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12-07-2011
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Finance
Macro-économie
Monde

« Les agences de notation sont responsables mais pas coupables »

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« Les agences de notation sont responsables mais pas coupables »
(Crédit photo : dr)
 
Fitch, Moody's, Standard & Poor's : l'Union européenne fustige leurs analyses alors que la crise de la dette grecque menace de s'étendre au Portugal et en Italie. David Cayla, professeur d'économie à l'université d'Angers, tâche de distinguer le vrai du faux.
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Terra eco : Commençons par le B.A.-BA : une agence de notation, qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?

David Cayla : C’est une entreprise privée qui évalue et note des titres de créances, dont les obligations d’Etat, pour le compte des investisseurs (banques, fonds de pension, particuliers...). C’est sur la base de ces évaluations que les banques prêtent.

Sur quels critères les agences basent-elles leurs évaluations ?

On ne sait pas vraiment comment les agences notent. Chacune a sa méthodologie. Pour les dettes souveraines, elles regardent la stabilité financière du pays, la dynamique de son économie, sa puissance économique et politique, l’état de son système bancaire... On est sur des éléments subjectifs. Les notations ne peuvent pas être totalement objectives car elles reposent sur de très nombreux paramètres.

Depuis quand fait-on appel aux agences de notation ?

En 1988, les banquiers centraux des pays les plus riches se sont réunis à Bâle, en Suisse, pour formuler un ensemble de recommandations afin d’assurer la stabilité du système bancaire international. Bâle I disait que les banques devaient avoir une certaine somme d’argent en réserve en fonction de ce qu’elles prêtaient, pour parer au risque de défaut. Avec Bâle II (en 2005, ndlr), on s’appuie sur les agences de notation pour évaluer le risque d’un titre de créance. C’est en fonction de ce risque qu’on détermine la quantité de fonds propres dont doit disposer la banque prêteuse. Les agences de notation ont donc été mises au cœur du système, elles ont de facto un rôle de régulation.

Les agences sont-elles en partie responsables des malheurs de la Grèce ?

De fait, ce que disent les agences sur la dette grecque a un impact important. Dès qu’une agence dégrade la note d’un titre de créance, cela implique que les banques doivent disposer de davantage de fonds propres pour couvrir le risque de défaut de l’emprunteur. Ça leur coûte donc très cher. Dans le cas de la Grèce, les banques européennes sont tentées de revendre leurs obligations, ce qui, par un effet mécanique, fait baisser le prix de l’obligation et augmenter le taux d’intérêt. Du coup, si le taux d’intérêt est trop important, la Grèce ne peut plus emprunter. Mais les agences de notation, de même que les banques, sont dans leur rôle. Elles sont en quelque sorte responsables mais pas coupables. Elles ne font qu’évaluer la qualité d’une créance.

L’OCDE accuse les agences de se livrer à des prophéties autoréalisatrices...

Les agences ne créent pas les faits, elles les interprètent. Peut-être qu’elles accélèrent les processus, mais elles ne sont pas responsables du risque de défaut d’un pays. C’est hypocrite de les accuser aujourd’hui. Le risque de défaut de la Grèce est réel et les banques sont obligées de le prendre en compte si on ne veut pas qu’elles fassent faillite. Pour moi, les agences de notation mettent en lumière des problèmes structurels. Sans elles, la lumière serait un peu moins crue mais ça ne change pas la réalité. Les agences sont révélatrices d’un problème dans la construction de l’Europe.

Quelle sortie de crise voyez-vous pour la Grèce ?

Je pense qu’il est déjà trop tard. La Grèce pourrait s’en sortir par le défaut de paiement, à l’image de ce qui s’est passé en Argentine en 2001. Ça veut dire que le pays arrête de payer et commence à négocier pour voir à quelle hauteur il peut rembourser ses créanciers. Pour s’en sortir par le défaut de paiement, il faut ne plus avoir besoin d’emprunter pendant les années qui suivent et être en mesure de relancer sa croissance. Ce qui passe par la dévaluation de la monnaie pour booster les exportations, dissuader les importations, et rééquilibrer la balance commerciale. Le problème c’est que pour dévaluer sa monnaie, la Grèce n’a d’autre choix que celui de sortir de l’euro. Mais si la Grèce sort de l’euro, cela risque de créer un précédent, et à moyen terme, d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie, voire la France, pourraient être contraints de quitter également la zone euro.

Nous sommes face à un problème lié à l’architecture de l’euro. L’euro tel qu’il fonctionne est surtout adapté aux pays du Nord de l’Europe. Or, un pays comme la Grèce commerce majoritairement avec des pays en dehors de l’euro, il est concurrencé par des monnaies faibles, notamment la Turquie, et a de grandes difficultés pour exporter et développer son industrie... S’il ne sort pas de l’euro, ses problèmes risquent donc de ne pas se résoudre.

Alors, on s’est trompé de bouc émissaire ?

On a créé une monnaie unique sans système d’harmonisation des économies européennes. Il aurait fallu un budget fédéral important pour compenser les déséquilibres intra-européens. Et il n’y a aucun système d’harmonisation des règles fiscales et sociales, ce qui crée de la concurrence entre les pays et creuse les déséquilibres.
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Journaliste indépendante. Collabore à Terra eco depuis novembre 2010.

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