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16-07-2015
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Economie
France
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Une économie qui vous veut du bien

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Une économie qui vous veut du bien
(Crédit photo : milosdizajn / fotolia.com)
 
Biomimétisme, économie de fonctionnalité ou circulaire… Derrière ces termes barbares se cachent les briques d’une nouvelle façon de concevoir et de vendre, déjà en marche. En avant !

Mettre un frein au gaspillage des ressources naturelles et de l’énergie, retrouver du sens dans les échanges économiques, le travail, oeuvrer pour le bien commun… Une nouvelle économie est en marche et elle vibre d’ambitions. Elle est constituée de différentes pratiques – certaines bien déployées, d’autres naissantes – et nous baignons déjà dedans, sans forcément nous en rendre compte. Tour d’horizon, grâce à la famille Lacosse.

Revendre, louer, échanger…

L’an dernier, Franck et Céline ont échangé leur maison de Lille avec l’appartement de Derek, un New-Yorkais dégoté sur le site Internet Trocmaison.com. Quand ils ne partent pas en vacances, Franck aime s’occuper de son jardin. Sur Zilok. com, il a loué à Régis un taille-haie pour 25 euros la journée. Une bonne affaire ! Manon, leur fille aînée qui étudie à Paris, n’hésite jamais à sauter dans une voiture réservée sur le site de covoiturage Blablacar pour rentrer à Lille le weekend. La semaine passée, elle a déposé 20 euros sur la plate-forme de financement participatif Ulule pour aider son copain Mehdi à produire son premier album.

Comme la famille Lacosse, de nombreux Français ont mis le pied dans l’économie collaborative. Rien de bien neuf, me direz-vous. Les petites annonces faisaient la même chose. Certes, sauf que les technologies numériques ont donné un coup de jeune à ces pratiques anciennes. D’après une étude publiée au mois de mars dernier par la Fondation Internet nouvelle génération (Fing) et le collectif international dédié à l’économie collaborative Ouishare, 52 % de ses usagers estiment même que la consommation collaborative sera aussi importante que l’économie traditionnelle à l’avenir. Cependant, à mesure qu’elle se développe, les questions se multiplient.

Le concept précarise-t-il l’emploi ? Réduit-il vraiment la consommation marchande ? Est-il vraiment écolo ? « Ce n’est pas si simple, en effet, confirme Arthur De Grave, du collectif Ouishare. C’est un ensemble de pratiques très hétérogènes, qu’il faut regarder segment par segment. Par exemple, l’impact environnemental entre du covoiturage et le fait de revendre un canapé sur le Bon coin n’a rien à voir. »

… près de chez soi

Quand elle en a marre de manger des sandwichs sous vide à sa pause-déjeuner, Céline opte pour les hamburgers de La Cantinette. Le food truck dessert la zone d’activité où elle travaille, en banlieue lilloise. Ici, les producteurs sont quasiment ses voisins : les recettes sont confectionnées à partir de pain, de fromage, de viande et de légumes frais, produits par des fermiers et des artisans de la région. 25 kilomètres séparent la poule qui a pondu l’oeuf utilisé pour faire la mayonnaise et sa bouche : le circuit court par excellence !

A Nantes, Martine, la mère de Céline, participe, elle aussi, à l’économie locale. Mais d’une autre manière. Elle teste depuis peu SoNantes, une monnaie locale complémentaire de l’euro. Lancée au mois d’avril dernier, elle est utilisable uniquement sur le territoire de la métropole. Grâce à une carte magnétique faisant office de portefeuille, elle dépense ses SoNantes pour faire appel aux services d’un plombier, payer son parking ou s’offrir un chocolat chaud. Martine se sent utile.

« Si la première motivation de toutes ces nouvelles pratiques reste de retirer un bénéfice pour soi – parce que c’est plus sympa, meilleur, moins cher… –, c’est aussi une réponse à une quête de sens. Celle-ci peut être de soutenir l’emploi dans la région, dans le quartier, de recréer du lien social ou de réduire son empreinte environnementale », avance Philippe Moati, professeur d’économie à l’université Paris-Diderot et cofondateur de l’Observatoire société et consommation (Obsoco).

Les boucles antigaspi

Romain, le fils de Céline et Franck, a 14 ans. Il adore traîner avec ses copains sur son vélo. A force de se prendre pour une star du BMX, il a cassé sa monture en tournant une vidéo de ses exploits à diffuser sur YouTube. Quand Martine a appris que le vélo de son petit-fils avait fini à la déchetterie, les reproches ont fusé. « Quoi ? Vous avez jeté le vélo ? Vous êtes des irresponsables, il y a plein d’autres solutions ! » Pour éviter de se fâcher à nouveau avec sa belle-mère, Franck a pris de bonnes résolutions. Il a acheté à Romain un vélo écoconçu. Celui-ci a été imaginé et fabriqué pour avoir une durée de vie la plus longue possible et pour que ses pièces – composées de matières non toxiques – soient facilement démontables et recyclables.

Si, un jour, ils n’en ont plus besoin, ils le donneront à un atelier d’insertion par l’emploi spécialisé dans le réemploi. S’il est cassé et qu’il ne peut pas être réparé, les pièces qui fonctionneront encore seront reconditionnées et serviront à fabriquer de nouveaux vélos. Si elles sont vraiment inutilisables, les matériaux qui les composent seront recyclés. Enfin, si la matière est à son tour inexploitable, elle servira – en ultime recours – à produire de l’énergie. Voici les différentes facettes de l’économie circulaire.

La boucle est son mantra ! Elle vise à en finir avec le système classique qui consiste à extraire des matières premières, les transformer, les vendre, les consommer, puis les jeter. « Elle contribue à sortir de l’ère du gaspillage. Au-delà, l’enjeu est d’avoir de nouveaux modèles de vivre ensemble  », résume Grégory Giavarina, délégué général de l’Institut de l’économie circulaire. Si les gains de cette dernière pour l’emploi sont encore difficiles à estimer, le développement des activités de reconditionnement et de recyclage en Europe ont déjà créé plus d’un million d’emplois, selon un rapport publié en 2013 par le cabinet de conseil McKinsey pour la fondation Ellen-MacArthur. Merci qui ? Merci, les belles-mères visionnaires !

L’objet est has-been

Gaston, l’oncle de Franck, est agriculteur céréalier dans le Sud de la France. Pour traiter ses cultures, il utilise depuis des années des pesticides. Il s’inquiète pour sa santé et voudrait faire autrement. Il a entendu parler de Jean-Luc. Ce dirigeant de PME, plutôt que de vendre des pesticides, réfléchit à commercialiser leur service associé, à savoir la protection des cultures, à travers une solution de réintroduction d’insectes prédateurs de parasites dans les champs. Une solution bien moins agressive pour la santé de l’environnement et des agriculteurs et dont il espère qu’elle va donner un nouveau souffle à son activité.

Gaston et Jean-Luc sont en passe de sauter à pieds joints dans l’économie de fonctionnalité ! Acheter du confort thermique plutôt qu’une chaudière, de la luminosité plutôt qu’une ampoule, du kilomètre plutôt que des pneus… Une petite révolution est en germination. « Au-delà de la réduction des consommations d’énergie et de ressources, l’idée est de mettre en oeuvre de nouveaux modèles économiques capables d’offrir aux salariés du bien-être et de la santé au travail dans une tendance qui va plutôt à l’inverse », explique Christophe Sempels, directeur scientifique du Club Cap EF, situé en Provence- Alpes-Côte d’Azur, et cofondateur de l’Institut européen de l’économie de fonctionnalité, qui accompagne 100 PME françaises dans cette transition.

Avant d’en arriver là, il faudra tout de même un peu de temps, car Jean-Luc va devoir revoir de fond en comble l’organisation de sa PME ! Quitter les sentiers battus des logiques de marché traditionnelles demande de se creuser un peu la tête.

Le made in nature en force

Quand elle enfile à Léo, le petit dernier, ses baskets à scratchs, prend l’avion ou recherche sur Google une recette pour écouler le chourave qui croupit dans son réfrigérateur, Céline ne le sait pas, mais elle utilise des produits qui ont été conçus en s’inspirant de mère nature. Le velcro est en effet une réplique des petits crochets du fruit d’une plante, la bardane. L’extrémité des ailes des avions modernes imite les ailes recourbées des rapaces ou les ailerons de requins pour améliorer la stabilité de l’appareil. Et les algorithmes qui se cachent derrière nos moteurs de recherche et nos logiciels de localisation sont tout droit issus de l’observation du fonctionnement de nos neurones, de nos gènes et même de celui des colonies de fourmis et des essaims d’abeilles.

« Le biomimétisme est vieux comme l’humanité, mais nous sommes en train de le redécouvrir. Il faut aujourd’hui intégrer le développement durable dans l’innovation. Et nous avons des techniques d’exploration et de découverte du vivant inédites », explique Kalina Raskin, chargée de développement scientifique au Centre européen d’excellence en biomimétisme de Senlis (Ceebios).

Matériaux, habitat, stockage de l’énergie, agriculture… Demain, les enfants de Céline et Franck ont des chances de voir ces produits « made in vivant » gagner leur vie quotidienne. Pas exclu qu’ils puissent un jour rouler dans des voitures à moteur hybride inspiré de la manière dont le corps stocke l’énergie durant une course sportive – le constructeur Renault y travaille – ou consommer de l’électricité produite dans l’eau à partir de membranes ondulantes reproduisant le mouvement des poissons – la start-up Eel Energy l’expérimente. Car copier sans vergogne sur la feuille de la nature a beaucoup d’intérêts écologiques. « Quelle que soit l’échelle – de la cellule aux écosystèmes–, les systèmes vivants ont optimisé la gestion de l’énergie, des matériaux et de l’information au cours de l’évolution. La meilleure façon d’optimiser nos propres flux est de regarder comment le vivant procède », poursuit Kalina Raskin.

L’énergique numérique

La famille Lacosse l’a maintenant compris, cette nouvelle économie ne se fera pas sans un ordinateur ou un téléphone. Si les technologies numériques – et leur cortège de réseaux sociaux et de bases de données – sont loin d’être la solution miracle à nos problèmes environnementaux, sociaux et économiques - elles participent à la transition en cours. Notamment dans l’économie collaborative.

« Le numérique permet de faire l’interface entre l’offre et la demande, entre des populations hétérogènes, et de le faire vite et à grande échelle », avance Daniel Kaplan, délégué général de la Fing. Et quand Franck possède dans son smartphone une lampe de poche, un magnétophone ou une carte routière sous forme d’applications, la dématérialisation des produits physiques est en marche. Demain, grâce aux innovations en open source et aux Fablabs, les ateliers de fabrication numériques, Romain et Léo pourront fabriquer eux-mêmes un meuble ou une pièce pour réparer leur sèche-linge à l’aide d’une imprimante 3D. Et ils parleront sûrement de l’économie actuelle comme de la préhistoire !

Reste que les effets de ces nouvelles manières de concevoir, de produire, de vendre et de consommer sont encore difficiles à quantifier précisément en termes d’emplois et d’entreprises impliquées. La fondation de la navigatrice Ellen MacArthur – qui a fait de la promotion de l’économie circulaire son combat – avance que cette dernière permettrait d’économiser jusqu’à 630 milliards de dollars (560 milliards d’euros) par an en dépenses de matériaux. Quant à la Commission européenne, elle estime que, sur la base d’une perspective de 17 % de réduction de la consommation des ressources en Europe, le PIB augmenterait de 3,3 %, créant entre 1,4 et 2,8 millions d’emplois. Une arme anticrise, cette nouvelle économie ?


B comme biomimétisme

Cette discipline s’inspire des procédés du vivant pour résoudre des « problèmes humains » en lien avec le développement durable. La bio-inspiration – terme plus général désignant le fait de s’inspirer du vivant pour créer de nouveaux objets ou procédés – regroupe des sciences cousines du biomimétisme telles que la biomimétique (produits et technologies dans le monde industriel) et la bionique (robotique, capteurs bio-inspirés, biomécanique…).

C comme économie collaborative

Aussi appelée « économie participative » ou « du partage », elle désigne les pratiques et les modèles économiques organisés en réseaux ou communautés d’usagers. Elle inclut la consommation collaborative, mais aussi le financement participatif, la gouvernance collaborative ou la production d’énergie décentralisée. Définie en 2010 par Rachel Botsman dans son livre What’s mine is yours (HarperCollins Business), la consommation collaborative est un modèle économique favorisant l’usage plutôt que la possession. Partage, échange, revente, location, prêt, don de biens et de services doivent permettre d’optimiser les ressources. Reste que les conditions de production des biens – avec tous leurs travers – ne sont pas très différentes de celles de l’économie traditionnelle.

EC comme économie circulaire

Elle se définit comme un système d’échange et de production visant à diminuer le gaspillage des ressources et à limiter les impacts sur l’environnement. Il n’existe à ce jour pas de consensus sur son périmètre exact. L’écoconception et la production propre, l’écologie industrielle (les déchets de certaines entreprises deviennent les ressources d’autres), l’économie de fonctionnalité, la consommation responsable, le réemploi, la réparation, la réutilisation, le recyclage en sont autant de déclinaisons.

F comme économie de fonctionnalité

C’est un modèle de production, de distribution et de consommation reposant sur la mise à disposition d’un bien d’équipement non plus en le vendant, mais en facturant son usage. La valeur du produit repose alors sur sa fonction et doit permettre d’éviter son obsolescence programmée. Pour aller plus loin et inclure les enjeux sociaux, on parle aussi d’économie de la fonctionnalité et de la coopération. Mais il n’y a pas vraiment de consensus sur les définitions.

N comme économie numérique

Internet, réseaux sociaux, logiciels open source, impression 3D… Les technologies du numérique modifient en profondeur notre quotidien et, au-delà, notre économie. Si des millions d’entrepreneurs en ont fait le socle de nouvelles activités, nous n’échappons pas à leurs effets secondaires en matière environnementale (surconsommation d’énergie des data centers, surconsommation de ressources naturelles…) et en termes de conditions de travail. Concilier environnement, social et numérique reste le grand défi à relever dans la transition à venir.

P comme économie de proximité

C’est une doctrine qui consiste à privilégier ce qui est local pour favoriser la cohésion sociale et la production de proximité, donc l’emploi local et la préservation de l’environnement. Les circuits courts alimentaires – les Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), les supermarchés coopératifs… –, les jardins et les potagers partagés, l’habitat collectif, les monnaies locales complémentaires en font partie.

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