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18-07-2014
Mots clés
Consommation Collaborative
France

Guilhem Chéron fait son miel sans rayons

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Guilhem Chéron fait son miel sans rayons
 
L’entrepreneur parisien met en réseau producteurs et consommateurs dans 350 « ruches ». Et annonce la fin inévitable de la grande distribution alimentaire.

Guilhem Chéron attend, serein, la désintégration des supermarchés. L’inventeur de La ruche qui dit oui !, allergique au packaging qui le rend « d’une tristesse absolue », n’y met plus les pieds depuis bien longtemps. Il n’en éprouve nulle nécessité, et estime leur destin inéluctable. « Ça va se casser la gueule dans les quinze ans : avec leur logique centralisée basée sur le pétrole, ils n’ont aucune chance de survie, note-t-il. De toute façon, ces lieux sortent déjà de l’imaginaire des gens. »

L’imaginaire, ce quarantenaire aux yeux clairs a fortement contribué à le renouveler. Il est l’heureux créateur de La ruche qui dit oui !, un système de distribution alimentaire où les commandes passent via une plateforme Web et la réception des produits a lieu physiquement dans un lieu dédié. De quoi permettre à des milliers de personnes de plonger sans douleur dans les circuits courts, le soutien aux petits producteurs et la quasi-autogestion de l’approvisionnement.

Croissance exponentielle

En trente mois d’existence sa petite entreprise n’a pas connu la crise mais une croissance exponentielle. La ruche, comme on dit, compte désormais 2 500 producteurs agricoles et 50 000 acheteurs inscrits, qui se croisent dans 350 ruches, des lieux de distribution chapeautés par un responsable, réparties dans l’Hexagone.

Guilhem Chéron ne compte pas s’arrêter là. En tongs et chemise de bûcheron dans son local de la rue Saint-Maur, à Paris, où une cage à canaris pépie sur une longue table de banquet et des tapis de yoga attendent des postérieurs dans la salle de réunion, il pilote une jeune équipe d’une trentaine de personnes dont l’objectif est de faire essaimer le concept.

Exportation et traduction

Après le succès gaulois, les Espagnols se lancent désormais eux aussi dans « La colmena que dice sí ». Anglais et Allemands ont opté pour un nouveau nom, « The Food Assembly » (L’assemblée de la nourriture), sur le même principe. « Onveut faire un réseau européen avec des millions de clients et des dizaines de milliers de producteurs, explique-t-il. D’ici cinq ans, c’est possible, à condition d’avoir les bons outils. »

Or, inventer des outils, c’est justement son métier. Ce designer de formation n’a certes jamais eu beaucoup d’appétence pour le renouvellement des biens de consommation : « Je vis avec pas grand-chose, ça me simplifie la tête et la vie. » Mais il a, en revanche, l’appétit des objets sociaux et le goût de la cuisine.

Pédagogie culinaire

Après un diplôme consacré aux bibliothèques de rue, il explore la pédagogie culinaire dans desb centres médico-psychiatriques, collabore avec l’industrie agroalimentaire pour créer une cantine lycéenne dédiée au frais, et invente une cuillère sensorielle pour des patients obligés de manger de la nourriture mixée. Ce brevet-là déposé, il a de quoi se consacrer à son grand oeuvre : une entreprise qui crée du lien social grâce à la nourriture.

En matière de soutien aux agriculteurs, il existe, à l’époque, les Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap). Trop rigides à ses yeux pour démocratiser les circuits courts, en empathie avec les agriculteurs certes, mais pas avec les acheteurs.« Les gens sortent de cinquante ans de consommation sur le mode enfant-roi, il faut que ce soit facile, avoir confiance dans les producteurs et recevoir les courses à sa porte, sinon personne n’ira », analyse-t-il.

La rencontre avec l’informaticien Marc-David Choukroun, convaincu que les outils Web offrent les garanties suffisantes pour faire adhérer le grand public, sera décisive. Les deux hommes élaborent une architecture numérique et physique de distribution inédite, basée sur l’autonomie de chaque ruche. « La ruche qui dit oui !, c’est un outil bien fait et des règles du jeu simples et équitables », résume Guilhem Chéron.

Prolos et bobos

Dans le local de la rue Saint-Maur, l’équipe de développeurs met la dernière main à une nouvelle version de la plateforme Web qui a nécessité un an et demi de travail, et permettra aux producteurs de collaborer entre eux au niveau logistique, par exemple. « Quand on fait de l’économie locale, on accepte la complexité du monde, mais pour y arriver, l’informatique sert à amortir, à créer du confort », ajoute Guilhem Chéron.

Cette performance technologique ne coûte pas que des bons sentiments. L’entreprise s’est endettée de 1,5 million d’euros auprès des banques, en tenant à distance les fonds souverains anglo-saxons qui lui tournent autour comme des mouches autour d’un pot de miel. Et pour cause. En janvier dernier La ruche qui dit oui ! a reçu 1 500 demandes d’ouverture dont à peine 15 % seront satisfaites. Faute d’offre agricole suffisante ou parce que l’expérience s’essoufflera d’elle-même en quelques mois. Car le réseau hexagonal repose avant tout sur les humains qui le composent.

On compte désormais des ruches de toutes tailles, vendant toutes sortes de produits locaux, à des prix différents d’un lieu à l’autre. « La ruche a la gueule de son quartier, il y en a des prolos comme des bobos », résume Guilhem. Une hétérogénéité salutaire, à contre-courant de la solitaire uniformité du supermarché.


Niveau : Débutant
Chiffre d’affaires : 880 000 euros (2013)
Participants : 50 000
Le + : Usage ultra-simple, on s’approprie vite le concept
Le - : Ruches disséminées, effort de déplacement requis

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