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27-09-2013
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Montée des eaux, températures en hausse : le Giec durcit ses prévisions

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Montée des eaux, températures en hausse : le Giec durcit ses prévisions
(Les îles Kiribati, dans le Pacifique, sont menacées par la montée des eaux. Crédit photo : KevGuy4101)
 
Ce vendredi, le Giec a rendu public le premier chapitre de son nouveau rapport sur l'état du changement climatique. Revue de détails des points importants du texte.
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Ça y est. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) vient d’adopter le premier volet de son cinquième rapport (1) et avec lui le très attendu « Résumé à l’intention des décideurs » qui en est une synthèse succincte et devrait servir de base aux actions politiques à venir. Un texte délicat adopté à Stockholm après quatre jours de débats poussifs, à un rythme de progression « très très lent », selon les dires d’un participant. L’examen s’est finalement achevé vendredi au petit matin. Petit passage en revue des points importants de ce texte d’une trentaine de pages.

  • La faute de l’homme

Le consensus est là et il est presque parfait. Avec au moins 95% de certitude, le Giec réaffirme l’influence de l’activité humaine sur le réchauffement enregistré depuis le milieu du XXe siècle. Fastoche, direz-vous ? Pas tant que ça. En 2007 – date du précédent rapport – cette certitude était évaluée à 90% tandis que la responsabilité humaine n’était que « probable » (de 66 à 90% de certitude) dans le texte de 2001. « Effectivement, ce rapport montre une empreinte claire des activités humaines sur le climat, à l’échelle globale comme dans la plupart des régions, et dans différents aspects : température – de l’atmosphère, des sols, des océans – banquise arctique, cycle de l’eau, glaciers et calottes polaires, niveau des mers, et sur certains événements extrêmes - vagues de chaleur, précipitations très intenses. Ce constat est plus complet et plus large que les conclusions du rapport de 2007 », assure Valérie Masson-Delmotte, paléo-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et coauteure du rapport. « Nous étions déjà certains la dernière fois, tempère néanmoins Piers Forster, professeur à l’université de Leeds, au Royaume-Uni, lui aussi coauteur d’un chapitre. Mais cette fois-ci, nous sommes encore plus sûrs que l’homme est à l’origine de presque TOUT le réchauffement depuis les années 1950. » Est-ce que ça change quelque chose ? Pas vraiment pour Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du Giec : « Si vous saviez que vous aviez neuf chances sur dix de vous faire écraser en traversant la rue lorsque vous brûlez un feu rouge, savoir que vous avez aujourd’hui 9,5 chances sur 10 change-t-il beaucoup de choses ? Je pense que savoir que vous aviez 9 chances sur 10 était déjà suffisant pour agir. »

  • Plus chaud vraiment ?

Oui, les températures à la surface de la Terre et des océans ont bel et bien grimpé : de 0,85°C en moyenne entre 1880 et 2012. Pis, dans l’hémisphère nord, on a enregistré, entre 1983 et 2012, les trente années les plus chaudes depuis mille quatre cents ans. Et la suite ? En fonction des scénarios d’émissions, du plus sombre au plus optimiste, les températures devraient grimper de 0,3°C à 4,8°C en moyenne pour les vingt dernières années de ce siècle par rapport à la période 1986-2005.

  • Le hiatus climatique

Reste un souci. Depuis quelques années en effet, les climato-sceptiques n’ont de cesse de brandir des chiffres comme un étendard : les températures globales augmenteraient à un rythme bien plus lent depuis 1998. C’est, disent-ils, la « pause climatique » ou le « hiatus » passé, clament-ils, habilement sous silence par le Giec dans le rapport de 2007. Il est cette fois évoqué dans la nouvelle copie. « Les rapports du Giec font un état des connaissances telles qu’elles ont été publiées dans les revues scientifiques. Lors de la rédaction du rapport de 2007 (donc sur la base d’articles soumis ou publiés en 2006), il n’y avait aucune raison de penser que l’on avait une “pause au réchauffement”, défend François-Marie Bréon. Selon certaines données – de l’Institut Goddard des études spatiales de la Nasa (Giss) en particulier –, 2005 était même l’année la plus chaude (du siècle, ndlr). Plus chaude que 1998. Il serait donc malvenu de reprocher au Giec de ne pas avoir parlé de pause du réchauffement dans son rapport de 2007. » Mais les choses ont changé : « Il y a maintenant de nombreux articles qui discutent l’évolution des températures sur les quinze dernières années, et le rapport du Giec en fait donc état », poursuit le chercheur.

Mais d’explication claire, point. « Plusieurs causes sont effectivement possibles. En particulier, le climat présente une forte variabilité sur ces échelles de temps et il s’agit là de l’explication la plus probable. Mais on sait aussi que les forçages naturels – le soleil et l’activité volcanique notamment – ont légèrement contribué à refroidir (la Terre, ndlr) sur cette période », risque Olivier Boucher, directeur de recherche au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD) et coauteur du rapport.

Reste à remettre cette anomalie dans son contexte et à calmer les ardeurs des sceptiques. « Chacune des dernières décennies a été plus chaude que la précédente, ce qui montre que le réchauffement s’est poursuivi, martèle Valérie Masson-Delmotte. En parallèle, on observe un réchauffement des eaux de mer en profondeur, une fonte des glaces et une montée du niveau des mers qui se poursuivent – on a gagné 3 mm par an ces vingt dernières années, alors qu’on gagnait 2 mm par an en moyenne au XXe siècle. » Or, « il faut bien souligner que le surplus d’énergie piégé dans le système climatique du fait de l’augmentation de l’effet de serre réparti à 93% dans le réchauffement des océans, 3% des sols, 3% de la fonte des glaces, et 1% dans le réchauffement de l’atmosphère », rappelle Valérie Masson-Delmotte. Or, « le hiatus porte sur la température de l’air en moyenne et de façon globale. C’est d’ailleurs intéressant que les climato-sceptiques mettent l’accent là-dessus alors qu’ils nous expliquaient récemment que cette variable n’a aucun sens », s’amuse François-Marie Bréon.

  • Les glaces continuent de fondre

Pas de doute, l’Arctique et les glaciers ont fondu ces dernières années à vitesse grand V et les preuves sont là, recueillies notamment par des outils satellites. Selon le rapport, la banquise arctique aurait ainsi reculé de 3,5% à 4,1% ( 9,4% à 13,6% pour la banquise estivale) par décennie entre 1979 et 2012. Une tendance qui se retrouve dans les glaciers du globe et la couverture neigeuse de l’hémisphère nord. « On mesure très facilement la surface de glace de mer par satellite et l’évolution de la surface est donc une mesure très précise sur les trente dernières années. L’évolution observée est très rapide et plus rapide que ce qui est modélisée », souligne François-Marie Bréon. Et les prévisions ne sont pas plus réjouissantes. « Un Arctique libre de glace à la fin de l’été apparaît très crédible pour le milieu du siècle », poursuit le chercheur.

  • L’eau qui monte, monte

L’eau a déjà monté, de 19 centimètres depuis 1901. Mais la tendance s’accélère puisqu’on perd en moyenne 3,2 millimètres par an aujourd’hui. Que va-t-il se passer demain ? En 2007, les experts suggéraient une augmentation du niveau des mers de 18 à 59 cm d’ici à la fin du siècle. Mais « le 5e rapport prend en compte le risque associé à l’écoulement des calottes du Groenland et de l’Antarctique, un facteur qu’il n’était pas possible d’estimer en 2007, et qui reste associé à une incertitude large, en particulier pour l’Antarctique », décrypte Valérie Masson-Delmotte. Aujourd’hui, les différents scénarios du rapport évoquent donc plutôt une montée des eaux comprise entre 26 cm et 82 cm pour les vingt dernières années du XXIe siècle. Un scénario très sombre va même jusqu’à évoquer une montée de 98 cm – dans le pire des cas – pour l’année 2100. D’autres projections, dites semi-empiriques, sont évoquées : elles prédisent une augmentation jusqu’à deux fois plus importante du niveau de la mer. « Les projections très élevées ne sont pas celles retenues par la majorité de la communauté, mais elles sont évoquées, tempère François-Marie Bréon, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et coauteur. Bien évidemment, plus le niveau des mers est élevé, plus les risques d’inondation en bord de mer sont forts. Un à deux mètres seraient dramatiques dans de nombreuses régions. »

  • Evénements extrêmes

Le rapport du Giec note l’augmentation des événements extrêmes, notamment des vagues de chaleur en Europe, en Asie et en Australie ou des précipitations plus intenses en Amérique du Nord et en Europe.

  • La géo-ingénierie est-elle une solution viable ?

C’est la première fois que la géo-ingénierie se fait une place dans le rapport du Giec. Evoquées notamment dans un petit paragraphe en fin du rapport, les techniques de capture du carbone ou de limitation des radiations solaires. « Nous faisons une analyse assez critique des possibilités offertes par la géo-ingénierie, explique Jean-Pascal Van Ypersele. Nous mettons en garde par rapport à une série de conséquences importantes qui résulteraient de l’envoi de nouveaux polluants dans l’atmosphère. Et faire de l’ombre à la surface de la Terre ne résoudrait pas le problème de l’acidification des océans par exemple. » « Il n’y a pas de doute : si elles venaient à être mises en place, ces solutions refroidiraient la Terre. Mais ce refroidissement ne serait que temporaire puisque le CO2 continuerait à augmenter, tempère à son tour Piers Forster. Je pense personnellement que la technologie est loin de fonctionner et pourrait créer de nombreux autres problèmes. »

Mais pourquoi cette thématique a-t-elle fait son apparition ? « Les solutions de géo-ingénierie sont examinées avec les mêmes modèles que les réponses aux autres perturbations anthropiques, précise simplement Valérie Masson-Delmotte. A en croire le Guardian, pourtant c’est la Russie qui est responsable de cette drôle de présence. Selon des documents exhumés par le quotidien britannique, Moscou aurait en effet demandé que le rapport précise qu’une « solution possible au problème pourrait résider dans l’utilisation de méthode de géo-ingénierie pour stabiliser le climat actuel ». Pas de doute, souligne encore le Guardian, la Russie a tout intérêt à encourager le développement de nouvelles sources d’énergie fossile – elle dispose notamment de gisements de gaz et pétrole en Arctique – et donc à faire miroiter une solution au réchauffement autre que la sobriété énergétique.

(1) Le second volet, lui, portera sur les impacts de ce changement climatique, le troisième sur les possibilités d’en atténuer les effets, et le quatrième proposera la synthèse de l’ensemble. Tous seront publiés entre mars et octobre 2014.

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  • Ne pas oublier que de manière duale ou "en parallèle" des aspects CO2 et climatique, il y a aussi les aspects "contraintes d’accès aux ressources", dont on parle moins, mais dont l’impact est sans doute encore plus direct en termes "bassement économiques" aujourd’hui :

    blogs.mediapart.fr/blog/yt75/030713/transition-energetique

    Ou autrement dit la crise actuelle n’est pas "financière", c’est aussi et surtout un monstrueux choc pétrolier qui ne fait hélas(ou pas) que commencer.

    Il faut aussi savoir que les US ont passé leur pic de production en DIX NEUF CENT SOIXANTE DIX (premier producteur mondial et de loin à l’époque), et ceci est aussi la raison fondamentale du premier choc pétrolier, beaucoup plus que la légende "embargo Arabe", ressassée à n’en plus finir, (avec le rééquilibrage majors/pays producteurs sur les revenus des barils), résumé en fin de post :

    iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/
    Voir en particulier les interviews d’Akins (ambassadeur US en Arabie Saoudite à l’époque) dans « la face cachée du pétrole » partie 2 à partir de 18:00 pour le premier choc.

    27.09 à 15h21 - Répondre - Alerter
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