ces modèles restent imparfaits, et même en supposant connues les émissions à venir de gaz à effet de serre, ce qui est loin d’être le cas, il est tout à fait possible qu’ils surestiment ou sous-estiment le réchauffement futur. Aussi, il reste de grandes incertitudes sur la traduction à l’échelle locale de ce changement global, et des surprises sont toujours possibles, sous la forme de changements locaux plus ou moins rapides ou plus ou moins intenses que prévus. Pour limiter les conséquences négatives de telles surprises, il sera essentiel au cours des prochaines décennies de surveiller attentivement les évolutions climatiques, pour vérifier que les projections des modèles sont correctes, et pour déceler leurs erreurs aussi vite que possible. Par exemple, les modèles climatiques donnent des résultats contradictoires sur la réponse de la mousson africaine au changement climatique.

Pour trancher entre les modèles qui prédisent une augmentation des pluies et ceux qui prédisent une diminution des pluies en Afrique de l’Ouest, il est crucial de disposer de plus d’observations, et sur une longue durée. Or, les réseaux mondiaux d’observation ne progressent plus et sont même en régression dans certaines régions du globe. Et ils sont totalement insuffisants dans les pays en développement. Il est donc indispensable d’investir aujourd’hui pour mettre en place un réseau mondial d’observations suffisamment dense, utilisant à la fois des satellites et des stations au sol.

Anticiper les crises et les catastrophes

La prévision météorologique a également un rôle essentiel à jouer pour faire face au changement climatique, en particulier pour la prévention des risques naturels. Par exemple, il est tout à fait possible que les inondations dans le sud de la France augmentent. Même avec des politiques ambitieuses d’adaptation, il sera impossible d’adapter instantanément tous les bâtiments et toutes les infrastructures (routes, ponts, voies de chemin de fer, etc.) à un tel changement. Et durant l’inévitable période d’imparfaite adaptation, ce sera avant tout aux prévisions météorologiques d’éviter les catastrophes, en permettant d’anticiper les événements dangereux, d’évacuer les zones à risque, et de protéger les biens les plus précieux. On parle aussi beaucoup des conséquences du changement climatique sur la santé, notamment dans les pays Africains. Bien sûr, sur le long terme, le plus efficace serait d’améliorer les services de santé de ces pays.

Mais on est également capable dès aujourd’hui de prévoir certaines crises sanitaires, par exemple les pics de paludisme, grâce aux prévisions météorologiques. On sait en effet que ces pics dépendent largement des pluies, qui permettent le développement des moustiques porteurs du parasite. Si l’on peut anticiper les saisons particulièrement pluvieuses, on peut anticiper les pics de paludisme et les limiter, par exemple en concentrant la distribution de moustiquaires ou en mettant en place des campagnes ciblées de démoustication. Avec les changements climatiques, il deviendra de plus en plus important d’anticiper ces crises sanitaires qui pourront apparaître dans des zones qui n’y sont pas préparées, comme on a pu le voir lors de l’épidémie de chikungunya – une maladie tropicale ! – en Italie en 2007. Il semble donc que nous aurons à l’avenir encore plus besoin qu’aujourd’hui d’alertes fiables et de plans d’urgence efficaces pour éviter autant que possible les pertes humaines et économiques liées aux événements climatiques et météorologiques.

La fracture météorologique

Les pays comme la France disposent des moyens nécessaires pour financer l’observation météorologique et la production de prévisions et d’alertes fiables, même si ces budgets sont le plus souvent en diminution. Ces financements sont d’ailleurs reconnus comme socialement très rentables, puisque des études suggèrent que les bénéfices économiques tirés de l’information météorologique sont 4 à 30 fois supérieurs à son coût de production.

Mais de nombreux pays pauvres sont incapables d’investir suffisamment, et il leur manque les réseaux d’observation météorologique, les moyens humains et techniques pour réaliser les prévisions, mais aussi les moyens humains et institutionnels qui permettent à une alerte émise par un centre météorologique d’atteindre la population et les entreprises pour leur permettre de se préparer ou de se mettre à l’abri. Pourtant, les besoins d’investissement sont relativement limités, et quelques centaines de millions d’euros permettraient une amélioration notable de la situation, et rendraient de nombreux pays pauvres bien plus capables de faire face au changement climatique.

C’est en reconnaissance de ce besoin d’investissement dans les réseaux d’observation météorologique, dans les moyens de prévision, et dans les systèmes d’alerte, que l’Organisation Mondiale de la Météorologie a organisé une conférence internationale qui a lieu en ce moment même à Genève. L’objectif est de définir de manière plus précise les besoins, et d’identifier des pistes de financement. Dans les négociations onusiennes sur le climat, qui doivent aboutir à Copenhague en décembre, les pays industrialisés se sont engagés à aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique. Les aider à financer des services météorologiques et d’alerte ne réglera pas tous les problèmes, mais c’est sans doute la première piste à explorer."

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Economiste de l’environnement au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired) et Météo-France.

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