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31-10-2007

"Le marché ne peut pas, seul, nourrir la planète"

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Ingénieur et agronome de renommée mondiale, Michel Griffon défend une agriculture "doublement verte" : écologique et intensive.
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Aujourd’hui, les paysans du monde sont les premiers à souffrir de la faim. Comment expliquer cet apparent paradoxe ?

MG - Un tiers de l’humanité est mal nourrie et 854 millions de personnes – un homme sur sept – souffrent de la faim. Parmi elles, 600 millions sont des paysans pauvres. Les raisons d’un tel drame sont multiples, chaque région du monde ayant ses spécificités. Mais il y a une constante pour les ruraux les plus pauvres : un manque cruel d’accès à la terre, notamment en Amérique Latine, ou la rareté de celle-ci dans des régions très peuplées comme l’Asie. Et leur exclusion des circuits économiques et sociaux. Cette situation les prive de l’accès aux ressources et aux droits nécessaires à l’amélioration de leur situation. L’agriculture ne permet pas à près d’un quart de ceux qui la pratiquent de pouvoir se nourrir eux-mêmes. Paysans sans terre d’Amérique latine, Indiens d’Amérique centrale, petits exploitants du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, ou ceux qui subsistent sur des micro-parcelles de terre en Asie.

Vous insistez notamment sur le cas critique de l’Afrique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

MG - Il y a bien des réussites, mais toujours localement : le Nord du Nigeria où les niveaux de productivité traditionnelle sont élevés, les zones côtières de Guinée où l’on cultive le riz depuis des centaines d’années, ou le Sud du Mali. Mais il n’y a jamais eu de connexion entre ces expériences, et donc pas de possibilité de « décollage » général de la productivité. D’autant que les multiples crises politiques et troubles civils que connaît le continent désorganisent la production et le maintiennent aussi dans la pauvreté. Conséquence : le marché fonctionne au détriment des paysans. Ils sont souvent dépendants des acheteurs de produits agricoles et des vendeurs d’engrais, euxmêmes presque toujours en situation de monopole local. Et ils sont parfois confrontés à la concurrence de produits importés à bas prix. L’Afrique subsaharienne est la seule région du monde où les disponibilités alimentaires par habitant diminuent, 40 à 55 % de la population sont sous-alimentés. Or d’ici à 2050, la population pourrait y doubler et il faudrait donc tripler voire quintupler la production pour que l’autosuffisance alimentaire y soit assurée.

Que faut-il changer ?

MG - La révolution doublement verte a pour ambition d’associer les plus pauvres au processus de développement agricole. Réduire la pauvreté et donc la sous-alimentation, passe d’abord par la distribution des terres à ceux qui en manquent… ce que le Brésil a commencé à faire dans le cadre du programme « faim zéro » (lire aussi page 18), même si certains jugent que les choses vont trop lentement. Quelque 200 millions de personnes vivant dans des familles rurales n’ont pas accès, ou un accès très insuffisant, à la terre. Il n’y a donc pas d’autres solutions que de leur en attribuer. Ce qui signifie, à l’échelle des pays en voie de développement, trouver au moins 100 à 200 millions d’hectares pour leur donner la possibilité de vivre dans des conditions décentes. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi qu’ils aient accès plus facilement aux autres facteurs de production : l’eau, les engrais, le crédit, la formation.

Ces solutions impliquent-elles de changer les règles du commerce mondial ?

MG - Oui, car le pur libéralisme économique n’est pas capable de sortir les pauvres de leur situation. On ne peut nourrir de manière éthiquement convenable la planète simplement en tablant sur les lois de l’offre et de la demande. Il faut impérativement intégrer les paysans pauvres dans les circuits productifs, permettre l’amélioration de leurs conditions de vie et de production. La formation des prix de l’alimentaire, induit un rapport de forces toujours défavorable aux producteurs agricoles. Il faut créer un mécanisme de régulation permettant de transmettre la hausse actuelle des cours vers les paysans. Voyez l’asymétrie de pouvoir de marché existant entre grandes entreprises – agroalimentaire, grande distribution – et producteurs-livreurs (lire page 19). Il y a là un cas d’école de défaut de fonctionnement de marché. Nous avons donc besoin d’une véritable politique agricole équitable. Et pour qu’elle soit viable, de mesures économiques et sociales adaptées aux caractéristiques de chaque grande région du monde. Peut-on y croire ? Oui… Ne serait-ce que parce que l’accumulation de crises obligera à créer de nouvelles formes de gouvernance mondiale.

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