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18-07-2014
Mots clés
Consommation Collaborative
France

Antonin Léonard : « D’ici à 2025, l’idée même de propriété paraîtra désuète »

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Antonin Léonard : « D'ici à 2025, l'idée même de propriété paraîtra désuète »
(Louise Allavoine - BaBel photo pour « terra eco »)
 
Antonin Léonard est le cofondateur de Ouishare, une communauté qui pense et promeut la consommation collaborative. Il est convaincu que cette pratique peut transformer en profondeur l’économie.

Qu’est-ce qui permet l’essor de l’économie collaborative en France ?

Une conjonction de facteurs, Internet, les smartphones et les réseaux sociaux. La crise de 2008, elle, a joué un rôle de catalyseur, en installant une tension sur le pouvoir d’achat. Elle n’était pas simplement financière ou économique, c’était aussi une crise de valeurs qui pousse à des changements de comportements de consommation, plus manifestes en France qu’ailleurs.

On voit de plus en plus de projets émerger, entre innovations technologiques et innovations sociales. C’est encore plus vrai pour la France que pour les autres pays européens. Quelques exemples : la France est le pays dans le monde où il y a le plus de personnes qui pratiquent la location de voitures entre particuliers et l’échange de maisons.

Chez nous, un site comme le Bon Coin est le deuxième site le plus visité après Facebook : il n’y a pas d’autres pays, à part les pays nordiques, où un site de petites annonces connaisse un tel succès. Il y a en France une vraie demande sur ces nouvelles pratiques.

Les Français ont donc l’esprit collaboratif ?

Attention à l’amalgame ! C’est collaboratif parce qu’on met en relation des particuliers, des « pairs » qui ne sont pas des professionnels. Mais les motivations ne sont pas forcément altruistes ou collaboratives. Elles sont plutôt de l’ordre de l’utilitarisme. Faire du covoiturage permet avant tout d’économiser de l’argent ou d’en gagner un peu. C’est d’abord pour ça qu’on y vient et que de plus en plus de personnes pratiquent ces modes de consommation.

Il n’y a pas un rejet profond du consumérisme. Au contraire. Ces formes-là de consommation permettent de consommer autant qu’avant, voire davantage, de partir plus en vacances, de se déplacer quand on n’a pas les moyens de prendre le train… C’est aussi cela qui explique le succès de tous ces sites.

Ces pratiques semblent réservées à des utilisateurs hyperconnectés. Ne sont-elles pas excluantes ?

Comme tout mouvement, il a ses « early adopters », ses pionniers, et ceux-là sont plutôt des jeunes urbains connectés. Mais sur les sites de covoiturage ou de vente d’occasion, on trouve plutôt madame Michu ou mon père, qui se connecte tous les jours sur Le Bon Coin alors qu’il n’a pas de profil sur Facebook ! Ce sont des sites très accessibles.

La législation est-elle en retard sur ces usages ?

Bien sûr. Ce sont des chantiers en cours. L’important pour le politique est de favoriser l’innovation, de laisser la possibilité à de nouvelles formes d’émerger, car elles sont aussi sources de croissance. Et le politique doit s’assurer que le consommateur est protégé, que les entreprises transformées par ces nouvelles pratiques ne vont pas devoir licencier trop vite…

Il y a des tensions inhérentes à l’innovation. Mais les évolutions juridiques vont plutôt dans le bon sens. Le crowdfunding (financement participatif) par exemple, et des pratiques de location comme Airbnb ont fait l’objet de nouvelles législations, ce qui est une bonne chose. On a intérêt à ce que les dérives soient le plus minimes et à la marge possible.

Cela perturbe-t-il l’économie traditionnelle ?

Nous sommes à l’approche du tsunami pour les grandes entreprises. L’industrie musicale et celle de la photo constituent des précédents. Nous sommes passés d’une logique de vente de disques à une logique d’usage avec des sites comme Spotify ou Deezer . Il va se passer la même chose avec tous les biens de consommation du quotidien. C’est manifeste avec la voiture et le vélo, avec des services comme Autolib et Vélib.

Le secteur automobile est d’ailleurs celui qui est le plus menacé de transformation. La question pour les constructeurs, c’est désormais d’envisager des logiques de vente d’usage de la voiture et non plus de vente tout court. Daimler a par exemple lancé son service Car2go dans 25 villes dans le monde. Bolloré, qui n’était pas du tout sur le marché de l’automobile, passe un partenariat avec Renault pour développer les logiques d’autopartage « one way » (« dans un seul sens », ndlr) où l’on est pas obligé de rendre la voiture là où on l’a prise.

Ces évolutions vont avoir lieu sur les biens électroménagers et sur tous types de biens. C’est ce que prophétisait Jeremy Rifkin, en 2001 : le passage d’une économie basée sur la propriété et la rente à une économie basée sur l’accès aux biens. Il disait que d’ici à 2025, l’idée même de propriété paraîtrait étonnamment désuète, car notre statut social dépendrait de l’accès plutôt que de la propriété. Ce mouvement est en train d’aller plus vite qu’annoncé.

Le désir de propriété n’est-il pas indéboulonnable ?

L’usage des réseaux sociaux et des smartphones bouleverse les rapports à la consommation des plus jeunes urbains connectés. Pour eux, vivre des expériences de consommation est plus important que posséder une voiture ou un appartement. Il suffit d’observer ces jeunes-là et ces nouvelles façons d’appréhender la vie. Ils vivent en flux, sont souvent freelances, ont peu d’attaches, travaillent où ils veulent quand ils veulent. Leur style de vie nomade est probablement annonciateur de comportements qui vont se généraliser.

L’économie collaborative combat-elle le capitalisme ou l’exacerbe-t-elle ?

Il y a plusieurs réponses. La première, c’est une extension du capitalisme ou du moins du domaine marchand. Les gens se rendent compte que, dès lors qu’ils possèdent un smartphone, ils peuvent commercialiser tous types de choses. A partir du moment où ils ont des compétences, ils peuvent commercialiser des services. S’ils ont des biens chez eux, ils peuvent les revendre ou les louer. Là où le capitalisme n’était pas encore entré, il est en train de s’immiscer.

D’un autre côté est en train d’émerger un accès à la production et à la fabrication individualisées qui coûtera de moins en moins cher. La fabrication de toutes sortes d’objets, même des voitures, en open source, en est un exemple. Vous avez accès à des plans, en accès libre sur Internet, qui vous permettront, via les nouveaux lieux de fabrication, et via de nouveaux outils, de faire fabriquer des objets à très bas coût. Ce qui se joue là, c’est plutôt une extension du domaine des communs et la possibilité, pour des communautés, de relocaliser la production, de favoriser l’entraide.

Aujourd’hui l’économie collaborative se développe plutôt via des start-up, mais demain ce pourrait être d’avantage via des systèmes coopératifs. Ce mouvement-là est tiré par les tiers lieux, nouveaux espaces de fabrication ou de travail, très souvent gérés par des associations ou des coopératives. C’est l’autre versant du modèle. Aujourd’hui ces deux courants cohabitent. Il est difficile de dire lequel va l’emporter. Ou même si l’un des deux va l’emporter.

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