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4-10-2007
Mots clés
Développement
France

L’Agence française de développement

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((Ami Vitale / BM))
 
L’Agence française de développement donne et prête chaque année plusieurs centaines de millions d’euros à travers le monde. Mais le bras armé de la politique de coopération reste une banque avant tout.
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Etait-ce un serment d’ivrogne ? En l’an 2000, après avoir constaté que le bug du Millénaire n’avait pas pris la forme du Jugement dernier, les Etats membres des Nations unies se sont lancés des objectifs audacieux, dont le premier donne toute la mesure : diviser la pauvreté dans le monde par deux en 2015 par rapport à 1990. Aujourd’hui, à mi-parcours, on affiche quelques mines réjouies, mais aussi beaucoup de gueules de bois. La proportion de personnes vivant avec l’équivalent de moins d’un dollar par jour est certes passée de 32 % en 1990 à 19 % en 2004, mais l’Afrique sub-saharienne reste dans le rouge et risque de n’atteindre aucun des objectifs du Millénaire. Pourtant, chez nous, l’Agence française de développement (AFD) annonce fièrement y avoir triplé le montant de ses engagements depuis 2001. Mais comment ? Vous ne connaissez pas l’AFD ? Le « bras armé » de la coopération française est en effet un organisme assez discret.

Fondé en 1941 pour être, en quelque sorte, la banque centrale de la France libre, il est aujourd’hui le « pivot » – c’est la dénomination officielle – de la politique hexagonale d’aide au développement. Sa mission suit trois axes principaux : favoriser la croissance dans les pays les plus en retrait, lutter contre la pauvreté et promouvoir les biens publics mondiaux (1). L’AFD est placée sous la tutelle des ministères des Finances et des Affaires étrangères. En fonction de la situation économique du pays, le premier donne, ou pas, à l’Agence, l’autorisation de prêter des fonds.

Le Quai d’Orsay décide, lui, de l’opportunité d’intervenir dans telle ou telle zone : il a mis son veto à une action en Irak mais a poussé l’AFD à accorder un prêt au Pakistan, frappé par un séisme en octobre 2005. C’est aussi l’Etat français qui fixe le montant des subventions et le plafond des prêts. Mais c’est à l’Agence que revient la décision de s’investir dans tel ou tel projet : ici, un don d’1,5 million d’euros pour une institution de microfinance congolaise, là, un prêt de 32,5 millions pour réhabiliter une ligne de chemin de fer au Vietnam, ou un prêt de 50 millions d’euros à une banque turque pour soutenir la dépollution industrielle et les investissements énergétiques économes en CO2.

Cocorico

Attention, l’AFD n’est pas une organisation humanitaire. C’est avant tout une banque, qui donne (332,4 millions d’euros en 2006) mais surtout qui prête (environ 1,76 milliard d’euros en 2006) et gagne de l’argent (247,8 millions d’euros en 2006). « Nos bénéfices sont la mesure de notre efficacité, affirme Jean-Michel Debrat, le directeur général de l’AFD. Nous les réinvestissons et cela nous permet d’accroître le niveau de nos prêts. » Car l’Agence ne vise pas seulement le développement du Tiersmonde. Le sien fait également partie de ses ambitions. « Conforter sa place parmi les bailleurs qui comptent à l’échelle internationale » est ainsi l’un des objectifs affichés dans le rapport annuel 2006 du groupe. L’AFD joue également de plus en plus un rôle de club de réflexion. Ses experts apportent leurs connaissances et leurs idées aux représentants de l’Hexagone dans les grandes négociations internationales.

Plus généralement, et comme son nom l’indique, l’institution représente la France là où elle intervient. « Bien sûr nous portons le drapeau français, reconnaît Jean-Michel Debrat. Notre action facilite les bonnes relations entre les pays où nous intervenons et la France. Mais il n’y a jamais de contrepartie à nos subventions ou à nos prêts. » Priorité affichée de l’AFD, l’Afrique est par excellence un continent où ces bonnes relations sont essentielles pour l’Hexagone, qui voit débouler sur sa zone d’influence les Américains, les Chinois, voire les Indiens. Au risque d’allumer de forts soupçons de corruption ? Jean-Michel Debrat s’en défend : « Nous allouons de l’argent à des programmes précis, nous ne remboursons que sur justificatif et nous allons jusqu’à payer nous-mêmes les fournisseurs. En principe, ce qu’on dépense est sûr. »

Descendre de la tour d’ivoire

Ces dernières années, l’AFD s’est employée à se réorganiser, avec l’intention de sortir du « creux de la vague » traversé au tournant du Millénaire. C’est toute l’aide publique française au développement qui était tombée de 0,62 % du revenu national brut (6,62 milliards d’euros) en 1994 à 0,3 % (4,45 milliards d’euros) en 2000. Relancée depuis – à grands coups d’annulations de dettes, il est vrai –, elle a atteint 0,47 % du RNB (8,12 milliards d’euros) en 2005. L’Agence française de développement s’est décidée à sortir de sa tour d’ivoire pour mieux collaborer avec les ONG présentes sur le terrain. « Auparavant, on ne faisait que se croiser, témoigne Ludovic Bourbé, directeur technique d’Action contre la faim. Depuis un an, il y a un changement d’orientation : l’AFD lance des appels à propositions aux ONG et nous commençons à échanger des expériences.  »

« Malgré cette réforme, l’AFD reste une banque plutôt qu’une véritable agence de développement, estime toutefois Régis Mabilais, responsable Aide publique au développement au sein de Coordination SUD. Elle a besoin de projets atteignant une taille critique pour assurer sa rentabilité, ce qui exclut les petits projets. Et sa nouvelle mission de protection des biens publics mondiaux l’amène à financer des banques en Chine et à y favoriser l’implantation d’acteurs français. On n’est plus vraiment dans le développement économique. » Plus prudents avec leurs dépenses, les bailleurs de fonds internationaux se sont trouvé un nouveau maître-mot ces dernières années : efficacité. Selon un indicateur interne, celle de l’AFD est en hausse : environ 73 % de ses projets « sont jugés au moins satisfaisants dans la réalisation de leurs objectifs de développement ». Un chiffre qui lui aussi reste à développer. —


FICHE D’IDENTITE

FONDATION : 1941. EFFECTIFS : 1 628 collaborateurs fin 2006. BUDGET : en 2006, l’AFD a versé 332,4 millions d’euros de subventions, prêté 1,76 milliard d’euros, dépensé 560 millions d’euros, en fonds propres et via l’aide budgétaire, et a apporté 139,9 millions d’euros en garanties bancaires. PAYS CONCERNÉS : son action a concerné 50 pays en plus des départements et territoires français d’Outre-mer.

Sources de cet article

- L’Agence française de développement (AFD)

- Les Objectifs du Millénaire pour le développement

- Dossier de Coordination Sud sur l’aide au développement

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