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27-09-2013
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Climat
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Le Giec est-il mieux armé contre les sceptiques ?

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Le Giec est-il mieux armé contre les sceptiques ?
(Oeuvre de Banksy, à Londres. Crédit photo : .Martin. - flickr )
 
L'histoire du Giec n'est pas un long fleuve tranquille. Fustigée par les sceptiques, l'organisation a vu son dernier rapport nourrir la polémique. Contraint de se réformer pas à pas, le Giec a-t-il réussi sa mue ?
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« Nous avons fait un long chemin depuis le meeting de Venise en 2009 (1). Et nous avons tiré des leçons de notre expérience. » C’est par ces mots que Rajendra Pachauri, le patron du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) mettait la conférence de Stockholm sur les rails le 23 septembre. Une conférence destinée à valider les conclusions du premier volet de ce nouveau rapport mastodonte accouché des cerveaux de milliers de scientifiques du monde entier. Mais de quoi bigre parlait-il ? D’une série de scandales qui ont secoué l’institution depuis cinq ans et qui lui ont valu de se remettre sévèrement en question.

Reprenons. La tempête s’abat en 2009, le 19 novembre exactement. A quelques semaines du sommet de Copenhague qui doit réunir les Nations unies sur la question du changement climatique, des hackers mettent la main sur des milliers de mails et de documents de l’université de East Anglia (Grande-Bretagne) et les postent sur le Web. Des documents qui laissent à penser que les scientifiques participant aux travaux du Giec manipulent les chiffres pour faire croire à un réchauffement d’origine humaine. C’est le « Climategate ».

L’erreur des glaciers

Deux mois plus tard, le vent souffle à nouveau le froid sur l’institution. En janvier 2010, trois journaux britanniques pointent sévèrement du doigt une erreur apparue dans le dernier rapport du panel, publié en 2007. Visée, une petite phrase assurant que les glaciers de l’Himalaya devraient avoir intégralement fondu en 2035. Sauf que l’assertion a été empruntée à un document du WWF de 2005 qui citait, lui-même, un vieil article d’un journaliste du New Scientist fondé… sur une pure spéculation. Là encore, les critiques fusent. Tant que le Giec doit faire amende honorable en évoquant une « erreur regrettable ». Même si, rappelle l’un de ses collaborateurs à l’époque, la phrase en question est tirée du deuxième chapitre du rapport, réservé à l’impact du réchauffement et rédigé non pas par des scientifiques experts en leur domaine comme c’est le cas du groupe 1, mais « d’économistes, d’hydrologues ou d’experts locaux ».

Reste que ces critiques – même portant sur des détails – alimentent joyeusement le moulin des sceptiques. Aussi le 11 février, cinq climatologues prennent-ils la plume pour publier dans la revue Nature des conseils pour réformer la vénérable institution vieille de près de plus de 20 ans.

Des relectures en pagaille

L’organisation a entendu le message. En mars 2010, c’est officiel : le Giec sera observé sous toutes ses coutures par le Conseil inter-académique (IAC) qui, ainsi éclairé, sera chargé de revoir ses procédures et d’éviter les erreurs futures. Une mission indispensable aux yeux de tous : « Nous sommes réceptifs aux critiques, assurait à l’époque Rajendra Pachauri. C’est extrêmement important que les faits évoqués dans notre prochain rapport soient acceptés par tous afin que nous puissions relever le défi climatique. » Le rapport de l’IAC est remis en août 2010 (voir la liste de ses recommandations résumées ici).

Que s’est-il passé depuis ? Le Giec a-t-il suffisamment revu sa méthode pour ne plus porter le flanc aux critiques ? En tout cas, l’organisme a engagé des efforts de taille suite aux recommandations de l’IAC. Il a rendu les procédures de sélection de ses auteurs plus transparentes et leur origines géographiques plus diverses. Il s’est assuré que le degré de certitude entourant chaque assertion soit précis et limpide. Il a étoffé le processus de révision : « Les procédures de relecture ont été renforcées, avec, pour le premier groupe, 209 auteurs et 50 éditeurs chargés de vérifier que les points soulevés par les plus de 54 000 commentaires produits par plus de 1 000 experts relecteurs ont été pris en compte lors des révisions du rapport. Cette procédure de relecture est unique et fait toute la qualité du travail de synthèse critique de l’état des connaissances », souligne Valérie Masson-Delmotte, paléo-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et co-auteure du rapport.

Un protocole en cas d’erreur

Plus de révisions, plus d’équilibre aussi. « On a eu des consignes pour que le texte reflète les questions débattues dans la communauté scientifique », a rappelé Serge Planton, responsable de la recherche climatique à Météo France, lors d’une conférence de presse organisée à Paris par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ce vendredi. Est-ce pour cela que la question de la géo-ingénierie s’est retrouvée pour la première fois abordée dans le rapport du groupe 1 (voir notre article sur les conclusions du rapport) ?

Enfin, l’organisme a mis en place une déclaration d’intérêts pour s’assurer des bonnes intentions de chaque scientifique. Elle s’est aussi dotée d’un protocole à respecter à la lettre si une erreur venait, malgré tout, à apparaître une fois le rapport publié. Une procédure fort complexe résumée dans un schéma non moins ardu.

Seul écueil, le Giec n’a pas réussi à déterminer une méthode pour clarifier l’origine des sources utilisées dans ces rapports. Comme de signaler par exemple les études qui n’ont pas été scrutées par un comité de lecture, ce que réclamait l’IAC. « Trop complexe », a répondu le Giec : « Il n’y a pas de méthode standard qui permette de distinguer un rapport scientifique revu par les pairs d’un autre. » Pis, cette caractéristique « n’est pas forcément un bon indicateur de la qualité d’un article », rapporte un document mis en ligne par GAO, l’organisme du Congrès américain chargé de l’examen des comptes publics. Dommage, c’est notamment le mauvais étiquetage de la phrase sur les glaciers de l’Himalaya qui a valu au Giec l’un de ses plus gros scandales.

Pas infaillible

Mais globalement, le Giec a retenu la leçon. Et compte le faire entendre. Lors de la conférence de presse qui marquait la publication du premier volet du rapport ce vendredi matin, Rajendra Pachauri a rappelé les efforts entrepris et la confiance renouvelée des scientifiques : « 3 000 chercheurs se sont portés volontaire pour ce rapport, c’est 50% de plus qu’en 2007 ! », a-t-il souligné à la tribune.

Est-ce assez ? Tous les scientifiques sont d’accord : le Giec n’est pas infaillible. « Je ne pense pas que le Giec a manqué de prudence dans le passé, ses conclusions n’ont d’ailleurs pas été affectées, mais une erreur dans un document de plus de 1 000 pages est toujours possible », soutient Olivier Boucher, directeur de recherche au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD), qui a lui aussi participé au rapport. « Si, au bout du compte, nous sommes autant accusés d’être sensationnalistes que d’être trop conservateurs, ça voudra dire qu’on a eu tout bon ! », assure Piers Forster, en charge d’un chapitre et professeur à l’université de Leeds (Royaume-Uni).

Des mises à jour plus fréquentes et plus légères

Si la procédure s’est améliorée, reste une interrogation de taille : « Quel sorte de produits le Giec devrait-il produire, et avec quelle régularité ? Avons-nous besoin de ce rapport monstre tous les six ou sept ans ou devons-nous faire des rapports plus fréquents ? », s’interrogeait en septembre Jonathan Lynn, le porte-parole du Giec. Une réforme est prévue cet automne.

Alors les scientifiques s’interrogent, notamment sur la périodicité et la lourdeur des opus publiés. Pourquoi ne pas faire cohabiter deux temporalités par exemple ? On pourrait avoir « un nouveau rapport tous les dix ans (au lieu de 6 ou 7, ndlr) et une mise à jour du [résumé technique et du résumé à l’intention des décideurs (2) tous les 5 ans », imagine François-Marie Bréon, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et co-auteur.

« Une mise à jour plus légère pourrait permettre d’actualiser l’état des connaissances avec une procédure plus souple », abonde Valérie Masson-Delmotte. Même idée chez Piers Forster, qui ajoute la possibilité d’avoir « des rapports spéciaux sur des problèmes émergents ». « Mais, c’est plutôt aux gouvernements de réfléchir à ce qui pourrait leur permettre de faire progresser leurs politiques au mieux », conclut le chercheur britannique.

« A chaque phase qui précède la sortie du rapport, on se dit : “est-ce qu’on va avoir quelque chose de nouveau à montrer ?” et on se rend compte qu’en établissant ou en rafraîchissant des notions, on constitue une base de réflexion solide pour les années à venir, soulignait Hervé Le Treut, climatologue et contributeur du groupe 2, lors de la conférence de presse du CNRS. C’est vrai que pour ces rapports, il y a un prix à payer - notamment à cause de l’occupation des labos, des machines - et que c’est un prix très lourd, trop lourd. Mais l’utilité du rapport pour moi est indubitable. »

(1) Cette réunion qui s’est tenue à Venise entre le 13 et le 17 juillet 2009 visait à fixer les grandes lignes du nouveau rapport dont le premier volet vient d’être publié.

(2) Ce résumé d’une trentaine de pages est la quintessence du rapport. C’est aussi de loin la partie la plus connue et la reprise. Le « résumé à l’intention des décideurs » du groupe 1 a été relu ligne par ligne et amendé cette semaine par les représentants des gouvernements à Stockholm (Suède). Il fait l’objet d’une attention particulière parce que ses conclusions doivent déterminer les décisions nationales en matière de lutte contre le changement climatique dans les années à venir.

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  • Les climato-sceptiques sont soit des ignorants, soit des personnes financées par certains lobbies industriels qui privilégient l’intérèt à court terme de leurs actionnaires plutôt que l’intérèt général à long terme. Si l’on regarde l’augmentation des tornades et pluies torrentielles en Amérique du Nord et en Europe il n’y a pas besoin d’être expert pour comprendre qu’il y a un dérèglement climatique. Il en est de même de la fonte des banquises et glaciers et la seule explication c’est bien évidemment l’action de l’homme et tout particulièrement la consommation des énergies fossiles qui produit des milliards de tonnes de CO2 aggravant l’effet de serre. Les courbes dont fait état amx2 (pseudo derrière lequel qui se cache ?) sont douteuses et j’aimerai bien savoir de quelles études scientifiques sérieuses il les tient. En tant que scientifique je suis hypersceptique sur ces affirmations.

    30.09 à 18h34 - Répondre - Alerter
  • Il ne fait pas discussion non plus qu’il est souhaitable de réduire notre consommation d’énergie fossile... puisqu’il faut se préparer à leur disparition.

    ps : Ils sont quand même très vilain chez Mosanto !!!

    30.09 à 09h26 - Répondre - Alerter
  • Bonjour.

    Mon commentaire débutera par quelques constats qui ne font pas débat (ils sont acceptés par les deux camps parce qu’ils sont bien étayés par l’observation) :

    Il suffit de regarder la courbe des variations de la température et du niveau des mers durant les derniers 500 millions d’années pour constater que notre situation actuelle n’a rien d’exceptionnel. La température a parfois été bien plus élevée et parfois bien plus basse.
    Si l’on observe ces deux courbes sur les derniers 100 000 ans, c’est pareil : rien d’exceptionnel.
    Si l’on observe la courbe de la montée des eaux depuis 4000 ans, alors on constate que cette élévation a été rapide jusque vers l’an 0 (une élévation de 120m en 2000 ans) puis lente pendant deux mille ans (une élévation d’environ 4m).

    Si l’on observe ces courbes depuis 300 ans alors on constate une montée de la température et du niveau des océans. Il s’agit de la sortie du petit age glaciaire. Si l’on fait la moyenne depuis 300 ans (on trace une droite qui part du minimum d’alors et qui rejoint la valeur de 2012) alors on constate qu’il n’y a pas eu d’accélération due au CO2 depuis 1950 (date intéressante parce qu’elle correspond à une augmentation rapide des rejets de CO2 dus aux activités humaines).

    Ce qui est observé depuis l’an 2000 ne correspond pas aux prévisions catastrophiques telles que le Giec les formulait alors (température et niveau des océans).

    Personne ne prétend savoir expliquer les variations climatiques observées, que ce soit sur les derniers 500 millions d’années ou sur les derniers 500 ans.

    Je le répete, ce que je viens de dire est accepté par les deux camps et ne fait pas débat.

    Sur cette base je m’interroge ainsi :

    1- comment les climatologues du GIEC peuvent-ils affirmer que le CO2 est responsable d’une hausse de 0,8 degrés en 100 ans alors qu’ils sont incapables d’expliquer le climat avec ou sans intervention du CO2 ?
    2-comment les climatologues du GIEC peuvent-ils affirmer que le CO2 est responsable d’une hausse de 0,8 degrés en 100 ans puisqu’ils sont incapables de seulement produire une liste EXHAUSTIVE de toutes les causes (importantes) du climat ? (par exemple, le GIEC n’a pas tenu compte, lors de ses rapports précédents de l’effet des rayons cosmiques sur la formation des nuages)

    Il y a plein d’autres questions capables de crucifier le GIEC et ses théories... mais pas l’esprit de ceux qui pensent à l’envers : "puisque ce sont des vilains chez Monsanto, c’est donc qu’il fait plus chaud et que nous sommes coupables" (je caricature à peine).

    27.09 à 19h29 - Répondre - Alerter
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