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18-02-2013
Mots clés
Climat
France
Etats-Unis
Interview

Dans le Colorado, un Facebook du changement climatique

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Dans le Colorado, un Facebook du changement climatique
(Crédit photo : DR)
 
Une journaliste américaine a lancé « iSeeChange », un projet de collecte d'informations locales sur le changement climatique. Les internautes postent ce qu'ils observent depuis leur propre jardin et peuvent poser des questions à des spécialistes.
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Suivre les effets du changement climatique au jour le jour, dans son jardin, avec l’aide d’experts. C’est le but du projet iSeeChange (Je vois un changement), qui permet aux internautes américains de noter leurs observations sur le changement climatique vu depuis leur propre jardin et de poser directement des questions à des experts. Julia Kumari Drapkin, journaliste et créatrice de ce projet, a répondu aux questions de New American Media.

Pourquoi avoir lancé iSeeChange ?

J’ai travaillé étroitement avec des scientifiques, j’ai eu des entretiens personnels avec eux et écrit des articles sur la science pour comprendre comment ils aboutissent à leurs conclusions sur le changement climatique. Après tout ce temps, nous avons toujours des difficultés à communiquer sur ce sujet… Il n’est pas aisé de transposer un changement climatique mondial à ce que des lieux particuliers perçoivent. Par exemple, quand l’ouragan Katrina a ravagé ma ville natale, la Nouvelle-Orléans… Pouvons-nous attribuer cela au changement climatique ? Nous craignons d’examiner ce qui se note au niveau local et de l’attribuer au changement climatique global parce que nous ne voulons pas commettre d’erreur. C’est une bonne chose d’avoir peur de faire une erreur, mais cela nous empêche de parler avec les citoyens qui sont peut-être affectés dans leur vie par ce changement climatique.

Comme journaliste, que tentez-vous de changer dans la manière de traiter les informations sur l’environnement ?

J’ai réalisé qu’une partie du problème est la structure des reportages des journalistes traditionnels. Par tradition, un article journalistique sur un sujet scientifique commence avec une citation d’un scientifique qui livre ses remarques et pose ses questions. Ils répondent à ces questions en citant leurs travaux de recherche universitaire et si moi (le reporter), j’ai du temps, je vais trouver une anecdote locale qui illustrera leurs propos. Et si nous inversions le procédé ? Et si nous procurions les outils et les mécanismes nécessaires aux gens pour faire des observations sur ce qui est en train de changer dans leur vie ?

Comment fonctionne le site ?

Les gens se connectent, notent leurs observations et posent leurs questions. La communauté, qui comprend des scientifiques, répond aux questions. Nous intervenons chaque semaine et lisons les contributions. Soit les experts ou la communauté ont répondu aux questions, ou bien nous contactons un scientifique et nous lui demandons de répondre à des points spécifiques. Par exemple, si le printemps est précoce, que se passe-t-il exactement ? C’est à la fois un almanach et un réseau social, à mi-chemin entre le journalisme et un calendrier du paysan. Les gens y conservent des notes détaillées sur ce qui se passe dans leurs fermes et leurs ranchs, de la même façon qu’un biologiste ferait des relevés de terrain. Ils vivent de la terre, donc, ils prêtent attention à ce qui change. Il y a toujours eu une tradition de garder des relevés météorologiques dans les communautés, mais on ne pouvait pas les partager.

Qu’avez-vous appris à travers ce projet et qu’est-ce qui vous a surpris jusqu’ici ?

J’ai appris que donner à une communauté le pouvoir de poser les questions est un outil d’investigation très puissant et cela me permet de voir ce qui est en train d’arriver dans une région des mois avant qu’on en parle dans les grands médias. Je crois en ce processus. Quand nous avons lancé le site, je me souviens que j’ai reçu des textos pour m’informer de feux de prairies et de zones de sécheresse en avril 2012, bien avant que les feux de forêts et la sécheresse ne soient mentionnés dans les bulletins d’info et les titres de presse. Au Colorado, nous avons eu une année historique de feux de forêts et… la moitié du pays souffre de sécheresse maintenant.

Vous vivez dans l’ouest du Colorado, comment parlez-vous du changement climatique là-bas ?

C’est amusant parce que dans ma ville, Paonia, la moitié des habitants travaillent à la mine, et l’autre moitié sont des cultivateurs bios. Nous avons une mine de charbon dans notre ville, qui appartient à Bill Koch. Quand nous avons commencé à faire la promotion de iSeeChange, la station de radio a reçu des appels de certains auditeurs disant que c’était de l’argent gâché.

A Paonia, une partie de la ville ne croit pas au changement climatique. La plupart des gens avec qui je travaille sont blancs… Ils ne sont pas forcément riches, ils ne croient pas toujours au changement climatique mais ils prêtent attention à la météo parce qu’ils se préoccupent des réserves d’eau. Nous avons tous un sujet commun de conversations : le temps. C’est un peu comme les consignes données à Eliza Doolittle dans le film My Fair Lady : vous pouvez toujours parler du temps à n’importe qui, n’importe où.

Actuellement, iSeeChange se consacre à Paonia, dans le Colorado, mais pourrait-il avoir une approche plus large ?

Oui, pour l’instant, c’est un projet local. Le bulletin météo donne des infos pertinentes pour cette ville. Mais nous avons beaucoup d’infos en provenance de partout. Nous avons reçu un message de Baltimore, pour nous dire que les fleurs de printemps fleurissaient plus tôt que d’habitude. Nous réfléchissons d’ailleurs à adapter notre site pour trois autres types d’environnement : rural, urbain ou côtier.

Les spécialistes du climat disent que la météo n’a rien à voir avec le climat. Décrire le changement climatique à travers la météo locale, n’est-ce pas trompeur ?

Les scientifiques sont de plus en plus enclins à reconnaître que les anomalies météorologiques sont une indication du changement climatique. C’est exactement pour cela que le calendrier a été créé. Cet outil nous permet de cartographier ce « bruit ». Nous pouvons voir un nombre conséquent d’événements inhabituels en même temps, ce qui au final nous dit quelque chose. Pour la série de sécheresses que nous avons vécue, nous avons fait des recherches pour comprendre comment certains changements climatiques dans l’Arctique ont modifié le comportement du jet stream. Le jet stream est un courant d’air de haute altitude qui a une grand influence sur la météorologie. Quand l’Arctique se réchauffe, le jet stream ralentit et la météo varie moins.

Donc, iSeeChange suit ce que vous appelez les micro-changements dans l’environnement. Est-ce qu’il suit aussi la façon dont les gens s’adaptent aux changements ?

Nous nous intéressons à ça aussi. Les scientifiques et les éleveurs dans les ranchs constatent tous la même chose. Les fermiers et les propriétaires de ranchs prennent des décisions. Nous aimerions cartographier ces décisions. C’est la question centrale, à laquelle ISeeChange essaie d’apporter une réponse. Alors que l’environnement change, comment changeons-nous ? C’est la motivation derrière ce projet. Un calendrier numérique pour enregistrer ce que 2012 a changé pour nous. Nous avons eu un printemps précoce, les fleurs ont poussé plus tôt que d’habitude, les marchés n’étaient pas prêts à commercialiser certains aliments, les gens se sont trouvés à court d’eau, ils ont décidé de ne pas semer. D’autres ont vendu leur bétail aussi vite que possible. Ce fut une année épique.


- Cet entretien avec New America Media a été traduit par Claire Ulrich et publié par Global Voices le 18 février 2013

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1 commentaire
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  • hector : Facebook

    Cela devient le bordel ce trop plein d’infos pris au quotidien avec des outils comme facebook ou twitter, car le "temps" des scientifiques n’est pas celui des experts, du public, et du sensationnel... Je préfère m’informer dans des revues en ligne comme le facebook de resonancias, dans le domaine littéraire par exemple, plutôt que de subir l’immédiateté qui à terme remet en cause les compétences des uns

    18.04 à 22h18 - Répondre - Alerter
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